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"Passer de 700 à 3 000 télétravailleurs a été un saut dans le vide !" (Benjamin Hus, DGS du département du Nord)

"J’ai choisi de ne pas parler de reprise d’activité parce qu’en réalité les agents n’ont jamais cessé de travailler. Je préfère parler de plan de déconfinement progressif", affirme Benjamin Hus, DGS du département du Nord, lors d’un entretien avec AEF info, jeudi 28 mai 2020. La plupart des salariés de la collectivité continuent donc à travailler depuis chez eux. "Pour augmenter le recours au télétravail, nous avons pris l’engagement de fournir à l’ensemble des agents un ordinateur et/ou un smartphone d’ici à fin juin", explique le DGS. "Certaines organisations syndicales demandaient que le télétravail redevienne l’exception. Mais cela ne me paraissait pas raisonnable de faire revenir trop de monde en présentiel pour des raisons sanitaires", ajoute-t-il. Pour garder le lien, ce DGS trentenaire organise des "YouTube live" avec les 8 000 agents du département.

Benjamin Hus, DGS du département du Nord. D.R.

AEF info : Comment organisez-vous la reprise d’activité ?

Benjamin Hus : J’ai choisi de ne pas parler de reprise d’activité parce qu’en réalité, les agents n’ont jamais cessé de travailler. Je préfère parler de plan de déconfinement progressif. Le Premier ministre ayant affirmé que le télétravail devait rester la règle, ce n’est pas encore un retour à la normale. L’occupation des bureaux est limitée à 50 % et 20 % des agents travaillent aujourd’hui en présentiel. Le recours au télétravail reste donc massif.

Certaines organisations syndicales demandaient que le télétravail redevienne l’exception [lire l’encadré ci-dessous]. Je peux entendre le risque d’isolement et les conditions pas toujours optimales du travail à distance. Mais cela ne me paraissait pas raisonnable de faire revenir trop de monde en présentiel pour des raisons sanitaires. Nous allons sans doute desserrer progressivement l’étau jusqu’en septembre.

Sur 8 000 agents, 5 700 sont potentiellement des télétravailleurs. Ils étaient 3 500 pendant la période de confinement. Pour augmenter le recours au télétravail, nous avons pris l’engagement de fournir à l’ensemble des agents un ordinateur et/ou un smartphone d’ici à fin juin. Aujourd’hui, il en reste environ 600 à équiper. Heureusement, le budget 2020 avait prévu une modernisation de nos systèmes d’information. Nous sommes passés d’une enveloppe de 2 à 4 M€ en fonctionnement et de 2 à 4 M€ en investissement. Les moyens sont donc là même s’il est probable qu’il faudra refaire des virements de crédits sur cette ligne budgétaire.

AEF info : Comment avez-vous négocié le virage du télétravail ?

Benjamin Hus : Avant cette crise, 700 agents étaient télétravailleurs quelques jours par semaine. Passer de 700 à plus de 3 000 télétravailleurs a quand même été un grand saut dans le vide ! Il a fallu commander en urgence des accès VPN supplémentaires car notre connexion était limitée à 1 300 personnes maximum. Pour éviter l’isolement, j’ai demandé que les responsables d’équipes restent en contact avec tous les agents, y compris ceux qui étaient en ASA. Une adresse mail a été ouverte pour recueillir les questions et un point de situation a été envoyé chaque semaine par mail. J’ai aussi répondu aux questions lors de "YouTube live" de 45 minutes. Ce format a été bien suivi puisque sur 8 000 agents, 7 000 prenaient à chaque fois connaissance de la vidéo, en direct ou plus tard.

Le confinement a été l’occasion d’une transformation digitale accélérée. Le télétravail n’est pas l’alpha et l’oméga mais nous sommes au début d’une révolution de nos modes d’organisation. Demain, les agents pourront travailler à distance quelques jours par semaine, à condition de fixer des bornes pour respecter l’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Je pense aussi que nous allons devoir repenser l’aménagement de nos bureaux et imaginer des espaces plus modulaires.

AEF info : Aviez-vous, avant l’annonce du confinement, préparé un plan de continuité d’activité ?

Benjamin Hus : Le préfet avait pris l’habitude dès fin février de réunir une fois par semaine la région, les départements, l’ARS, le rectorat et le CHU de Lille pour évoquer la situation sanitaire. Cela nous a permis d’anticiper et de finaliser un plan de continuité d’activité la semaine précédant le confinement.


"Le PCA a été écrit en un temps record, en n’imaginant pas que la crise allait durer deux mois."

 

Cependant, ce PCA a été écrit en un temps record, en n’imaginant pas que la crise allait durer deux mois, ce qui nous a obligés à l’adapter. Nous avons fait le choix très fort de garantir l’aide d’urgence en gardant partout sur le territoire un minimum d’agents capables d’assurer par exemple le placement d’enfants ou le suivi de grossesses difficiles en PMI. Nous avons mis en place une plateforme téléphonique pour renseigner les allocataires sur leurs droits.

La continuité d’activité a aussi été assurée pour garantir la sécurité des systèmes d’information et des bâtiments, le versement de la paye des agents et le mandatement des factures, afin de ne pas mettre plus en difficulté la trésorerie des entreprises.

AEF info : Quel choix avez-vous fait pour la prise de congés pendant le confinement ?

Benjamin Hus : Ce sujet a été un peu compliqué à traiter car l’ordonnance est arrivée très tardivement. Nous avons décidé, avec le président du département, Jean-René Lecerf, d’annuler l’ensemble des congés déjà posés par les agents pour le mois d’avril, pour ne pénaliser personne. Ceux qui exerçaient une mission critique et qui avaient besoin de respirer ont pu prendre un temps de repos. Et nous avons demandé aux autres de poser au minimum trois jours en avril, même si l’ordonnance nous permettait d’aller plus loin.

AEF info : Comment reconnaître l’investissement des agents pendant la crise ?

Benjamin Hus : Nous allons nous appuyer sur le décret qui envisage trois niveaux de primes pour surcroît d’activité pour les fonctionnaires de l’État. Cette prime devrait concerner environ 450 agents qui ont été très présents et sollicités tard le soir, tôt le matin ou le week-end. Une deuxième étape consiste à majorer l’IFSE pour reconnaître l’investissement et le risque pris par d’autres agents. Le département a aussi choisi de reconnaître l’engagement exceptionnel des 2 500 assistantes pendant la crise.

AEF info : Quels enseignements tirez-vous de cette période ?

Benjamin Hus : Nous avons rencontré une difficulté pendant les premières semaines de confinement pour déterminer précisément qui exerçait une mission critique. Nous avions laissé la possibilité aux directeurs de services de trancher.

 

"Pour le plan de déconfinement, j’ai souhaité être beaucoup plus précis et éviter au maximum les angles morts."

 

Il y a eu parfois un flottement qui n’a pas été dans l’intérêt des agents : certains auraient dû savoir bien plus tôt s’ils étaient ou non dans cette catégorie. Pour être plus efficace, il aurait peut-être fallu être plus directif, définir des critères très simples et centraliser la décision. J’en ai tiré les leçons lors de la rédaction du plan de déconfinement : j’ai souhaité être beaucoup plus précis et éviter au maximum les angles morts.

Je retiens les belles histoires écrites durant la crise. Je pense notamment aux 200 personnes placées en ASA qui se sont portées volontaires pour aider : des chefs de collège ont par exemple cuisiné dans les Ehpad tandis que des agents de la voirie sont venus prêter main-forte pour la distribution des masques.

La crise a aussi été l’occasion d’affirmer le rôle de la collectivité. Nous pouvons être fiers d’avoir été les fantassins de la République ! Nous avons été capables d’apporter des réponses rapides en équipant en masques des services de soin et d’aide à domicile, des établissements de la protection de l’enfance et des Ehpad. L’échelon du département a ainsi montré toute sa pertinence. Cela doit nous faire réfléchir à d’éventuels transferts de compétences, par exemple sur les sujets médico-sociaux.

Pour le syndicat SUD, "le télétravail n’est pas le Saint Graal"

 

"L’exécutif et le DGS exploitent cette crise sanitaire, qui permet un test grandeur nature, pour généraliser sans délai le télétravail par un effet d’aubaine", estime le syndicat Sud du département du Nord, sur son site. "Dans cette marche forcée opportuniste, ils oublient la législation. Le dernier décret paru le 5 mai 2020 relatif au télétravail dans la fonction publique réaffirme le volontariat. C’est l’agent qui fait la demande de télétravail et l’administration qui l’accorde ou pas", rappelle le syndicat.

Selon le syndicat, "penser la généralisation du télétravail (plus de 2 jours par semaine et quasi en permanence) comme une liberté, une autonomie, est une illusion". Sud estime que "l’absence des relations directes et spontanées avec les collègues ampute les prises de recul, les réflexions collectives, la créativité". Il fait état de témoignages d’agents qui "rapportent un état de fatigue accru, une charge mentale épuisante liée à l’absence de fluidité dans le travail". Et dénonce "des réunions en visio qui saturent l’attention" et un droit à la déconnexion "très difficilement réalisable en pratique".

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Sylvain Marcelli, journaliste