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"La modernisation de la formation ne doit pas reposer sur le tout digital" (Bruno Sola, groupe Bizness)

"Avant même le Covid-19, il était évident qu’il fallait bousculer le secteur de la formation professionnelle […] La crise sanitaire a accéléré cette prise de conscience", estime Bruno Sola, le PDG du groupe de formation et de digitalisation de la formation Bizness. S’il juge indispensable de moderniser ce secteur, il appelle avant tout à "redonner du sens à la formation" et à ne pas tomber dans le piège d’une réponse purement technologique. Pour lui, "la modernisation de la formation ne doit pas reposer sur le tout digital […], la place de l’humain reste indispensable". D’un point de vue plus opérationnel, s’il considère que les efforts pour faciliter l’accès à la formation des apprenants étaient, eux aussi, indispensables et "salutaires", il appelle maintenant à accompagner la formation des formateurs pour faciliter la transformation du marché.

Bruno Sola, PDG du groupe Bizness Droits réservés - DR

AEF info : Dans quelle mesure avez-vous été impactés par la crise sanitaire du Covid-19 ?

Bruno Sola : Sur nos deux sites, à Toulouse et à Paris, nous avons basculé toutes nos équipes en télétravail quelques jours avant le début du confinement. Je souligne également qu’en temps normal 65 % de notre activité porte déjà sur de la formation à distance et le reste sur du blended learning.

En ce qui concerne l’impact sur notre activité, nous avons subi très peu d’annulations : les formations à distance ont pu être organisées tandis que celles en blended ont, soit été maintenues, soit été reportées. En fait, depuis cinq semaines, et avec une forte accélération depuis quinze jours, nous observons une très forte augmentation de notre activité de digital learning qui a progressé de 150 %. À tel point que nous recrutons.

AEF info : Comment expliquez-vous cette évolution ?

Bruno Sola : Je l’explique par trois raisons : des clients qui avaient jusqu’à présent des marchés avec des formations à 100 % en présentiel sont venus nous voir pour les digitaliser ; nos formations en blended learning ont pu passer en 100 % digital ; en outre, nous avons été sollicités par des professionnels de la formation pour les accompagner dans leur transformation digitale. Nous avons conscience que nous sommes des privilégiés dans le contexte actuel, ce qui nous amène à avoir une vision différente de ce qui se passe.

Face à cette crise, nous avons aussi décidé d’adopter une stratégie offensive avec le lancement d’une plateforme dédiée à la performance de nos clients, USEFUL. Nous avions une partie de nos formateurs qui n’avaient plus d’activité et, de la même manière, nos clients cherchent à relancer leur activité. De là est venue l’idée de cette plateforme qui a pour vocation de les aider à retrouver le chemin de la performance, notamment en leur donnant les moyens de développer leurs compétences dans des domaines qui font sens actuellement : vente à distance, relations clients à distance, management…

AEF info : Comment ont réagi les entreprises pour lesquelles vous deviez intervenir au moment du confinement ?

Bruno Sola : La première semaine, un certain nombre de clients n’ont pas répondu à nos sollicitations le temps de se retourner, mais la majorité de nos clients sont venus vers nous pour nous assurer du maintien de leurs commandes. Ensuite, une partie de nos clients qui étaient plutôt dans une démarche de reconstruction se sont questionnés sur leurs besoins.

Aujourd’hui, la plupart préparent des plans de relance en vue et réfléchissent à la redéfinition de leurs objectifs et à l’accompagnement à mettre en place pour les atteindre. Enfin, une petite partie de nos clients nous sollicitent pour accompagner leurs salariés qui sont en activité partielle dans le cadre du FNE-Formation.

AEF info : Que pensez-vous de la mise en place du FNE-Formation renforcé ?

Bruno Sola : Le déploiement par l’État du FNE-Formation au profit des 10 millions de salariés en chômage partiel a constitué une mesure d’urgence salutaire pour encourager les entreprises à former plutôt que licencier. Pour restaurer leur performance et leur compétitivité, les entreprises vont devoir organiser la montée en compétences et la reconversion de certains de leurs salariés. Dans bien des cas, cela constituera une condition sine qua none pour prévenir d’éventuels licenciements.

Pour les aider à y parvenir, il est souhaitable que le FNE-Formation soit pérennisé a minima jusqu’à la fin de l’année 2020 et étendu à l’ensemble des salariés, afin d’en faire un véritable levier de compétitivité pour les entreprises.

AEF info : Le tout digital représente-t-il une bonne solution à vos yeux ?

Bruno Sola : La modernisation de la formation ne doit pas reposer sur le tout digital. Nous avons toujours milité pour que les formateurs fassent vivre une expérience en salle aux apprenants, en digitalisant leurs outils pédagogiques. La formation digitale n’est pas que de la formation en ligne.

Nous avons toujours cru dans le digital mais en gardant une place à l’humain qui reste indispensable. De plus, il faut redonner du sens à la formation. Former, c’est investir dans les compétences. Plus que jamais aujourd’hui, on ne peut plus former aujourd’hui comme on formait hier. Nous avons toujours dit que les apprenants n’avaient plus les mêmes attentes et qu’il fallait revaloriser la manière d’apprendre. Tout cela est exacerbé par la crise du Covid-19 et ça nous motive pour continuer dans la direction qui est celle que nous avons empruntée depuis notre création.

AEF info : Qu’entendez-vous par "on ne peut plus former aujourd’hui comme on formait hier" ?

Bruno Sola : En premier lieu, le désengagement des Français en matière de formation et le regard qu’ils portent sur ce sujet qui est pourtant un puissant facteur d’employabilité, démontraient avant même le Covid-19 qu’il fallait bousculer le secteur. C’est pourquoi nous avons soutenu la dernière réforme, mais il ne fallait pas espérer qu’une application allait tout résoudre.

Il faut réexpliquer aux Français pourquoi il faut se former, redonner envie à des formateurs et des acheteurs de repenser leur stratégie de formation, leur manière de former… Tout cela était vrai avant le Covid-19 et est encore plus vrai aujourd’hui. Cette étape de prise de conscience a été accélérée par la crise sanitaire mais il faut l’accompagner.

Nous avons beaucoup de formateurs qui, aujourd’hui, nous appellent pour digitaliser leur offre mais, pour autant, sont-ils prêts à animer à distance ? La maturité numérique doit s’accompagner même s’il ne doit plus y avoir un seul organisme de formation qui pense aujourd’hui qu’il ne doit pas travailler à la digitalisation de son offre.

AEF info : Quels sont les principaux enjeux que vous identifiez pour accompagner la relance et la transformation du secteur de la formation ?

Bruno Sola : Aujourd’hui, nous mettons beaucoup de moyens dans la formation des apprenants, et c’est très bien, mais il faut aussi mettre des moyens dans la formation des formateurs. Avoir des outils digitaux est une très bonne chose, mais il faut savoir en faire un bon usage et nous savons très bien qu’un certain nombre de prestataires sont encore très loin de ces modalités pédagogiques, et c’est renforcé par la situation de précarité absolue dans laquelle ils se trouvent.

Il ne suffit pas d’équiper des formateurs ou des professeurs de Zoom, il faut aussi qu’ils soient capables de s’en servir. Il va donc falloir réussir la conduite du changement et ça passera par l’impératif de donner du sens pour accompagner la transformation du marché de la formation. Nous avons un défi incroyable à relever sans même parler de la crise sociale qui s’annonce et qui va amener un grand nombre de personnes à devoir développer leurs compétences pour conserver leur emploi ou préparer une reconversion professionnelle.

La transformation de la formation ne pourra aboutir sans une transformation humaine. Le numérique est présent depuis longtemps, mais beaucoup ne le voyaient pas ou en avaient peur. Le vrai sujet est la transformation humaine du secteur.

Le groupe Bizness

 

Ce sont plus de 60 salariés et 70 consultants-formateurs - et des activités allant de la formation à une "usine digitale" - qui travaillent sur la digitalisation d’offres de formation, à la fois pour des prestataires ou pour des clients finaux (entreprises…). En 2019, le groupe Bizness a réalisé plus de 12 M€ de chiffre d’affaires dans 30 pays, avec une perspective de 10 % d’augmentation sur l’année 2020.

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Christophe Marty, journaliste