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Après avoir participé au respect du confinement, le GPIS souhaite l’assermentation de l’ensemble de ses agents

Masques, pédiluves, horaires aménagés… Pendant le confinement, le GPIS (Groupement parisien inter-bailleurs de surveillance) a été contraint de réorganiser ses services pour s’adapter à la pandémie de Covid-19. "Nous avons travaillé avec les élus du personnel et les salariés pour parvenir à un process pouvant les rassurer", explique son directeur, Christophe Pizzi. "La reprise des activités a été une véritable réussite", ajoute David Kaddour, secrétaire général de l’Unsa-GPIS (1). Alors qu’ils estiment avoir participé "indirectement" au respect des mesures de confinement, en intimant aux personnes squattant les cours et halls d’immeubles de quitter les lieux, Christophe Pizzi et David Kaddour font part du souhait de l’ensemble des agents du GPIS d’obtenir l’assermentation leur permettant de dresser des procès-verbaux.

Agents du GPIS-GIE en patrouille Droits réservés - DR - GPIS

AEF info : Du 17 mars au 11 mai, la règle en France était celle du confinement. Depuis le début du déconfinement, les entreprises restent encouragées à faire télétravailler leurs salariés. Une option difficilement envisageable pour les agents de sécurité chargés de patrouiller dans les immeubles. Comment vous êtes-vous organisés ?

Christophe Pizzi : Avec l’arrivée de la pandémie de coronavirus en France, notre premier réflexe a été de prendre le temps de se poser et réfléchir à la manière de réorganiser tout le service avec des moyens de protection. Notre plan de continuité d’activité prévoit un process en cas de pandémie, mais de manière très théorique. Nous l’avons confronté à la pratique. La clé étant les masques : c’est un métier où on ne cesse d’être en contact. Habituellement, nos agents travaillent par équipes de quatre et sont 10 heures sur le terrain, dans des espaces peu aérés, comme les parkings ou les halls. En outre, leur mission principale consiste à empêcher les squats, ce qui ne se passe pas toujours de manière sereine. Il peut y avoir des transmissions de fluides corporels : en parlant avec les personnes à qui on fait quitter les lieux mais aussi en cas d’usage de la force en légitime défense. Cela arrive assez souvent.

Nous avons donc travaillé avec les élus du personnel et les salariés pour parvenir à un process pouvant les rassurer et éviter leur contamination ou celle de leurs proches. Nous avons également été aidés par une entreprise spécialisée en désinfection et sécurité sanitaire dans des entreprises Seveso ou des hôpitaux.

David Kaddour : Dès le 6 avril, une équipe d’agents volontaires a pu reprendre du service, sur des patrouilles de 5 heures au lieu de 10. Les agents sont munis de masques FFP2, de gants, de lunettes et de visière : la totale. Nous avons mis en place un process très strict : les salles de pause, le vestiaire et la cuisine sont fermés. Lorsqu’un agent arrive, il est en tenue. Il passe ses chaussures dans un pédiluve désinfectant, se lave les mains. On lui donne alors masques et gants, son matériel et la clé du véhicule. Il sort du local selon un cheminement pensé pour éviter les croisements avec d’autres agents. Les masques sont changés toutes les 4 heures et les agents prennent leur pause en extérieur. Les véhicules sont munis de gel hydroalcoolique.

Au fil des semaines, les agents qui le pouvaient ont repris leur service, et l’amplitude horaire des patrouilles a été augmentée. Les effectifs sont au complet depuis une semaine. Au 11 mai, les agents patrouillent 9 heures, et ont un temps de pause plus long. Nous comptons le même nombre d’interventions qu’avant le confinement.

AEF info : Les agents du GPIS avaient-ils pour mission de faire respecter le confinement ?

Christophe Pizzi : Nous avons participé indirectement au respect du confinement, car la mission de nos agents est de faire respecter le règlement intérieur des bailleurs qui interdit les squats dans les halls ou les cours. Mais nous ne sommes pas habilités par la loi pour faire respecter le confinement. Nos agents ne sont pas des agents de police, ils ne disposent pas de moyens de coercition.

Nous aimerions que l’ensemble de nos agents soient assermentés selon l’article 29 du code de procédure pénale (lire sur AEF info). L’assermentation est un outil juridique, qui permettrait de nous intégrer dans une politique publique de sécurité. Il faut aller plus loin dans l’interopérabilité entre les forces de sécurité publiques et privées. Nous participons déjà au contrat de prévention de la délinquance parisien, travaillons en coordination avec la DPSP et la Préfecture de police de Paris, il y a une vraie complémentarité.

David Kaddour : En effet, nous ne sommes pas agents de police. C’est pourquoi nous avons bien signalé aux agents de ne pas mentionner le confinement lors de leurs interventions. Mais nous avons fait des opérations conjointes avec la police. Le fait d’avoir été absents plusieurs jours a confirmé que les locataires appréciaient nos services. D’habitude, ils ne nous voient pas forcément, mais avec le confinement, tous étaient à leur fenêtre lors de nos interventions. Nous avons même été applaudis ! La reprise des activités a été une véritable réussite. L’ensemble des salariés souhaitent l’assermentation, ce serait une véritable reconnaissance de leur travail. On nous sollicite mais nous n’avons aucun moyen juridique d’y répondre.

AEF info : Quels éléments mis en place pendant la pandémie souhaiteriez-vous conserver à long terme ?

Christophe Pizzi : Ce qu’on souhaite garder, c’est ce principe de la qualité de l’hygiène. Se laver les mains régulièrement, par exemple. Nous avons aussi gagné en fluidité en supprimant les temps morts dans les prises de service.

David Kaddour : Pendant le confinement, le temps de trajet des agents a été considérablement réduit. Ce gain de temps a permis de nous consacrer davantage aux patrouilles. Nous sommes en train de créer une base dans le XIIIe arrondissement de Paris. Les patrouilles du secteur sud pourront y faire leur pause au lieu de retourner à notre base porte de Clichy.

AEF info : A quels éléments attribuez-vous la mise en place rapide d’une nouvelle organisation plus adaptée à un contexte de pandémie ?

Christophe Pizzi : Cette structure a été très bien pensée dès sa création, il y a 15 ans. Notre culture d’entreprise est basée sur la nécessité d’avoir des procédures extrêmement structurées et organisées. Tout est répertorié dans des fiches réflexes. L’état d’esprit était là, ainsi que la notion pour la direction de devoir être au niveau de cette exigence pour les salariés. Ensuite, la mise en place a été permise par la qualité du dialogue social. Nous avons abordé les sujets sans tabous pour trouver des compromis.

David Kaddour : C’est une question de moyens, mais aussi une question de confiance entre la direction, les instances représentatives du personnel et les salariés. Cette triangulation est parfaite. Nous nous sommes mis d’accord et nous avons travaillé ensemble. Avant la reprise des activités nous avons tenu un CSE qui a duré plus de 4 heures, tellement il y avait de questions et de propositions.

AEF info : Quels sont les futurs projets du GPIS ?

Christophe Pizzi : Nous souhaitons poursuivre l’utilisation des nouvelles technologies, avec le développement d’une intelligence artificielle sur la vidéosurveillance. Les statistiques des interventions de nos agents nous permettent de faire de l’analyse prédictive. Avec nos algorithmes, on pourra déterminer les sites sur lesquels il faut absolument passer lors d’une patrouille, notamment en fonction d’éléments extérieurs : météo, matchs de foot, vacances… Nos agents allouent 60 % de leur temps à répondre à des interventions, et 40 % à faire de la surveillance. L’idée est, sur ces 40 %, de les amener à être un peu plus curieux et choisir où patrouiller en fonction de l’analyse prédictive. On pourrait également développer de la vidéo intelligente pour déclencher une intervention de nos agents dès que les caméras de sécurité détectent des mouvements suspects.

(1) Interviews réalisées les 5 et 7 mai 2020.

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Marine Forestier, journaliste