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Après le confinement, comment améliorer les relations police-population ?

Les tensions accumulées depuis le confinement reposent la question de l’amélioration des relations police-population. C’est le constat dressé par plusieurs citoyens, jeunes issus des quartiers populaires, policiers, anciens policiers, et élus. Si le sujet n’est pas nouveau, la crise sanitaire intervenue après le mouvement des "gilets jaunes", et le rôle particulier joué par les forces de l’ordre dans le contrôle des déplacements met en lumière cette nécessité alors que, faute de départs en vacances, l’été pourrait générer d’autres conflits. Expériences d’injustice ou de racisme vécues par des citoyens, formation, culture professionnelle, problème d’effectifs, turn-over des effectifs… AEF info fait le point alors que la relance des discussions sur le "livre blanc de la sécurité intérieure" est très attendue et pourrait aussi répondre à l’enjeu d’amélioration.

Après des violences urbaines à Roubaix, en avril 2020. Ici dans le quartier des Trois Points, où des feux de poubelles et l'incendie d'une voiture ont été signalés dans la nuit MaxPPP - Baziz Chibane

Multiplication des rodéos motos difficilement gérables pour les forces de l’ordre, décès d’un conducteur à Argenteuil (Val-d’Oise) et accident de moto à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) ayant entraîné des violences urbaines, insultes racistes lors d’une interpellation à L’Île-Saint-Denis (Saint-Denis), confinement et interdiction de regroupements difficiles à faire respecter pendant et après le confinement, cas de verbalisations excessives voire de violences dénoncées par Amnesty International lors de déplacements dérogatoires… Depuis la mise en place du confinement et malgré sa levée partielle, les signes de tension entre la population et les forces de l’ordre semblent s’accumuler. À tel point que pour Roger Vicot, maire PS de Lomme (Nord) et président du Forum français pour la sécurité urbaine, "la relation police-population est probablement l’un des thèmes principaux sur lesquels les élus et l’État doivent travailler dans les prochaines années".

Sur ce sujet, il faut distinguer les incidents liés aux opérations de contrôle et ce qui relève de "l’histoire de la police française depuis ces quinze dernières années", estime l’élu. Sur les près de 21 millions de contrôles réalisés par les gendarmes et les policiers entre le 17 mars et le 10 mai 2020, 1,1 million de contraventions ont été dressées, a indiqué le ministre de l'Intérieur. Au total, "un peu moins de 6 % d’infractions" ont été relevées. Avec un objectif selon Christophe Castaner : ne pas sanctionner mais protéger les Français.

Difficile de savoir combien de contraventions ont été contestées alors que nombre de citoyens se sont plaints sur les réseaux sociaux de verbalisations non justifiées ou de comportements illégaux de la part des forces de l’ordre. Selon le ministère de l'Intérieur, pendant le confinement, 367 signalements ont été faits auprès de l’IGPN et 175 à l’IGGN. Des chiffres modestes au regard du nombre de contrôles et qui englobent "un panel de situations", précise la place Beauvau. La gendarmerie précise avoir enregistré une hausse de 75 % des violences physiques et de 58 % des violences verbales sur la période, par rapport à 2019 (lire sur AEF info).

Autre indicateur, entre le 17 mars et le 5 mai, 379 faits de violences urbaines visant des policiers, dont 79 guets-apens, ont été recensés en zone police (DGPN et PP), rapporte Le Figaro. Au total, 164 villes ont connu au moins un épisode de violences urbaines, 43 policiers ont été blessés.

Des chiffres divergents

Bien avant l’épidémie de Covid-19, selon une étude internationale basée sur des données de 2017 à laquelle Sebastian Roché a participé, la France était déjà "mal placée en Europe". "Lorsque l’on compare le degré de confiance accordé à la police, nous sommes dans le tiers inférieur de l’Union européenne à 27, plus proches de la Grèce et de la Bulgarie que de l’Allemagne ou du Danemark", expliquait le sociologue dans un entretien au journal du CNRS. En janvier dernier, 43 % des Français exprimaient leur confiance dans la police, soit sept points de moins qu’en août 2019, selon un sondage de l’Ifop publié par L’Express (lire sur AEF info). Le débat sur l’usage de la force créé par la médiatisation des violences pendant le mouvement des "gilets jaunes", le décès du livreur Cédric Chouviat (lire sur AEF info) et les révélations au sujet de la mort de Steve Maia Caniço (lire sur AEF info) ont probablement joué sur cette dégradation de la relation.

Interrogés par AEF info, plusieurs fonctionnaires ou ex-fonctionnaires de police ont une vision très variable de la qualité actuelle des relations police-population. Christophe Korell, policier et président de l’ACPJ (lire sur AEF info), anticipe : "La police a 75 % d’opinions favorables, le reste est à 25 % mais cela va augmenter un peu et l’écart risque de se creuser avec le confinement". Pour Juliette Alpha, policière très présente sur Twitter, pendant cinq ans affectée en police secours et autrice de "Vis ma vie de flic", "les relations police-population n’a pas changé en deux mois, elle est médiocre" même si, sur le terrain, les agents ont des retours positifs, mais discrets de la part de la "majorité silencieuse". Pour Marie-France Monéger-Guyomarc’h, ex-cheffe de l’IGPN, désormais retraitée, il faut nuancer : "Les relations police-population ne sont pas si mauvaises, si on compare avec les relations police-justice et police-presse."

"L’effet loupe" des réseaux sociaux

Tous sont conscients que le confinement a été plus difficile dans des quartiers où des familles vivent dans des logements exigus et insalubres. Ils déplorent en même temps "l’effet loupe", voire déformant, que produisent les réseaux sociaux. C’est d’ailleurs sur un de ces points que Christophe Korell met en garde les jeunes de l’association d’Espoir 18 lors d’un débat sur le thème des relations police-population retransmis en direct sur Facebook le 7 mai dernier. "Sur les vidéos, il faut faire attention. Il y en a qui sont sans ambiguïté, j’ai réagi sur les injures racistes [proférées par des policiers après avoir repêché un suspect à la Seine, à L’Île-Saint-Denis]". Mais il faut se méfier de l’émotion qu’elles suscitent et "faire attention à savoir d’où vient l’information. Ce n’est pas toujours évident de savoir ce qui a provoqué l’intervention. On ne voit pas forcément tout, certaines vidéos sont volontairement recadrées pour justement donner cette impression aux gens qu’on assiste d’office à une violence de la part des policiers", insiste-t-il. "L’enquête ne se fait pas sur Twitter", embraye son collègue Abdoulaye Kanté, qui évoque l’accident de moto à Villeneuve-la-Garenne, initialement présenté comme un geste intentionnel d’un policier ouvrant sa porte au passage du véhicule.

Marie-France Monéger-Guyomarc’h relativise également. Certes, "il peut y avoir un rapport différent à la loi dans des banlieues, qui sont toujours plus éruptives" mais les images de violences urbaines qui ont été relayées se sont concentrées sur "quelques points fixes" pendant le confinement. "Cela n’a rien à voir avec celles de 2005, c’était brutal, très violent, et une grande partie de la banlieue", au-delà de l’Île-de-France, avait été touchée, à la suite de la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), estime-t-elle.

Discernement et contrôle au faciès

Deux jeunes hommes, qui ont déjà participé à plusieurs actions de rapprochement avec la police organisées par l’association Espoir 18, évoquent des injustices lors des contrôles réalisés pendant le confinement. Lors d’un attroupement créé par des habitants du XVIIIe arrondissement dansant dans la rue pendant le confinement, dont la vidéo a été très partagée sur les réseaux sociaux, "pas un n’a pris une contravention, c’est ce deux poids deux mesures qui pose problème, alors que dans les quartiers, les policiers arrivent comme des cow-boys !", s’insurge l’un d’eux, évoquant une situation où des jeunes de son quartier se seraient fait "gazer" par des policiers depuis leur véhicule." "Dans ce bal, j’ai trouvé que les policiers avaient bien agi, je ne me suis pas dit : 'Pourquoi ils ne les gazent pas ?" mais 'pourquoi ils n’agissent pas partout comme ça ?'"

Très vite, la question du discernement et des contrôles au faciès est évoquée, le sentiment d’impunité des policiers dénoncé. "Le discernement est quelque chose d’important, c’est ce qu’on nous demande et qu’on nous enseigne en école de police", note Christophe Korell. "C’est probablement là-dessus qu’il faut travailler, sur une manière d’intervenir, car il ne faut pas généraliser [au sujet de l’attitude de la police], de la même manière que nous, on ne doit pas généraliser [au sujet de l’attitude des jeunes des quartiers sensibles]."

La difficile reconnaissance du racisme

Lors de ce débat, le sociologue Jérémie Gauthier explique avoir observé du racisme dans la police à la fin des années 2000 : "La police a commencé à se diversifier, à intégrer beaucoup de jeunes policiers et policières d’origines maghrébine ou africaine et en même temps se manifestait beaucoup d’expressions du racisme. Ce milieu policier exclusivement d’hommes et de blancs connaissait une transformation assez importante, peut-être que ça provoquait des conflits" que "la hiérarchie ignorait totalement". Il salue une "libération de la parole" chez les fonctionnaires victimes de comportements racistes, même si "ça reste encore très difficile de le faire reconnaître par son commissaire".

Les trois autres policiers invités lors de ce débat assurent n’avoir jamais été témoins de comportements racistes ou illégaux de leurs collègues. "S’ils commençaient à avoir des comportements inappropriés, j’ai pu faire rectifier le tir en faisant voir au collègue que ce n’était absolument pas comme ça qu’il fallait se comporter sur la voie publique", concède Stéphane, policier, qui plaide pour une meilleure formation continue. "Il peut y avoir des policiers racistes, mais la police n’est pas raciste", assure Abdoulaye Kanté.

"Apprendre à ne pas être uniquement sur la défensive"

Juliette Alpha récuse également ces accusations, et revient à la question de la formation. En école, "il y a des cours pour être flic, on nous apprend à intervenir. Mais il n’y a pas de cours sur la relation police-population." "Toutes ces questions de résolution de conflit sont relativement secondaires", confirme le sociologue Mathieu Zagrodzki, invité à participer au débat d’Espoir 18.

"Il faudrait qu’on nous apprenne à ne pas être uniquement sur la défensive dans la rue" et à anticiper l’outrage, relève également Juliette Alpha. Le calme est parfois difficile à maintenir quand les agents "interviennent avec des téléphones à moins d’un mètre", relate Abdoulaye Kanté, favorable à une démocratisation du port de la caméra-piéton et pas opposé par principe à ce que les agents soient filmés par les citoyens.

Il faut surtout "humaniser les policiers derrière l’uniforme", estime Lamine Salia, responsable d’une structure du XIXe arrondissement en lien avec Espoir 18 lors du débat. Une action à laquelle s’emploie également l’ACPJ. "On tente de restaurer le dialogue", explique à AEF info Christophe Korell. "Au niveau national, on n’a pas ces lieux de discussions, or, il y a un besoin réel. L’institution a un rôle à jouer." Les policiers se méfient parfois de ce type d’action, estimant que leurs collègues vont "vendre la police". Par ailleurs, "les policiers sont soumis à un devoir de réserve, s’exprimer n’est pas forcément évident […] même si je pense que c’est parfois commode de se cacher derrière ça et que le devoir de réserve ne nous empêche pas de discuter avec d’autres associations", reconnaît-il devant les jeunes d’Espoir 18.

Attitude des syndicats et de la hiérarchie

Pour Abdoulaye Kanté, un "changement" est toutefois en train de s’amorcer. "Avant, les syndicats de police avaient énormément le droit à la parole et en tant que policiers, même si nous sommes plus ou moins tous syndiqués, nous ne sommes pas forcément d’accord avec leurs prises de position, qui sont parfois clivantes."

Bruno Pomart, qui a 36 ans de service derrière lui, président de l’association Raid aventure qui organise des séjours sportifs pour les jeunes des cités principalement avec des policiers bénévoles, estime que les syndicats sont aussi "dépassés" sur le sujet des relations police-population. Mais pas seulement : "Les gens sur le terrain en prennent plein la gueule mais la hiérarchie intermédiaire et les directeurs centraux sont archaïques."

Une question de management, donc, mais aussi de règles d’affectations dans la police. "Ça bouge souvent au niveau des commissariats. Il faut régulièrement tout remettre en ordre, créer les connexions mais on le fait, ça se passe plutôt bien même si ça met du temps à redémarrer", témoigne au cours du débat Lamine Salia. "La plupart du temps ce sont des jeunes qui arrivent, ils ne connaissent rien du quartier, j’imagine qu’ils ont peur de cette population, ils sont méfiants. À chaque fois que je fais une intervention en commissariat, je dis que nos jeunes ont besoin de respect", explique une maman membre d’Espoir 18. À ce turn-over et ce manque d’expérience, s’ajoute une autre difficulté : "Des faits d’actualité reviennent souvent, on doit alors refaire un travail avec les jeunes."

Une culture professionnelle à repenser

Pour l’ancien policier et député, Jean-Michel Fauvergue (LREM, Seine-et-Marne), la culture pèse : "La police à la française, son boulot c’est de faire de la police d’intervention, réactive en sécurité publique. Les Anglo-saxons font en plus du 'neighborhood watch', une police de voisinage. Nous avons un retard phénoménal en la matière. Il faut s’y mettre, ce n’est pas qu’une question d’effectifs car en ajoutant la police nationale, la gendarmerie et sa réserve et la sécurité privée, la France est le pays le plus fliqué d’Europe (lire sur AEF info). C’est une question de mentalité !"

"Il faut que la hiérarchie soit évaluée de façon systématique sur ces critères et qu’elle évalue elle-même ses agents sous l’angle de la relation police-population", propose Marie-France Monéger-Guyomarc’h. "Cela veut dire qu’il faut mettre la police au centre de la population mais aussi qu’il faut avoir des outils, pour ne pas rester dans la représentation." Lorsqu’elle était en service, l’IGPN a mis en place une évaluation précise, normée, réalisée de façon aléatoire, permettant d’analyser toutes les plaintes et mains courantes, les courriers et appels au 17, en rappelant systématiquement toutes les personnes pour qu’elles s’expriment sur les conditions d’accueil, les délais d’attente, et les suites données. Mais il faudrait aussi "en faire une analyse évolutive et comparer par période, année après année et pouvoir comparer entre services et régions. Ce serait intéressant que l’on passe du constat à la valorisation de cette approche au service des citoyens".

Une proximité pas retrouvée avec la PSQ

"Je suis absolument convaincu que davantage de policiers aimeraient avoir plus de temps pour ne pas faire que de la répression et de l’intervention. Mais clairement, la question du manque d’effectifs a influencé la culture policière", estime pour sa part le président du FFSU, Roger Vicot. Avant que la crise du Covid-19 n’éclate, le gouvernement maintenait sa volonté de créer 10 000 postes de gendarmes et de policiers d’ici la fin du quinquennat (lire sur AEF info).

Pour certains interlocuteurs, la création de la PSQ ne semble pas tenir ses promesses. Le socialiste Roger Vicot rappelle qu’elle "était censée transformer complètement la police et ses méthodes de travail, pas seulement dans les quartiers de reconquête républicaine" (lire sur AEF info). Même constat pour le député LREM, Jean-Michel Fauvergue : "La PSQ reste toujours à implanter, je suis impatient que le mouvement s’accélère." Dans tous les cas pour Juliette Alpha, "la PSQ n’est pas une police de proximité, on a pris des fonctionnaires de police secours pour les mettre en PSQ. Ensuite la proximité, ce n’est pas juste aller patrouiller dans des quartiers sensibles, ce sont des contacts avec les commerçants, se montrer sur les marchés. Cela veut dire plus de missions que l’on n’a pas forcément le temps de faire quand il faut en plus protéger les édifices religieux".

"J’ai eu la chance de connaître l’époque de la police de proximité de 1997-2002, et même avant, l’îlotage avec des policiers qui connaissaient leurs quartiers et les personnes qui y habitent, y travaillent et de ce fait, travaillaient, eux, davantage en confiance", se remémore le policier Stéphane, lors du débat avec l’association d’Espoir 18. "Aujourd’hui, on a essentiellement des policiers en véhicule de police qui courent d’une intervention sur l’autre toujours dans l’urgence, et qui ne prennent plus suffisamment la peine de descendre de ces véhicules et de créer des échanges avec nos concitoyens", regrette-t-il. "Cela constitue l’une des souffrances de l’institution police." Par son organisation, une nouvelle police de proximité permettrait aussi d’éviter "d’encombrer le 17" car "certaines missions n’ont pas de caractère urgent, elles doivent entraîner des interventions cycliques" par exemple sur le rodéo urbain qui se produit aux mêmes endroits et aux mêmes moments, estime Juliette Alpha.

Les référents police-population, un dispositif insuffisant

Certains personnels sont dédiés aux relations police-population : ce sont des référents dans leurs commissariats, souvent retraités. Pour Jean-Michel Fauvergue, "si la PSQ fonctionne, vous n’en avez pas besoin". Par ailleurs, "ce référent ne traite pas le relationnel avec le jeune de cité ou une population marginalisée, il traite uniquement avec celle qui n’en peut plus de ses conditions de vie" et cumule parfois avec d’autres casquettes de référents, affirme le député. Les référents assistent essentiellement à des réunions avec la municipalité, éventuellement des conseils de quartiers pour faire remonter des doléances aux commissaires, mais "ils n’ont pas de contact avec la population, ils ne sont pas sur le terrain. Les citoyens n’ont pas plus le sentiment de parler à la police grâce à eux", explique Juliette Alpha.

La policière estime qu’il faudrait "rendre la police accessible", comme elle tente de le faire sur les réseaux sociaux. "On gagnerait à avoir une communication plus pédagogue, pas institutionnelle mais de terrain pour expliquer comment on procède à des interpellations et expliquer des images, pour dire par exemple qu’une personne qui a les mains dans les poches peut être armée et cela peut nécessiter certains gestes professionnels". "Les gens ont besoin d’échanger physiquement, cela amène une sincérité dans les propos", assure-t-elle, citant le cas de cafés citoyens organisés à Strasbourg.

Quelle priorité politique donnée ?

Pour l’instant, la question des relations police-population est peu citée comme un sujet à part entière dans le discours du gouvernement. Cependant, la stratégie nationale de prévention de la délinquance publiée le 9 mars dernier (lire sur AEF info) consacre un de ces quatre axes à "la population, nouvel acteur de la prévention de la délinquance". Démarche participative, rôle à conforter des 9 000 médiateurs sociaux, multiplication des "actions de contact" associant la population, des forces de sécurité, des polices municipales et des services de secours, communication accrue sur les opérations "tranquillité vacances", "tranquillité senior", et la participation citoyenne sont notamment évoqués.

Une démarche dans laquelle semble s’inscrire la gendarmerie, qui, à la faveur du confinement, a fait connaître sur les réseaux sociaux son action au service de la population sous le hashtag "Répondre présent" (lire sur AEF info). Les groupements ont mis en avant leur rôle de conseils, de prévention et de services auprès des personnes âgées, des personnels soignants pouvant être la cible d’agressions, des victimes de violences conjugales, d’entreprises et de commerces fermés et pouvant être cambriolés. Une différence notable avec la police relevée par Roger Vicot. "Ce n’est pas la même culture. La gendarmerie est historiquement implantée dans le cadre rural et dans le périurbain dans des zones plus apaisées que la police. Elle est aussi une culture de services qui correspond à son travail de sécurité routière", analyse-t-il.

Sous un autre angle, les réflexions sur le maintien de l’ordre, très critiqué pendant le mouvement des "gilets jaunes" qui a longtemps bénéficié du soutien de la population, n’ont pour l’heure pas abouti. La question de la "désescalade" pour "maintenir au maximum le lien avec les manifestants" était notamment étudiée, a expliqué le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, dans une interview à AEF info (lire sur AEF info).

Une attente autour du "livre blanc"

Dans le cadre des travaux sur le "livre blanc de la sécurité intérieure", une "conférence des citoyens" a été organisée à la mi-janvier au ministère de l'Intérieur, comme l’expliquait à AEF info Isabelle Epaillard, cheffe de projet chargée de piloter la rédaction du document (lire sur AEF info). Les conclusions de cette initiative n’ont cependant pas été rendues publiques.

"On attend le 'livre blanc'", s’impatiente Jean-Michel Fauvergue, qui pour "mettre la pression" a déposé une proposition de loi (lire sur AEF info) et détaillé avec les députés de la majorité des propositions en matière de sécurité (lire sur AEF info). Selon les informations d’AEF info, les discussions des groupes de travail sur le "livre blanc", en sommeil durant le confinement, doivent reprendre.

La rédaction du "livre blanc" doit être l’occasion de "s’atteler à l’organisationnel et de réformer", selon le député. "Si on réformait la police, la Préfecture de police et la gendarmerie, où il y a pléthore de gens dans les bureaux et les états-majors, on récupérerait des milliers d’effectifs en sécurité publique", assure-t-il. Par exemple, les salles de commandement de la gendarmerie et de la police, qui "font le même job", pourraient être fusionnées au niveau départemental pour récupérer quelques agents, suggère-t-il.

Un seul commandement des opérations spéciales (lire sur AEF info) intégrant des personnels du Raid, de la BRI et du GIGN qui représentent 1 000 personnels, pourrait être créé au lieu de trois distincts, relève le député de la Seine-et-Marne. "Est-ce qu’aujourd’hui on a besoin d’autant de monde alors que désormais des primo intervenants existent partout sur le territoire ?". "À Toulouse, il y a une antenne du Raid et une antenne du GIGN qui n’interviennent jamais, ça représente une soixantaine de bonshommes !", poursuit Jean-Michel Fauvergue. Idem en PTS, "quatre directions travaillent indépendamment, il y a 58 plateaux techniques de la police nationale, 110 côté gendarmerie, ils sont pour les uns suremployés pour d’autres sous-employés, on marche sur la tête !" Tous ces exemples illustrent le fait que "les services spécialisés sont surdimensionnés et les services de sécurité publique de la police et des brigades territoriales de gendarmerie sont en sous-effectifs et sous-équipés".

les centres de loisirs gérés par la police renforcés dès cet été

Ces réformes de fond pourraient mettre du temps à aboutir. Or, les récentes violences et tensions observées principalement dans les quartiers relevant de la politique de la ville plaident en faveur d’une action rapide alors que les vacances d’été approchent dans des conditions qui restent inconnues en raison de la situation sanitaire. Le 1,3 million d’enfants vivant dans les quartiers de la politique de la ville "risquent de se retrouver sans aucune alternative" alors que nombre d’entre eux ont l’habitude de partir en vacances dans le pays d’origine de leur famille l’été, estime le secrétaire d'État chargé de la Jeunesse, Gabriel Attal, dans une interview au Monde publiée le 14 mai. Des annonces seront faites "début juin" par le ministre de l’Éducation nationale et le ministre chargé de la Ville.

L’association Raid aventure est actuellement "en stand-by comme tout le monde", explique Bruno Pomart. "Notre centre en Eure-et-Loir accueille d’ordinaire 150 à 200 jeunes par jour, là il n’y a personne, mais l’ANCT nous demande de nous bouger pour cet été, d’accueillir avec de nouvelles règles 50 à 60 jeunes par jour. Nous, nous sommes prêts." Selon les informations recueillies par AEF info, le gouvernement travaille au renforcement des 24 centres de loisirs jeunes. Huit nouveaux centres devraient être créés pour accueillir davantage de jeunes dès cet été dans ce réseau animé et géré par la police nationale, avec le soutien de communes du FIPD, des CAF et départements. En parallèle, le réseau des délégués police-population devrait également être étoffé.

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Judith Blanes, journaliste