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Dans "Police en péril", Jean-Louis Arajol appelle au "rapprochement" de la police et de la population

"Rapprocher la police de la population et rapprocher la police de la jeunesse, c’est une nécessité, une obligation." Jean-Louis Arajol, ancien secrétaire général du syndicat SGP, livre un diagnostic des maux qui frappent l’institution policière, dans l’ouvrage "Police en péril" (1), paru en juin 2020. Il appelle en outre à l’amélioration des conditions de travail des agents et condamne les cas de racisme dans l’institution.

Au cours du mois d’août, AEF info vous propose une série de chroniques consacrées à des ouvrages parus au cours de l’année écoulée.

"Police en péril", Jean-Louis Arajol, juin 2020 Droits réservés - DR

"La grande maison brûle." Avec ces quelques mots, illustrés par la photo d’une voiture de police en flamme sur la première de couverture de son livre, l’ancien patron du syndicat SGP, Jean-Louis Arajol, illustre les difficultés des policiers, "pompiers du mal-être social". Entre témoignages d’agents de terrain, retours et analyses historiques des réformes et des "affaires" qui ont marqué l’institution, il livre ses propositions pour améliorer les conditions de travail des forces de l’ordre, et la reconnaissance qui leur est témoignée.

L’auteur revient au début de son ouvrage sur le fort taux de suicide qui frappe la police nationale, supérieur au reste de la population (lire sur AEF info). Il cible le stress, l’obligation de rendement ou encore l’accès rapide à une arme. Il évoque également les conséquences psychologiques d’un tel geste pour le reste des équipes, entre craintes et suspicion des signaux faibles. "La hiérarchie est là, mais nous, on a perdu un pote. Pour eux, ce n’est qu’un matricule."

En ouvrant une large part de son livre aux expériences racontées par les acteurs dans les brigades et les commissariats, l’auteur décrit une profession sous tension, dont les réformes successives n’ont pas permis d’endiguer une dégradation des conditions de travail.

Paupérisation de la profession

"La machine est en place. Il suffira demain de contractualiser et de concrétiser le fonctionnariat précaire", assène Jean-Louis Arajol. Il dénonce ainsi la paupérisation de l’institution policière, illustrée selon lui par le recours accru aux ADS et aux équivalents temps plein, qui, estime-t-il, ne parviennent pas à compenser la perte de 13 000 postes et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux opérés sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012. "Le but est de permettre à des jeunes de tous âges et de toutes origines sociales d’accéder plus facilement au métier de policier. En réalité, ces emplois s’inscrivent dans la logique de décrépitude du service public de sécurité. Pourquoi n’a-t-on pas embauché directement des gardiens de la paix ?" En guise d’élément de réponse, l’auteur avance un écart de rémunération de 700 euros mensuel entre un gardien de la paix et un ADS en région parisienne.

L’auteur revient également sur la question des cycles horaires, une des principales revendications des syndicats de police encore aujourd’hui. Il plaide ainsi pour la "vacation forte" permettant aux fonctionnaires de disposer d’un week-end sur deux, et témoigne du succès de leur expérimentation, notamment à Juvisy (Essonne) en 2017. Pour réussir et se généraliser, "cette réforme horaire impose plus d’effectifs", selon lui, expliquant qu’elle se heurte aux résistances des hiérarchies locales (lire sur AEF info). Autre source de revendication, la "lourdeur administrative" de l’investigation et de la filière OPJ, devenu "un repoussoir" (lire sur AEF info).

S’ajoutent des descriptions insalubres de locaux illustrant ces analyses : "des puces, des insectes microscopiques comme des punaises de lit" dans les commissariats des XIIe et XIXe arrondissements, jusqu’au mauvais entretien des stands de tir, où "la mauvaise ventilation" met en danger "l’intégrité physique des moniteurs".

La création d’une académie de police

 

Afin de remédier à ce qu’il nomme "une lutte des classes" interne à la police nationale, marquée par de forts écarts de rémunération et d’avancée de carrière selon les statuts, l’ancien syndicaliste renouvelle son souhait de création d’une "académie de police" (lire sur AEF info). "Dans le cadre de la formation dite initiale, ces trois corps effectueraient pendant un certain temps de leur scolarité un tronc commun de formation. Cela donnerait à tous les policiers, quel que soit leur grade, la possibilité d’apprendre à mieux se connaître et à travailler ensemble." Il appelle en outre à faciliter le passage aux corps supérieurs en interne (lire sur AEF info).

Relations police-population

"La faille s’élargit encore et toujours. Aujourd’hui, les policiers, lorsqu’ils interviennent dans certains quartiers, sont l’objet d’agressions, de guet-apens" décrit l’auteur. "Rapprocher la police de la population et rapprocher la police de la jeunesse, c’est une nécessité, une obligation." De la mort de Malik Oussekine en 1986 aux émeutes de Villiers-le-Bel en 2005, en passant par la mort de Steve Maïa Caniço l’été dernier, Jean-Louis Arajol revient sur les évènements clés qui ont tendu les relations avec l’institution policière depuis plus de 30 ans (lire sur AEF info).

Point de tension majeur avec la population, le maintien de l’ordre, fortement décrié par les manifestants, "doit être basé sur une stratégie de désescalade et pratiqué par des services spécialisés, et non des unités insuffisamment aguerries et formées à cette mission", estime l’ancien syndicaliste (lire sur AEF info). "Le manifestant n’est pas un ennemi mais un citoyen momentanément en colère. Nuance de taille…" Jean-Louis Arajol rappelle en outre que les forces de l’ordre ont été la cible de violences au cours du mouvement des "gilets jaunes". Face à ce contexte de défiance, il souligne à plusieurs reprises l’impuissance de la police face à la dégradation du contexte social du pays, le fruit des "politiques libérales", selon lui.

"Hier, la pol’ prox’ et, aujourd’hui, la PSQ"

Jean-Louis Arajol se montre particulièrement critique tout au long de son livre à l’égard des réformes successives visant à rapprocher les forces de l’ordre des territoires les plus sensibles. Entre politique de "prévention" et de "répression", l’auteur appelle à ne pas privilégier l’une ou l’autre, et regrette que "la partie de ping-pong idéologique continue au gré des alternances politiques". Il dénonce ainsi le manque de participation des représentants policiers lors des travaux encourant à la création de la PSQ lancée en 2018 par l’ancien locataire de la place Beauvau, Gérard Collomb (lire sur AEF info). Il s’agit pour lui d’une "'nouvelle police de proximité" expérimentée, "sans succès, depuis presque quarante ans !". Au sujet de la création des quartiers de reconquête républicaine la même année (lire sur AEF info), il ajoute : "Pour la énième fois, si on renforce ici et on déserte ailleurs, on ne se donnera pas les moyens de sa politique."

Dans son ouvrage, l’auteur esquisse des propositions afin de mêler rapprochement des policiers avec la population et efficacité de l’action. Il propose notamment d'"aller plus loin que les conseils locaux de prévention" et de se rapprocher "au plus près de la réalité du terrain, des quartiers, des préoccupations des habitants". Une démarche qui se matérialiserait par la mise en place de "comités consultatifs de citoyens, lesquels, au-delà de la démocratie participative qu’ils susciteront, permettront une approche réelle et de proximité de la lutte contre l’insécurité", en présence des forces de l’ordre.

"Livre blanc de la sécurité intérieure"

 

Reporté à plusieurs reprises, le "livre blanc de la sécurité intérieure", qui devait être rendu public en juillet 2020, doit finalement être présenté "début 2021" (lire sur AEF info). "Au moment où sortira ce livre, nous saurons si ce 'livre blanc' sera une nouvelle poudre de perlimpinpin technocratique ayant pour but d’éteindre l’incendie et d’enfariner les syndicats ou bien, et nous n’avons – presque – aucune raison d’en douter, l’esquisse d’un nouveau service public de sécurité digne de ce nom", écrit Jean-Louis Arajol. Ce dernier appelle en outre à une "nouvelle grande loi d’orientation et de programmation sur la sécurité intérieure".

Parmi les pistes de modernisation de la police, l’auteur s’oppose néanmoins à tout "solutionnisme technologique", dont le coût et l’efficacité des dispositifs ne justifient pas, selon lui, leur développement. Il prend ainsi l’exemple des caméras de surveillance de la ville de Nice, dénonçant un trop faible taux d’élucidation par rapport aux investissements engagés. "Ne vaudrait-il pas mieux investir dans le service public de sécurité plutôt que de demander au contribuable de payer pour des dispositifs techniques démesurés ou la privatisation de la sécurité ?"

Racisme dans la police

"Il existe, dans la police, trois sortes d’individus. Ceux qui veulent changer les choses. Puis les partisans de la tendance fasciste. Ces deux groupes sont minoritaires. Enfin, la grande masse, les suiveurs, qui vont toujours du côté du plus fort." Pour expliquer ce qui pousse "nos collègues dans les bras de 'la peste brune'", citant les résultats d’une enquête du Cevipof en 2017 illustrant la forte part du vote frontiste chez les policiers lors de la dernière élection présidentielle, il évoque "les frustrations des policiers face à la dévalorisation de leur métier", "une justice accusée de laxisme", ainsi qu’un "durcissement du climat social".

Il pointe également les difficultés internes pour faire remonter les cas de racisme chez certains policiers auprès de la hiérarchie et évoque son action et sa lutte syndicale contre certains groupes : "En règle générale, reconnaître un ou deux fachos dans son service et les dénoncer, c’est porter atteinte à l’honneur de la police" (lire sur AEF info). "Dans la 'grande maison', la loi du silence doit prévaloir", regrette-t-il. Ces derniers mois, l’institution policière a fait face à un mouvement de manifestations contre les "violences policières" et le racisme au sein des forces l’ordre, à la suite de l’onde de choc causée par la mort de Georges Floyd aux États-Unis (lire sur AEF info).

Restaurer le "Syndicalisme républicain"

"Le policier adhère au syndicat pour un besoin individuel, non pour l’intérêt général. Ce n’est plus du syndicalisme, c’est de l’épicerie fine", constate l’ancien syndicaliste. "Le policier se vend alors au plus offrant et le politique se félicite de la division syndicale et du discrédit jeté sur le mouvement social policier en général." Patron du syndicat SGP dans les années 1990, Jean-Louis Arajol ne reconnaît plus le syndicalisme policier dans lequel il s’était engagé. Il rappelle l’indépendance des organisations syndicales à l’égard des partis politiques, évoquant les relations entre la FASP et le PS dans les années 1980. "Un syndicat n’a pas à être aux ordres d’un parti. Il doit être autonome."

Alors que des manifestations nocturnes de policiers se sont déroulées ces derniers mois, réclamant de meilleures conditions de travail ainsi que le soutien de leur hiérarchie (lire sur AEF info), l’auteur revient sur les relations et les tensions entre le mouvement des policiers en colère, notamment porté par Maggy Biskupski, amorcé en 2016 à la suite de l’agression de policiers à Viry-Châtillon, et le syndicalisme policier. Il renouvelle en outre son attachement à Unité SGP police-FO, syndicat issu de la fusion du SGP FO et d’Unité police. Il appuie particulièrement le parcours de la déléguée nationale du syndicat, Linda Kebbab, qui sera "peut-être un jour la première femme à prendre la tête d’un syndicat de police".

(1) "Police en péril : la grande maison brûle", Jean-Louis Arajol, éditions Cherche midi, 25 juin 2020, 216 pages, 18 euros, ISBN : 9782749164809

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Hugo Robert, journaliste