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Déconfinement : "Nous travaillons à ramener la confiance sanitaire dans les hôtels" (Christian Flaesch, Accor)

À l’heure du déconfinement, les directeurs de sécurité des entreprises sont en première ligne pour établir une stratégie de reprise des activités et l’adapter aux nouvelles normes de sécurité sanitaire. Christian Flaesch, directeur général sûreté-sécurité du groupe Accor, membre du CDSE, revient sur la gestion de crise et la stratégie définie au sein du groupe hôtelier, dans une interview accordée à AEF info. Il évoque notamment la question de l’approvisionnement en masques et les mesures de distanciation physiques mises en place. Il fait également part de sa réticence à l’égard de la prise de température à l’entrée des immeubles et des hôtels, dont l’usage n’a pas été recommandé par le ministère du Travail.

Chistian Flaesch, directeur sûreté-sécurité du groupe Accor. Droits réservés - DR - Communication Accor

AEF info : Le déconfinement a démarré lundi 11 mai 2020. Quelle stratégie avez-vous définie, au sein du groupe Accor ?

Christian Flaesch : Le plan de déconfinement est sorti dimanche 3 mai au soir (lire sur AEF info). Nous avons fait le maximum pour appliquer et mettre en œuvre les directives au plus vite et être le plus lisible et transparent avec nos collaborateurs. Le principe, c’est que le télétravail reste la base, dans la lignée du confinement où la quasi-totalité du personnel du siège était en télétravail. Sur 1 600 personnes qui se rendent habituellement chaque jour au sein de la Tour Sequana, seules vingt personnes par jour au maximum se sont rendues au siège mondial d’Issy-les-Moulineaux pendant cette période.

Lors des grèves de décembre et janvier, nous avions déjà eu recours au télétravail et nos équipes avaient pu travailler sur un dispositif technique permettant d’assurer la connexion des ordinateurs à distance en grand nombre sur le réseau de l’entreprise ou en VPN. Nos spécialistes avaient ainsi déjà dimensionné les réseaux et nous avons eu très peu de retours sur des problèmes techniques.

Comme tout le monde, nous avons été sensibles aux cyberattaques, notamment aux arnaques au faux président par exemple (lire sur AEF info). En tant que groupe du CAC 40 nous anticipons cela quotidiennement, des règles ont été appliquées.

AEF info : Comment s’est organisée la gestion de crise ?

Christian Flaesch : Pendant le confinement, nous tenions une réunion de crise par jour, à 9 heures. Le comité de crise est présidé par le directeur des ressources humaines, tandis que j’assure le rôle de coordinateur. J’ai suggéré l’idée de monter un comité de crise dès le 24 janvier, afin de voir les impacts de la situation en Chine, puis à Singapour (lire sur AEF info). La crise s’est ensuite propagée en Italie avant d’atteindre la France. Des structures régionales ont monté leur propre comité régional de crise, accompagné d’une coordination au niveau du comité exécutif ou d’une autre structure différente de coordination.

AEF info : Quelles mesures concrètes de distanciation sociale avez-vous mises en œuvre au sein du groupe Accor pour préparer le retour du personnel ?

Christian Flaesch : Depuis lundi, le bâtiment du siège est accessible pour les personnes qui ont besoin de revenir, dans une limite de 100 personnes. Elles doivent se déclarer à l’entreprise. Un contrôle est effectué et seules les personnes inscrites peuvent se rendre sur place. Des marquages au sol ont été mis en place pour indiquer les files d’attente aux ascenseurs, qui sont eux-mêmes limités à quatre personnes.

Quand le confinement a commencé, notre P-DG, Sébastien Bazin, a décidé d’établir une liste des collaborateurs pouvant se rendre sur place, notamment pour assurer des livraisons informatiques par exemple, ou bien des documents originaux à récupérer en main propre comme des contrats pour les fonctions RH ou légales. Cela concernait 40 personnes, qui n’ont jamais été présentes simultanément.

Durant la période du confinement, nous avons diminué le nombre d’agents de sûreté, nous sommes passés de cinq à trois (lire sur AEF info). Leur nombre va devoir être augmenté avec la levée du confinement. Par ailleurs, deux agents de sécurité incendie sont toujours présents 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Nous avons pris des précautions pour qu’un seul agent de sûreté touche les issues d’entrée et de sortie. Pour ce qui est des équipements, la société de sécurité fournissait des masques lavables à ses agents. En cas de besoin nous aurions pu leur en fournir dans la limite de nos approvisionnements. Nous prévoyons également de leur acheter des visières, même si c’est la responsabilité du prestataire de définir les besoins de leur poste.

AEF info : Êtes-vous en mesure de fournir des masques à l’ensemble de votre personnel ?

Christian Flaesch : En arrivant au siège, les gens sont obligés de se laver les mains et reçoivent deux masques pour travailler. Nous avons suffisamment de masques pour tout le monde, conformément aux directives du gouvernement demandant aux entreprises de prendre la main sur les équipements des salariés. Nous en avons commandé pour rééquiper les hôtels avant la réouverture et pour les collaborateurs du siège. L’approvisionnement en masques a été très sensible. Il y a eu des tensions, la direction des achats a réalisé un gros travail sur la qualité du produit et l’identité du client. Il ne suffit pas de commander des masques pour les recevoir, notamment avec le risque de voir des aigrefins travestir des certificats.

Nous avons également été fortement sollicités pour l’achat de masques lavables, une filière qui a reçu le soutien du gouvernement (lire sur AEF info). Mais nous ne voulions pas nous engager sur des quantités sans tester, nous avons reçu des masques ridicules, comme des filtres à café amélioré ! L’important c’est de ne pas dépendre d’une seule filière sinon tout peut s’écrouler, il faut diversifier les sources d’approvisionnement.

AEF info : La question de la prise de température avant l’accès aux locaux a fait débat (lire sur AEF info). Quelle est la position du groupe à ce sujet ?

Christian Flaesch : Nous avons beaucoup discuté de ce sujet au sein des réunions de crises quotidiennes. De nombreuses sociétés essayaient de nous vendre des caméras thermiques mais nous n’étions pas très emballés, et notre médecin du travail n’était pas convaincu de leur efficacité (lire sur AEF info). Nous avons donc décidé de ne pas le faire. Cela n’est d’ailleurs pas obligatoire dans le protocole destiné aux entreprises fourni par le gouvernement.

Nous allons laisser des thermomètres sans contact à disposition des collaborateurs qui veulent tester leur température. Ce ne sera pas une condition sine qua non pour entrer car il est conseillé de prendre sa température avant de venir au siège. C’est une mise à disposition pour rassurer les gens et qu’ils puissent s’en servir s’ils venaient à ressentir des symptômes. Nous devons anticiper ce type de situation de cas déclaré dans l’entreprise et établir un protocole. Il faut isoler, évaluer et traiter. De plus, nous savons que le portage viral peut débuter jusqu’à deux jours avant le début des signes cliniques. Ça va être une période de test pour voir si notre process est bon et s’il peut monter en puissance.

Dans nos bureaux à Singapour par exemple, la prise de température a été imposée, tout est très réglementé. La mise en œuvre de ces dispositions dépend aussi de la culture du pays, vous ne pouvez pas imposer les mêmes choses en Chine qu’en France.

AEF info : Deux tiers des hôtels du groupe étaient fermés en France pendant le confinement, comment préparez-vous leur réouverture progressive ?

Christian Flaesch : Le groupe s’est associé à Bureau Veritas en Europe pour avoir une norme sanitaire et ramener la confiance sanitaire dans les hôtels. D’autres annonces seront faites dans les prochains jours. Il n’y aura pas de test de température préalable à l’entrée, mais c’est compréhensible que dans certains cas les gens veuillent se prendre la température car cette situation crée des angoisses, et l’auto-contrôle peut amener plus de sérénité. Si nous étions amenés à le mettre en place, dans tous les cas ce ne serait pas l’agent de sécurité qui pourrait interdire l’entrée des locaux. Même s’il prend la température, il faudrait un avis médical derrière (lire sur AEF info). Ce n’est pas une fin en soi, nous avons aussi travaillé sur l’oxymétrie qui peut être un indicateur pertinent. Un protocole est en train d’être travaillé avec notre médecin du travail.

AEF info : Votre groupe a mis à disposition des places dans les hôtels pour isoler des personnes contaminées. Comment cette mesure va-t-elle se poursuivre avec la réouverture de certains de vos établissements ?

Christian Flaesch : Les premières expériences ont été réalisées avec l’AP-HP au sein du dispositif appelé Covisan. Cette mesure a été mise en place dans les hôtels qui ne recevaient pas de clients. Les hôtels ne sont pas administrativement fermés, ils pouvaient rester ouverts sous couvert de ne pas avoir d’activité de restauration, mais ils n’ont plus de clients. Cet accueil spécifique demande un dispositif sanitaire adapté. Nous avons suffisamment d’hôtels et de places libres pour continuer ce service et nous restons à la disposition des structures qui nous le demanderont.

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Hugo Robert, journaliste