Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Paramétrer Tout accepter

Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page
Home| Social / RH| Ressources humaines| Dépêche n°629512

Comment les partenaires sociaux abordent les enjeux sociaux de la sortie de crise sanitaire (table ronde Ajis)

Si "le pire n’est pas certain" comme l’indique Geoffroy Roux de Bézieux, les sujets sociaux sont très nombreux dans cette période de sortie de crise sanitaire. À l’occasion d’une table ronde organisée par l’Ajis, jeudi 11 juin 2020, les présidents et secrétaires généraux des organisations syndicales et patronales font le point sur les divers sujets à l’ordre du jour. Relations entre pouvoirs publics et partenaires sociaux, place de l’État dans l’économie, modèle économique low cost, activité partielle et assurance chômage ou encore télétravail et santé au travail ont ainsi été abordés.

Philippe Martinez (CGT), Cyril Chabanier (CFTC), Alain Griset (U2P), François Hommeril (CFE-CGC), Yves Veyrier (FO), Geoffroy Roux de Bézieux (Medef) et Laurent Berger (CFDT) pendant la table ronde organisée par l'Ajis, jeudi 11 juin 2020.

"Nous avons tous été pris par la sidération. C’est la première fois que les États décident de ralentir l’économie sur l’offre et la demande, de manière similaire partout dans le monde", résume le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, à l’occasion d’une table ronde organisée jeudi 11 juin 2020, réunissant les leaders syndicaux et patronaux (1). "Nous avons vécu une situation totalement inédite", confirme Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT.

"devant le fait accompli"

Si chacun des représentants syndicaux et patronaux souligne les efforts de l’exécutif pour les informer durant la crise sanitaire, tous regrettent que "trop souvent, nous sommes mis devant le fait accompli", comme l’explique Yves Veyrier, secrétaire général de Force ouvrière. Cela a été le cas au plus fort de la crise sanitaire et cela le demeure aujourd’hui. Par exemple, "lors de la réunion de mardi au ministère du Travail, on nous a présenté des choses qui étaient déjà adoptées par l’Assemblée nationale", illustre François Hommeril, président de la CFE-CGC. "Après beaucoup de dénigrement à l’encontre des syndicats, nous n’avons jamais autant parlé avec la ministre du Travail que ces trois derniers mois, mais c’est le plus souvent pour nous présenter des décisions très verticales", abonde Philippe Martinez (CGT).

Outre le fait qu'"apprendre des choses par la presse plutôt que directement, c’est très désagréable", Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, appelle aujourd’hui à "rompre avec cette méthode verticale". Et au-delà, "il faut que l’ensemble des mesures sociales notamment prises pendant la crise, soient levées le 10 juillet prochain, avec la fin de l’urgence sanitaire", ajoute-t-il. Et "la clé de la sortie de crise, c’est le dialogue social", affirme Cyril Chabanier, président de la CFTC.

"économie nationalisée"

"J’entends la critique : quand ça va mal, les patrons en appellent à l’État. Mais ce n’est pas nous qui avons fermé nos entreprises et nous avons eu besoin d’argent public. Mais allons-nous rester encore longtemps avec une économie nationalisée ? Il faut revenir rapidement à un fonctionnement équilibré entre l’État et les entreprises", revient Geoffroy Roux de Bézieux. "L’État a pris une sorte de leadership. Progressivement, il doit se retirer mais pas trop vite. Il faut être aujourd’hui exigeant pour que la dépense publique soit bien utilisée", rebondit Cyril Chabanier (CFTC).

"La responsabilité des entreprises qui sont très dépendantes au soutien de la puissance publique doit s’engager pleinement, notamment dans les chaînes de valeurs et avec une conditionnalité des aides", explique Laurent Berger (CFDT). Et Yves Veyrier (FO) d’appeler à "évaluer, contrôler et cibler les aides". "Il y a toujours eu des aides de l’État pour les entreprises, mais le problème est sur le contrôle de ces aides et sur l’utilisation de nos impôts", souligne Philippe Martinez (CGT). "Les aides octroyées aux secteurs de l’automobile ou de l’aéronautique bénéficient le plus souvent aux grandes entreprises, et on ne voit guère le 'ruissellement' pour les salariés des PME et des TPE […]. De même, quand l’État donne cinq milliards à Renault et que l’entreprise demande des baisses de salaires de 36 % à ses salariés brésiliens, il y a un problème", poursuit-il.

économie "low cost"

Évoquant la question de la souveraineté économique, Geoffroy Roux de Bézieux souligne que la production en France ou en Europe sera toujours plus coûteuse qu’en Asie. Alors, "sommes-nous prêts à payer le prix et aller au-delà des chaînes de valeurs actuelles ? Le système low cost n’est pas facile à dépasser", avance-t-il. "Il faut une réflexion collective de la société", soutient Alain Griset, président de l’U2P, pointant "les contradictions actuelles" entre le souhait de soutenir l’activité locale et celui de dépenser le moins possible. Pour Cyril Chabanier (CFTC), "il faut cesser la course effrénée de la compétitivité à bas coût".

Cette logique de moindre dépense a aussi des effets sur une des priorités affichées durant la crise, à savoir la revalorisation des salariés qui se sont retrouvés en "deuxième ligne" pendant le confinement. "Prenons l’exemple du nettoyage. Ce sont souvent des sous-traitants qui ont répondu à un appel d’offres dans lequel le seul critère important est le prix […]. La seule solution qui n’est pas simple, est de renégocier les contrats selon une logique moins low cost. Cela suppose que les donneurs d’ordre acceptent de payer plus pour permettre une redistribution aux salariés", détaille Geoffroy Roux de Bézieux (Medef).

"augmenter le smic"

"Dans les années 70, l’agent de propreté de Sandouville était un salarié de Renault. Tout ceci a été démantelé pour mettre la pression sur la valeur et un des postes aujourd’hui les plus importants dans une entreprise, c’est celui de directeur des achats qui met la pression sur les coûts", explique François Hommeril (CFE-CGC) qui appelle à une réflexion avec les pouvoirs publics pour "réinterroger le modèle des entreprises". Pointant la progressive disparition du sujet de la revalorisation des salariés en "deuxième ligne", Philippe Martinez renvoie aussi le sujet à l’État, expliquant qu'"il faut passer de la parole aux actes". "Ces salariés sont le plus souvent au Smic. Il faut que l’État augmente le Smic, c’est la base", avance-t-il.

Sur l’activité partielle, Alain Griset (U2P) fait part de sa "grande surprise" quand il a appris la baisse de la prise en charge des entreprises décidée par l’État au 1er juin, pointant notamment le fait que celui-ci n’a pas été en capacité de rouvrir largement les écoles, ce qui continue à peser fortement sur la reprise d’activité. Son homologue du Medef dit pouvoir "entendre que l’on revoit le dispositif, mais si et seulement si on a des chiffres fiables" sur ce qui a été réalisé jusqu’alors ; la différence entre les demandes d’activité partielle et ce qui a été réellement effectué reste aujourd’hui à documenter. Quoi qu’il en soit, "ce serait une erreur" de revoir à la hausse le reste à charge pour les entreprises, affirme Geoffroy Roux de Bézieux.

modèle allemand d’activité partielle

Lors de la réunion multilatérale de mardi, "on nous a présenté le modèle allemand [le Kurzarbeit]" caractérisé par une indemnisation des salariés à hauteur de 60 % du net contre en moyenne 84 % en France, rapporte Yves Veyrier (FO). "Si l’objectif est de baisser à 60 %, il va de soi que cela n’ira pas", ajoute-t-il. "Si la question est de faire baisser la prise en charge des salariés, ce sera de la folie douce", soutient Laurent Berger, ajoutant que "les salariés ne sont pas responsables" de la situation et de leur placement en chômage partiel.

Parallèlement, "nous soutenons le dispositif 'Arme' [activité réduire pour le maintien en emploi], mais il est plutôt adapté aux entreprises industrielles caractérisées par des cycles longs" qui sont en capacité de prévoir leur charge d’activité à moyen terme, déclare Geoffroy Roux de Bézieux (Medef). Face aux réductions du temps de travail compensées partiellement, "il faut que les engagements des entreprises soient extrêmement forts", réagit Laurent Berger (CFDT). Des engagements en termes de "maintien dans l’emploi" ou de "formation" pour "passer le mauvais passage", précise le leader cédétiste. "Il faut une condition d’engagement fort dans la GPEC", complète Cyril Chabanier (CFCT).

unanimité syndicale contre la réforme d’assurance chômage

Activité partielle, Arme et assurance chômage forment "un tout", revient Geoffroy Roux de Bézieux (Medef). "Si le chômage partiel est considérablement réduit pour les employeurs, il y a un risque de chômage", explique-t-il. Du côté syndical, "il y a une certaine unanimité contre la réforme" actée dans le décret de fin juillet dernier, rappelle Cyril Chabanier (CFTC). Une "dégressivité absurde et indigne" pour François Hommeril (CFE-CGC) ; une condition d’entrée à 6 mois qui constitue "une folie" pour Laurent Berger (CFTC) ; ou encore un nouveau mode de calcul des indemnités qui est "une honte" pour Cyril Chabanier (CFTC). Tous demandent l’annulation de la réforme.

Et au-delà, la question de la répartition des rôles entre partenaires sociaux et pouvoirs publics doit se poser. "Nous sommes dans une situation où l’État prend beaucoup de décisions sans en assumer les conséquences financières" pour le régime d’assurance chômage, constate Alain Griset (U2P). "Il y a une forme d’étatisation rampante qui se met en place", poursuit Geoffroy Roux de Bézieux. Alors, faut-il pour autant se retirer de la gestion paritaire ? "Si je pensais que le gouvernement est meilleur gestionnaire des règles d’assurance chômage, je lâcherais les manettes. Mais je pense qu’il ferait de grosses bêtises", répond Laurent Berger (CFDT).

"Il faut se donner du temps, il y a besoin de clarifier ce qui relève de l’État et ce qui relève de la négociation collective", considère Yves Veyrier (FO), constatant "une dérive vers un modèle étatique". "Quand l’État nous demande de négocier tout en imposant d’entrée le résultat, nous sommes sous cloche. Il faut que l’État laisse la place aux discussions", souligne Philippe Martinez (CGT).

télétravail et santé au travail

Sur les négociations en cours ou à venir, "que met-on derrière le terme ANI ? Un accord normatif qui s’impose à toutes les entreprises ? Ou un accord avec des principes dont doivent s’inspirer les branches et les entreprises", interroge Geoffroy Roux de Bézieux (Medef), préférant naturellement la seconde option. Par exemple, sur les discussions relatives au télétravail, il insiste sur la nécessité de "faire le bilan avec des experts pour comprendre ce qui s’est passé" et de prendre en compte le fait que cette option n’a pas été appliquée de la même manière dans toutes les entreprises. Que cela aboutisse à un ANI ou à un autre type de document paritaire, "il faut donner des points de repère de régulation", considère Laurent Berger (CFDT) qui, à l’instar de Philippe Martinez (CGT), fait le lien entre le télétravail et le dossier de la santé au travail. Et au-delà, "il faut une réflexion autour du travail, du collectif et du sens du travail", ajoute le leader cégétiste.

Cette nouvelle négociation sur la santé au travail s’ouvre lundi 15 juin et ceci, sans attendre un éventuel document de cadrage du gouvernement. "C’est la démonstration que nous pouvons avancer sans être guidé par le gouvernement", souligne Laurent Berger (CFDT). Apprenant que la députée Charlotte Lecocq (LREM, Nord) allait déposer une proposition de loi sur le sujet, Geoffroy Roux de Bézieux (Medef) avertit que "si c’est un passage en force, il y aura une réaction très forte du Medef".

emploi des jeunes

Interrogés sur l’opportunité de se pencher ensemble sur le dossier de l’emploi des jeunes, les partenaires sociaux se montrent un peu dubitatifs quant à la possibilité d’aboutir à quelque chose. "Encore faudrait-il se mettre d’accord entre nous pour définir le contenu de la négociation", explique Yves Veyrier (FO). De son côté, Geoffroy Roux de Bézieux (Medef) estime que cela relève plus d’une discussion tripartite que d’une négociation paritaire. Certes, "mais c’est un vrai sujet sur lequel on pourrait pousser le gouvernement à agir", répond Laurent Berger (CFDT).

Et d’insister sur la notion de responsabilité des acteurs sociaux. "Pourquoi ne sommes-nous pas capables de dire ensemble ce que nous voulons sur l’assurance chômage ou l’emploi des jeunes ? C’est ce qui nous affaiblit aujourd’hui. En n’arrivant pas à le faire, nous laissons un boulevard aux décisions verticales du gouvernement", conclut le représentant de la CFDT.

(1) Invité, le président de la CPME, François Asselin n'a finalement pas pu participer à cette rencontre.

Fermer

Bonjour

Vous souhaitez contacter

Jérôme Lepeytre, journaliste