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Taïwan, Hong Kong, Corée du Sud : comment les champions de la lutte anti-Covid-19 préparent-ils la rentrée universitaire ?

Dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, Hong Kong, Taïwan et la Corée du Sud, entre autres pays asiatiques, ont fait preuve d'une grande efficacité, affichant un nombre de cas et de décès très bas. Alors que les universités américaines, en plein dans la tempête, s’interrogent sur leur capacité à accueillir des milliers d’étudiants sur leurs campus à la rentrée, comment les universités de ces pays se préparent-elles pour septembre ? Quelles règles vont-elles imposer à leurs personnels et étudiants ? Avant Taïwan (lire sur AEF info) et la Corée du Sud, voici un premier focus sur Hong Kong.

Hong Kong depuis le campus de HKU SP/AEF

Les décisions sur l'organisation de la rentrée 2020 dans les universités hongkongaises sont en cours : pour l'instant, difficile donc de dresser un paysage global, car toutes n'ont pas encore communiqué. De plus, elles sont très autonomes, explique à AEF info le consulat de France à Hong Kong, interrogé le 26 juin 2020 : "De nombreux arbitrages ont lieu en ce moment au sein de chaque établissement", écrit-il. "Le principe de précaution reste le fil rouge dans les prises de décision des universités pour préparer la rentrée prochaine. La sécurité est la priorité n° 1 des campus, avec l'enjeu de faire revenir à Hong Kong les étudiants de Chine continentale, qui représentent un contingent important, voire essentiel pour les niveaux master et PhD."

le succès de la "stratégie de sécurisation préventive"

Les frontières ne rouvrent que très parcimonieusement, et quand elles le sont, c'est assorti d'une quarantaine systématique pour tout voyageur entrant. "Hong Kong crée des bulles d'échanges avec des zones sûres, comme Macao, mais il faut passer quinze jours en quarantaine dès qu'on entre sur le territoire, avec une vérification qui passe par un bracelet relié au smartphone, un peu comme pour les prisonniers", raconte Jean-Pierre Cabestan, professeur à la Hong Kong baptist university.

"C’est cette stratégie de sécurisation préventive qui a permis d’éviter l’importation de cas, mais elle n’a pas été facile à mettre en place car il y a beaucoup de travailleurs transfrontaliers entre la Chine continentale et Hong Kong. Les pressions médicales ont été très fortes pour l’obtenir, avec des médecins qui se sont mis en grève pour convaincre le gouvernement de fermer les frontières."

suspension des échanges internationaux au 1er semestre

Quelques éléments commencent cependant à "faire consensus", constate le consulat, "comme la suspension des échanges internationaux (entrants et sortants) au 1er semestre (hors double diplôme)". "La situation diffère néanmoins quelque peu d’une université à l’autre, chacune essayant de trouver la bonne dose d’hybridation entre présentiel et cours à distance, alors que les frais de scolarité sont particulièrement élevés."

"Nous ne savons pas encore quelles décisions seront prises par la Hong Kong baptist university", confirme Jean-Pierre Cabestan. Depuis le début du second semestre, en février, les campus sont ouverts mais les étudiants ont cours à distance, "via Zoom, y compris pour les TD", dit-il. "Les personnels, eux, peuvent se rendre sur les campus, qui sont très surveillés. Moi-même, je vais dans mon bureau pour donner mes cours à distance. Du coup, la vie professionnelle est relativement normale."

Dans les lieux publics, le nombre maximum de personnes dans un regroupement est de 50, précise-t-il aussi. Quant aux masques, s’ils ne sont pas systématiquement obligatoires hors des restaurants, transports en commun et lieux clos en général, "la pression sociale est telle qu’ils sont portés naturellement, même dans la rue", témoigne le professeur établi à Hong Kong. En revanche, les universités ne pratiquent pas de tests PCR ou salivaires, qui sont aux mains des autorités sanitaires. "Si nous avions eu beaucoup de cas comme aux États-Unis, elles en auraient peut-être fait, mais là ce n’était pas nécessaire."

la CUHK vient de préciser ses modalités de rentrée

Dans un message mis en ligne le 30 juin 2020 sur le site de l’université, le vice-chancelier et président de CUHK (Chinese university of Hong Kong), Rocky Tuan, et le provost Alan Chan, se font cependant plus précis sur les conditions à respecter à la rentrée. Ils annoncent d’abord que la rentrée pourra bien se tenir le 7 septembre, comme prévu. Mais pour préserver la santé de tous, la "règle d’or" sera celle de la distanciation sociale, "partout et à tout instant", écrivent-ils. 

Les simulations qui ont été conduites sur le campus montrent que "80 % des cours pourront se tenir en face-à-face" lors du semestre d’automne, ajoutent-ils, en resserrant les emplois de temps et en utilisant toutes les salles de classe. "Cependant, nous devons éviter les grands rassemblements, et l’enseignement à distance restera constitutif de la 'nouvelle normalité'", écrivent les deux responsables, qui estiment que l’expérience de ces derniers mois et l’amélioration des capacités informatiques devraient augmenter la qualité de l’expérience en ligne. La norme pédagogique sera donc celle d’une hybridation entre présentiel et distanciel.

masques obligatoires et contrôles de température

Sur le plan purement sanitaire, des mesures de précaution sont ou vont être prises :

  • le port du masque sera obligatoire tout le temps sur le campus, en particulier dans les bus et en intérieur,

  • des contrôles de température seront menés à des "checkpoints" installés à des endroits clés du campus, ainsi que des distributeurs de gel hydroalcoolique et de masques,
  • des procédures spécifiques de nettoyage et de désinfection seront instituées dans les parties communes, y compris les salles de classe, les bibliothèques, les gymnases, les ascenseurs et les bus,
  • des protocoles d’entrée et de sortie des salles de classe et des laboratoires seront institués, ainsi que des règles spécifiques pour s’asseoir dans les salles : "au moins 1,5 m entre chaque personne, toutes tournées dans la même direction, occupant un siège sur deux", pour "optimiser la distanciation physique en cours comme en TD",
  • l’équipe médicale de l’université prendra soin des personnes malades et facilitera les tests auprès des cas suspects et de leurs cas contacts.

En ce qui concerne les résidences étudiantes du campus de la CUHK, les deux responsables expliquent que le retour sur site pour les étudiants extérieurs à Hong Kong s’effectuera après la période obligatoire de quarantaine, et qu’ils pourront donc être accueillis dès la mi-juillet.

Tout ce qui a trait à la vie étudiante, les événements, les rassemblements et les activités extra-curriculaires "devront être faits à une échelle plus petite ou régulés très finement sous l’angle sanitaire". Un guide a d’ailleurs été mis en ligne par la taskforce d’urgence de l’université pour tout ce qui concerne les événements devant se tenir sur le campus, indiquent les responsables de CUHK, tandis que l’université continue à "monitorer l’accès au campus dans le but d’améliorer la gestion des espaces et le traçage des contacts s’il devait s’avérer nécessaire". 

à HKU, un "retour graduel et partiel au présentiel"

La Hong Kong university a elle aussi publié sur son site internet, le 22 juin, la liste des mesures qu’elle prenait pour la session estivale ainsi que pour la rentrée de septembre, date à laquelle elle entend "rouvrir complètement". Voilà les mesures qu’elle a déjà mises en place pour l’été :

  • Tout individu qui tousse ou a de la fièvre est tenu de ne pas se rendre sur le campus et de chercher une assistance médicale immédiate, des "thermomètres sans contact" ayant été distribués aux départements qui souhaitent pratiquer des contrôles à l’entrée des bâtiments ;
  • l’hygiène des mains doit être parfaite, des distributeurs de gel hydroalcoolique ayant été distribués aux départements pour un usage en classe et dans tous les endroits où de l’enseignement en présentiel est prévu ;
  • le nettoyage des surfaces fréquemment touchées dans les espaces communs, comme les ascenseurs et les escaliers, est renforcé ;
  • le port du masque sur le campus est "fortement encouragé". "Dans les salles de cours, tout le monde doit porter un masque, ainsi que dans les espaces partagés de travail, les salles de réunion, et partout où la distanciation sociale ne peut être respectée. Le port du masque n’est cependant pas possible pour manger ni pour boire. À l’extérieur, son usage est à discrétion."
  • il est interdit de manger et de boire dans les salles de classe ;
  •  dans les classes qui excèdent 25 étudiants, l’arrangement des sièges doit être fait pour faciliter une distanciation physique efficace.

des cours quasiment tous assurés en présentiel jusqu’à 90 élèves par classe

En ce qui concerne l’organisation des cours pour la rentrée, "un retour graduel et partiel au présentiel" sera effectué. Les cours de moins de 25 étudiants seront assurés normalement, indique HKU. Tous les cours magistraux se tiendront dans des salles qui auront le double de capacité : ainsi, un cours donné à 60 étudiants devra se tenir dans une salle qui peut en contenir 120 minimum. 

Dans ces conditions et au vu de ses capacités immobilières, HKU a calculé qu’elle pourrait maintenir la plupart des cours postgradués en présentiel jusqu’à 90 élèves par classe, et "presque tous" pour les undergraduates. La moitié seulement des cours de base de niveau undergrad à 120 étudiants pourront être délivrés. Enfin, le "grand hall" pourra accueillir "un petit nombre de grandes conférences" allant jusqu’à 300 étudiants. "Cependant, la plupart des cours à plus de 90 étudiants se tiendront en ligne", précise HKU. 

L’université précise aussi que, durant les trois premières semaines du semestre et "pour accommoder les étudiants undergrad qui n’auront pas pu débuter l’année à temps pour des questions de visa, de quarantaine ou autre", le contenu des cours sera rendu accessible en ligne.

A suivre : "À Taïwan, les universités sont restées ouvertes et ont maintenu les cours en face-à-face" (S. Corcuff, IEP de Lyon)

Participez au live avec arnaud fontanet le 2 juillet

 

Demain, jeudi 2 juillet, à 14h15, Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l'Institut Pasteur et membre du conseil scientifique Covid-19 et du comité européen, répondra à vos questions sur les conditions sanitaires de la prochaine rentrée. Les inscriptions au Live sont ouvertes ici (la plateforme Livestorm est accessible dans les meilleures conditions avec Google Chrome et la dernière version de Firefox).

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Sarah Piovezan, journaliste