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Home| Social / RH| Fonction publique| Dépêche n°630164

Les administrations cherchent à tirer parti de la crise pour renouveler leur management

Quels sont les impacts de la crise actuelle en termes de méthodes managériales ? Quelles nouvelles opportunités ? Quelles capitalisations à venir ? Lors d’un webinaire organisé par la DGAFP le 19 juin 2020 sur les nouveaux défis qui mettent "le management public à l’épreuve" dans un contexte de post-crise sanitaire, Dinum, DITP, DIE et DGAFP ont, à l’aulne des expériences vécues ces trois derniers mois, tenté d’explorer les voies de renouvellement du management dans la fonction publique. Avec, au cœur des réflexions, une plus grande place à laisser au télétravail et aux initiatives de terrain.

"Nous avons aujourd’hui tous les éléments pour renouveler la culture managériale mais nous devons désormais nous en emparer", a insisté le DGAFP Thierry Le Goff lors du webinaire du 19 juin 2020 sur "le management à l'épreuve". Libre de droits - DGAFP

"Le management public à l’épreuve, nouveaux défis, nouvelles compétences." L’intitulé du webinaire organisé par la DGAFP et l’EMRH vendredi 19 juin est on ne peut plus réaliste. Télétravail à grande échelle, gestion des équipes à distance, obligation de réinventer dans l’urgence des procédures ont mis les managers de la fonction publique à rude épreuve durant la crise sanitaire.

L’heure des enseignements ayant sonné, les responsables de quatre directions centrales (Dinum, DITP, DIE et DGAFP) ont dressé à l’occasion de ce webinaire un premier bilan et tenté d’esquisser les pistes d’un renouvellement du management dont la nécessité est largement partagée. "Dans le contexte actuel, si nous voulons nous en sortir et surnager, nous sommes obligés de faire évoluer notre management en fonctionnant davantage par objectifs et en se questionnant sur le pourquoi et non seulement sur le comment", estimait Pascal Bernard, le DRH des ministères sociaux, dans une interview accordée à AEF info il y a un mois (lire sur AEF info).

Responsabiliser les acteurs

"Cette crise a mis à jour des failles", a admis en ouverture Olivier Dussopt, le secrétaire d'État auprès du ministre de l’Action et des Comptes publics, tenant toutefois à reconnaître l’adaptabilité des services, l’originalité, parfois, des PCA, et l’inventivité dont on fait preuve les agents en télétravail pour venir à bout des difficultés informatiques rencontrées. Mais "nous savons aujourd’hui que nous devons en tirer les enseignements sur la relance, la conduite du changement, les méthodes de travail développées alors que prévalait auparavant une certaine frilosité", a-t-il convenu.

Il va donc "falloir aller plus loin", a-t-il ajouté, en assurant le service après vente de sa loi de transformation de la fonction publique. Aller plus loin en menant un dialogue social déconcentré - comme devrait le permettre la future ordonnance sur la négociation collective prévue par la loi transformation de la fonction publique (lire sur AEF info) -, en travaillant "aussi différemment sur les questions de prévention et de santé - via le plan Santé au travail à venir (lire sur AEF info) - et en facilitant les mutualisations et la responsabilisation des acteurs via notamment les lignes directrices de gestion (lire sur AEF info). Selon Olivier Dussopt, les acteurs publics doivent en effet bénéficier de "marges de manœuvre et de leviers" même si une certaine verticalité de la décision est à préserver.

Manque d’impréparation au télétravail

Un discours appuyé par le DGAFP Thierry Le Goff, selon lequel la loi Dussopt contribue à donner plus de libertés aux managers. "Nous avons aujourd’hui tous les éléments pour renouveler la culture managériale mais nous devons désormais nous en emparer", a-t-il insisté. Outre la nécessité de recentrer les dispositifs de formation initiale et continue sur le management, le DGAFP défend le développement de l’attractivité, le soutien à l’innovation RH et managériale (notamment au travers du FIRH), la diffusion des outils d’accompagnement des managers de proximité et la prévention pour la santé et la sécurité au travail.

L’accompagnement des managers est un élément clé, a fortiori pour le travail à distance. L’enquête sur l’impact du numérique sur la continuité de l’action de l’État menée par la Dinum au mois de mai auprès de l’encadrement supérieur de l’État (1), présentée à l’occasion du webinaire, met ainsi en évidence un manque de préparation des administrations au télétravail.

L’insuffisance voire l’absence de la culture du télétravail des administrations (pour 75 % des répondants) a "mis des agents en difficulté" (30 % des managers interrogés en ont identifié), notamment par "manque d’accompagnement au télétravail" et motivé le souhait de mettre en place pour les managers des formations au travail à distance. Le directeur interministériel du numérique, Nadi Bou Hanna, a souligné les 23 % d’encadrant qui estiment ne pas avoir été suffisamment préparés à la culture du télétravail et, "plus grave", les 34 % qui sont dans l’incapacité "d’identifier si des agents se sont retrouvés en rupture ou non".

La raison ? "La culture du management que nous avons développé ne nous permet pas aux managers de voir cela s’ils n’ont pas les agents sous la main", constate le Dinum citant la question d’un directeur général concernant le pointage des agents. Selon lui, la "question du management par objectif est à réinventer". Il signale également la plus grande difficulté à organiser "le rôle et la place du middle management lorsque les chaines de décision se raccourcissent et les prises de décisions se font plus directement.

"Une appétence pour plus de flexibilité"

Réinventer le management en tirant parti des enseignements de la crise et des retours d’expérience notamment en matière de télétravail, c’est l’un des objectifs de la DITP. "Les priorités nouvelles pourraient émerger [dans le programme de transformation de l’action publique]. Le télétravail en fait partie, tout comme l’opportunité de consolider un certain nombre d’expériences, de simplifications et d’innovations qui se sont accélérées pendant la crise", assurait ainsi Thierry Lambert, le délégué interministériel à la transformation publique, dans une interview à AEF info, mi-mai (lire sur AEF info).

Il retient de la crise "une démarche inversée avec les équipes de terrain, plus collaborative avec les ministères ainsi qu’entre l’État et les collectivités territoriales", l’occasion de citer "le coupe préfets-maires". Malgré ses contraintes et sans nier les limites techniques et les difficultés à maintenir un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, le confinement a mis en évidence "des avancées, notamment une gestion du temps plus efficace et une appétence pour plus de flexibilité". Mais aussi la nécessité de penser le télétravail, qui doit "reposer sur des méthodes nouvelles de travail, de management, de nouveaux espaces de travail".

"Il faut avancer pour redonner de l’énergie au terrain. Nous allons travailler dans les prochaines semaines pour remplir cet agenda", a indiqué Thierry Lambert. Dans le cadre du chantier de coordination interministérielle avec la Dinum et la DGFAP, en lien avec les secrétariats généraux des ministères, différentes démarches vont être analysées afin d’en extraire des conclusions. Celles-ci seront présentées au gouvernement sous forme d’un plan d’action.

"Avoir un immobilier plastique"

S’agissant des nouveaux espaces de travail, la DIE a d’ailleurs lancé fin mai une "réflexion sur l’immobilier public de demain" et l’essor du télétravail sur le sujet (lire sur AEF info). Si celle-ci a été engagée dès 2018, la crise sanitaire a accéléré la démarche et mis en lumière sa nécessité. "Nous avons la conviction que l’immobilier est un facteur d’efficacité en matière de travail et un véritable facteur de transformation managériale, a ainsi estimé le nouveau directeur de l’immobilier de l’État, Alain Resplandy-Bernard (lire sur AEF info).

"Toutes nos organisations se plaignent d’être organisées en silos. Or leurs lieux de travail reflètent cette organisation. Nos bureaux sont standardisés. Tout l’enjeu aujourd’hui est d’avoir un immobilier plastique à même de s’adapter aux besoins." Ce qui implique d’arrêter "de raisonner non plus par bâtiment mais sur l’ensemble du parc immobilier", incluant aussi par exemple les tiers lieux.

(1) Enquête menée du 5 au 25 mai auprès de 1 006 cadres supérieurs des ministères, services centraux et déconcentrés.

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Clarisse Jay, journaliste