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Enseignants-chercheurs : quand elles postulent, les femmes promouvables bénéficient plus souvent d'un avancement

Un tiers des enseignantes-chercheuses éligibles à une promotion se sont portées candidates pour l’obtenir, lors de la campagne d’avancement 2019, selon une note DGRH parue en mars 2020. Soit autant que les hommes. Mais une fois candidates, elles sont 53,7 % à être promues, contre seulement 43,9 % de leurs homologues masculins. Dans certaines sections CNU, l’audace "paie" pour les femmes, notamment en littératures comparées. Retrouvez les taux de participation et de succès selon le grade et la discipline, ainsi que l’analyse de l’AFDESRI, et de la présidente de la CP-CNU.

Source et méthodologie

 

Les données étudiées ici sont issues du bilan de la campagne 2019 d’avancement des EC, disponibles en parallèle de la note de la DGRH sur l’avancement des enseignants-chercheurs publiée en mars 2020. La campagne 2020, elle, est mise en pause en raison de l’épidémie de Covid-19. Ces données portent exclusivement sur l’avancement de droit commun, au sein du corps de PR et du corps de MCF : ils rendent compte de la promotion interne à ces corps, et non du passage de l'un à l'autre.

Nous avons analysé le taux de candidature par rapport au vivier de promouvables, et le taux de promotion, soit le nombre de promus rapporté à celui des candidats. Les données permettent de détailler ces taux, selon le groupe disciplinaire, selon la section CNU, et selon les grades (1).

Comment fonctionne l’avancement ?

L’avancement a lieu, pour moitié, sur proposition de la section compétente du CNU et pour moitié sur proposition des conseils de l’établissement. Ces différentes instances proposent les promotions dans la limite du contingent de possibilités qui leur a été notifié par le ministère.

Les enseignants-chercheurs promouvables sont ceux qui remplissent les conditions d’ancienneté définies par leurs statuts. Ils doivent déposer un dossier de candidature, ce qui permet de dégager le taux de candidature par rapport au vivier de promouvables. L’autre ratio considéré ici porte sur le taux réel de promotion, soit le nombre de promus rapporté à celui des candidats.

Les ratios (promus / promouvables) qui permettent de déterminer le nombre maximum des avancements de grade pouvant être prononcés pour les années 2018, 2019 et 2020 figurent dans l’arrêté du 6 août 2018. Ils sont respectivement de :

  • 20 % des agents promouvables pour les MCF HC (maître de conférences hors classe),
  • 15 % pour les PR 1C (professeur 1re classe) et les PR CE1 (professeur classe exceptionnelle 1er échelon)
  • de 21 % pour les PR CE2 (professeur classe exceptionnelle 2e échelon).

Ces taux sont inchangés depuis 2011 (2012 pour les PR CE2).

Par ailleurs, peuvent être promus MCF EX (maître de conférences échelon exceptionnel au sein de la hors classe), échelon créé par le décret du 9 mai 2017, les maîtres de conférences hors classe justifiant d’au moins trois ans de services effectifs dans le 6e échelon de cette même classe. L’arrêté du 10 juillet 2018 fixe le pourcentage des effectifs pouvant accéder à l’échelon exceptionnel des MCF :

  • 2 % de l’ensemble du corps en 2017,
  • 4 % en 2018,
  • 6 % en 2019 pour atteindre un maximum de 10 % à compter de 2023.

53,7 % des candidates ont été promues, contre 43,9 % de leurs homologues masculins

En 2019, "un tiers des enseignants-chercheurs promouvables à un avancement de grade a été candidat. Parmi eux, près de la moitié a été promue. […] Les femmes sont autant candidates que les hommes et sont plus fréquemment promues", souligne la note de la DGRH sur le bilan de la campagne 2019. Plus précisément, 32,8 % des femmes éligibles à une promotion ont été candidates, un taux proche de celui des hommes promouvables, candidats à 33,4 %. En revanche, 53,7 % des candidates ont été promues, contre 43,9 % de leurs homologues masculins.

En valeurs absolues, toutefois, "les femmes sont moins nombreuses que les hommes parmi les candidats et les promus, comme sur l’ensemble de la population des enseignants‐chercheurs (62 % d’hommes contre 38 % de femmes)", rappelle la note du ministère. "Ainsi, 2 757 femmes étaient candidates (contre 5 013 hommes) et 1 481 ont été promues (contre 2 202 hommes)".

Des candidatures féminines "plus solides", réfléchies en amont

 

"Il faudrait voir si cette tendance se prolonge dans le temps, au-delà des données 2019, mais je m’en félicite, il faut que cela continue", réagit Brigitte Plateau, cofondatrice de l' AFDESRI, en charge de la stratégie en matière de réseaux européens de Grenoble INP, et présidente de l’association Talents du Numérique depuis fin mars 2020 (lire sur AEF info). Plusieurs éléments se conjuguent, d’après elles, pour expliquer ces chiffres. "Certains jurys indépendants font peut-être plus attention à la parité. Peut-être aussi faut-il y lire une politique d’incitation" de la part des établissements et du CNU qui gèrent l’avancement de droit commun.

"Les candidates montent sans doute des dossiers plus solides avant de se lancer, là où les candidats se lancent directement", ajoute Brigitte Plateau. AEF info a déjà observé cette mécanique, concernant les femmes qui candidatent à la présidence des universités, dans une précédente dépêche (lire sur AEF info).


Parmi les professeurs : moins souvent candidates, mais plus souvent promues que les hommes

Cette situation varie bien sûr selon le grade. Le cas des MCF EX se détache, par exemple, avec des taux de candidature et de promotion supérieurs à l’ensemble. Dans ce grade, 43,3 % des femmes promouvables ont été candidates, un peu moins que les hommes cependant (43,9 %). 83,6 % de ces candidates ont été promues, contre 71,5 % des candidats. Plus de 4 candidates sur 5 ont obtenu une promotion au grade MCF EX, en d’autres termes.

"Il s’agit souvent des promotions destinées à des enseignants-chercheurs qui ont eu du mal à percer au niveau international, afin de reconnaître leur investissement dans les tâches collectives des établissements", décrypte Brigitte Plateau pour AEF info. Concernant ces tâches (s’occuper d’une unité d’enseignement, de commissions master, diriger une UFR, etc.), "il serait bien utile d’étudier leur répartition entre les hommes et les femmes, ainsi que la fréquence à laquelle les femmes sont mises à contribution", pointe aussi Sylvie Bauer, présidente de la CP-CNU. "Avec le confinement, on le voit bien : les collègues masculins ont continué à produire de la recherche, les rôles genrés se sont remis en place, si tant est qu’ils aient jamais été atténués."

Pour les grades de PR CE1 ou 2, les femmes ont moins tendance à postuler que les hommes, elles qui sont déjà moins nombreuses que les hommes dans le corps des professeurs. Pour rappel, les femmes constituent 43 % des MCF contre 24 % des PR, selon des données datant de 2014 de la DGRH, reprises dans une analyse du MESRI sur la parité parmi les enseignants-chercheurs, en septembre 2016.

Ici, on voit que 26,8 % des femmes promouvables au grade PR CE1, et 32,3 % des femmes promouvables au grade PR CE2, postulent : c’est 3,6 points de moins que les hommes dans chaque cas. Une fois candidates, les femmes ont toutefois plus de "chances" d’être promues : 48,4 % des candidates au grade PR CE1 sont promues (contre 39,3 % de leurs homologues masculins) et 47,7 % des candidates au grade PR CE2 sont promues (contre 42,5 % de leurs homologues masculins).

Ces taux et ces écarts concernent l’ensemble des enseignants-chercheurs, mais ils varient aussi selon le groupe disciplinaire. Vous pouvez explorer la visualisation ci-dessous en utilisant le filtre proposé à cet effet. Le taux de promotion réelle des femmes au grade MCF EX atteint par exemple des sommets en physique et en chimie (94 %, contre 63 % et 70 % pour les hommes dans ces deux groupes disciplinaires) ou en sciences humaines (90 %, contre 77 % pour les hommes).

Le taux de promotion réelle des femmes est systématiquement supérieur à celui des hommes, dans chaque grade, en chimie, langue et littératures, mathématiques, mécanique, sciences économiques et sciences humaines. Dans d’autres groupes disciplinaires, la situation est plus contrastée. En sciences de la terre, par exemple, aucune candidate au grade PR CE2 n’a obtenu de promotion, alors que 66,7 % des candidates au grade PR CE1 l’ont obtenue, un taux nettement plus élevé que celui des hommes (42,9 %). Ces taux portent toutefois sur des effectifs très réduits.

Où sont-elles en Situation "favorable", selon la DGRH ?

Les données de la DGRH permettent aussi de mesurer si la situation est "favorable" aux femmes, en regardant où en est la parité parmi les promouvables, les candidats et les promus. Une visualisation à la fin de cette dépêche présente ces trois notions, cette fois selon la section CNU : elle détaille la part respective des femmes parmi les promouvables (en jaune), parmi les candidats (en bleu vert), et parmi les promus (en rouge).

C’est donc en littératures comparées que cela "paie" le plus pour les femmes candidates : les femmes représentent 54,5 % des candidats et 68,4 % des promus, soit un écart de +13,9 points. Cependant, dans cette section CNU, les femmes étaient moins nombreuses parmi les candidats (54,5 %) que parmi les promouvables (57,4 %) : compte tenu du vivier, la tendance à postuler pourrait être plus forte parmi les femmes.

En revanche, en chimie des matériaux, en aménagement de l’espace et en sciences de gestion, non seulement les femmes ont plus tendance à se lancer, mais cela "paie" aussi davantage. Par exemple, en chimie des matériaux, 35,1 % des promouvables sont des femmes, qui représentent 36,9 % des candidats et même 50,6 % des promues. En bref, les femmes ne représentent qu’un tiers du vivier et des candidats, mais la moitié des promus.

À l’inverse, dans certaines sections CNU, les femmes sont moins présentes parmi les promus que parmi les candidats et les promouvables. Si l’on exclut la théologie où les effectifs sont trop maigres pour être significatifs, c’est le cas en épistémologie, par exemple : les femmes pèsent pour 20,9 % des promouvables, mais seulement 17,6 % des candidats et 10 % des promus. Elles ont peu tendance à se lancer et, même pour celles qui tentent leur chance, cela ne paie pas.

On peut aussi voir des sections CNU où, certes, l’audace paie, mais les candidatures sont moins nombreuses que ce que l’on pourrait attendre. En histoire du droit et des institutions, par exemple, les femmes pèsent pour 28 % des promus, alors qu’elles représentent 23,1 % des candidates : postuler vaut le coup. Mais les femmes représentent 31,9 % des promouvables : compte tenu de ce vivier, les promotions féminines devraient être plus nombreuses.

Effets de vague, politiques des établissements et des sections CNU

"Attention à des statistiques annuelles, qui portent parfois sur de petits effectifs", nuance toutefois Brigitte Plateau, de l’AFDESRI. "Il peut y avoir un effet de vague, si l’on a ouvert beaucoup de Staps, par exemple. Il vaut mieux observer les tendances sur plusieurs années."

Les tendances varient d’une année sur l’autre, en effet, mais les données 2019 permettent d’obtenir un instantané utile, en gardant à l’esprit quelques clés de lecture. "Dans les établissements, on fonctionne plutôt par nombre de promotions à accorder par grade, la discipline ne vient qu’après", nuance Sylvie Bauer (CP-CNU). Le grade induit aussi un biais lié au vivier. "Les hommes sont plus nombreux parmi les PR. Donc si une section compte plus de PR que le ratio moyen, alors les promotions de femmes seront mécaniquement moins nombreuses dans cette section", explique-t-elle, pointant aussi un "effet entonnoir" chez les PR, qui aboutit à des effectifs très réduits au sommet de l’échelle. "En anglais, par exemple, on compte cette année 36 promotions à accorder en MCF HC, 13 en MCF EX, 7 en PR CE1, 4 en PR CE2", illustre-t-elle.

Les choix dépendent également de la politique de chaque section CNU. "Certaines sont plus attentives à la question de la parité ou à celle de la provenance géographique. Dans certaines petites universités, on accorde moins de promotions locales que dans les grandes universités parisiennes : si le collègue promouvable et candidat n’obtient pas sa promotion au national, il ne l’aura peut-être jamais au local…" Enfin, dans certains groupes disciplinaires, "on prête aussi attention à l’équilibre entre les disciplines. Il n’est pas question de prorata rigide", indique encore Sylvie Bauer, mais c’est un ingrédient pris en compte, "à dossiers équivalents."

Le détail par section CNU de la part de femmes promouvables, candidates, promues

La visualisation ci-dessous présente trois ratios, selon la section CNU, de nouveau pour l’année 2019 :

  • la part des femmes parmi les promouvables, en barre jaune
  • la part des femmes parmi les candidats, en rond bleu vert
  • la part des femmes parmi les promus en triangle rouge

Si le rond bleu vert est situé au-delà de la barre jaune, alors il y a plus de femmes parmi les candidats que parmi le vivier des promouvables : cette configuration indique que les femmes ont plus tendance à se lancer. Si le triangle rouge est situé au-delà du rond bleu vert, alors il y a plus de femmes parmi les promus que parmi les candidats : cette configuration indique que les candidatures féminines sont plus susceptibles d’obtenir une promotion que les candidatures masculines. En clair : l’audace paie. La barre jaune, quant à elle, signale le degré de parité dans le vivier de base des éligibles à un avancement.

Chaque ligne représente une section CNU. Elles sont classées en fonction de l’écart entre les ratios de candidates et de promues.

(1) À noter que les échelons du grade de professeur de classe exceptionnelle (1er échelon et 2e échelon, PR CE1 et PR CE2), ainsi que l’échelon exceptionnel de la hors classe des maîtres de conférences (MCF EX) sont considérés comme des grades, au même titre que les maîtres de conférences hors classe (MCF HC) et les professeurs de 1re classe (PR 1C).

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Marie Simon, journaliste