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Au ministère de l'Intérieur, la crise donne "un coup d’accélérateur" aux projets numériques et cyber

Développement du télétravail, sécurisation des communications à distance, attestation numérique de déplacement dérogatoire… La direction du numérique et le ST(SI)2 ont dû réorganiser leurs tâches pour accompagner les personnels du ministère de l'Intérieur et de la gendarmerie dans leurs nouvelles missions, qu’elles soient administratives ou plus opérationnelles. Vincent Niebel, directeur du numérique au ministère de l'Intérieur, et le général Bruno Poirier-Coutansais, chef du ST(SI)2 confirment que la crise liée au Covid-19 a donné un "coup d’accélérateur" à certains projets et en a fait émerger de nouveaux. Olivier de Mazières, Dmisc, estime que la cybersécurité pourrait devenir un "levier de résistance et de résilience" pendant et après la crise.

Brigade numérique de la gendarmerie nationale MaxPPP - David Ademas

"Cette crise va mettre en lumière les investissements à venir pour que le fonctionnement actuel du ministère de l'Intérieur, qui n’est pas complètement optimal dans un contexte de télétravail massif, le devienne", estime Vincent Niebel, dans un entretien à AEF info. Deux mois après la création de la direction du numérique du ministère de l'Intérieur (lire sur AEF info), les 700 personnels affectés en administration centrale à ce service ont dû faire face à un chantier important pour répondre au besoin de protection de l’ensemble des agents du ministère, invités, lorsque cela était possible, à travailler partiellement ou totalement depuis leur domicile.

Le déploiement "plus rapide" de PC sécurisés

"Des outils de télétravail existaient déjà au ministère de l'Intérieur mais le taux d’usage n’était pas à la hauteur de la vague constatée actuellement", explique Vincent Niebel à AEF info. Le premier type d’équipement donnant des capacités complètes de télétravail avec des prises en main sécurisée à distance sur son poste de travail, appelé "Span" était déjà "largement déployé" auprès de plus de 9 000 agents.

La deuxième possibilité de télétravail, appelée "Noemi", avec un PC totalement sécurisé et chiffré permettant de se connecter à l’environnement numérique du ministère de l'Intérieur via un VPN depuis n’importe quelle connexion internet, était "dans sa phase de lancement" et limitée à "quelques dizaines de postes" au début de la crise. "Au premier trimestre 2020, nous voulions initialement tester ce dispositif sur quelques centaines de personnels. Là, ce sont près de 1 500 agents qui en bénéficient" partout sur le territoire, après une formation, détaille Vincent Niebel. "Cette stratégie de dotation et de remplacement de postes de travail fixe a connu un coup d’accélérateur en raison du besoin contextuel de télétravail. La crise a permis de faire démarrer plus rapidement ce projet", se félicite-t-il.

Pour les autres agents non concernés par ces deux possibilités, notamment les personnels non administratifs, "la capacité d’accéder à distance à leur messagerie professionnelle a été généralisée". Au total, "près de 30 000 comptes supplémentaires d’accès distant via un certificat ont été activés, portant à 35 000 le nombre d’agents bénéficiant de cette possibilité".

"Aucune concession" sur la sécurité des outils

"Nous n’avons fait aucune concession sur la sécurité dans le cadre du télétravail", promet Vincent Niebel. Par exemple, l’outil d’accès à distance aux mails se fait par un certificat qui permet d’authentifier la personne, et non pas avec un simple mot de passe. Pour le reste, le niveau élevé de sécurité reste identique à celui d’ordinaire. Toutefois, "le niveau d’attention a été relevé d’un cran et nous en rendons compte quotidiennement".

Par exemple, "la messagerie fait l’objet d’une veille renforcée quotidienne, car comme d’autres structures, les entreprises par exemple, des tentatives de phishing ou de messages comprenant des pièces jointes douteuses nous parviennent". Le service du haut fonctionnaire de défense exploite de façon "encore plus attentive toutes les traces, mêmes faibles, dans notre centre d’analyse et de sécurité".

La cyber, "levier de résistance et de résilience"

"Tous les sujets qui touchent à la cyber vont être des leviers d’abord de résistance face aux attaques et ensuite de résilience", estime Olivier de Mazières. Pour le délégué ministériel aux industries de sécurité et à la lutte contre les cybermenaces au ministère de l'Intérieur, "les Jeux olympiques de Paris 2024, qui constituent l’un des objectifs du contrat de filière signé fin janvier et dont le suivi reste une priorité (lire sur AEF info), pourront être la vitrine d’une attractivité retrouvée et le véritable symbole de la résilience du pays".

"Cette crise doit aussi être une opportunité pour pouvoir accélérer et apporter des réponses sur des points de faiblesse identifiés ou confirmés pendant cette période. C’est l’objet de l’inventaire que l’on est en train de faire", déclare le préfet. "Nous sommes en train de dresser le bilan des priorités à fixer pour la sortie de crise, pour savoir quels seront les besoins prioritaires des services et des industries dans les semaines à venir, que ce soit en termes de protection, de fonctionnement, de matériel critique ou de ruptures éventuelles." Cette liste de besoins devra permettre d’activer une sorte de "plan de relance" auquel travaille le ministère de l'Économie et des Finances. Ce plan ne sera pas envisagé avant le mois de septembre 2020, précise Bruno Le Maire sur LCI, mercredi 29 avril 2020.


La DGGN et les États-majors accompagnés dans le télétravail

"La crise nous a obligés à démultiplier le télétravail au sein de la gendarmerie, d’autant qu’après le 11 mai le télétravail restera la règle pour un certain nombre de métiers", explique également le général Bruno Poirier-Coutansais, chef du ST(SI)2. La DGGN et les états-majors régionaux et départementaux ont demandé d’accéder aux messageries et aux applications sensibles via Neo dont ils disposaient de manière limitée, le système Neo étant déployé "essentiellement dans les unités territoriales".

Pour compenser ce manque, le ST(SI)2 a déployé la solution "Clip" coconstruite par l’Anssi, d’ordinaire utilisée en déplacement par les gendarmes mobiles pour accéder à leur messagerie, à l’intranet et aux applications sensibles (bases de données judiciaires, système RH Agorha…). "De 400 exemplaires d’ordinateurs déployés, nous sommes passés depuis le début de la crise à plus de 3 000 postes sécurisés qui permettent de travailler à partir d’une box internet classique avec un système de logiciels sécurisés", détaille Bruno Poirier-Coutansais.

Pour garantir aux personnels un télétravail sécurisé, le ST(SI)2 a dû également s’assurer de la continuité du service sur les data centers. "Depuis début mars, les modalités de fonctionnement ont été adaptées pour que les équipes ne se croisent pas afin d’éviter des pertes de compétences", indique le général.

80 % de la Dnum à distance

Le télétravail est devenu une réalité pour les personnels de la Dnum concernés "à plus de 80 %" et équipés pour ce faire, des administrateurs jusqu’aux développeurs en passant par les intégrateurs, détaille Vincent Niebel. "Une cinquantaine de personnels de la Dnum travaille encore sur site." Ils assurent la supervision en temps réel de l’ensemble de l’activité, un support de proximité pour les membres de la cellule interministérielle de crise installés à Beauvau, la gestion de l’ensemble des visioconférences sensibles, et des fonctions liées à la production de titres dont l’activité n’a pas cessé, même si la délivrance peut poser des problèmes.

Au final, "le dispositif de pilotage et de fonctionnement s’est bien adapté à la crise", commente Vincent Niebel, qui organise tous les jours des comités de direction de crise réunissant 14 personnels grâce à l’outil interne de visioconférence.

"renforcer les Outils collaboratifs"

La communication à distance est une problématique qui a occupé les techniciens de la gendarmerie et de la Dnum. Les personnels du ST(SI)2 ont œuvré au déploiement d’un système d’audioconférence sur 4 000 sites, souvent également équipés de systèmes de visioconférence. Le DGGN peut ainsi transmettre ses directives et répondre aux questions des commandants de compagnie. Ces audioconférences rassemblent parfois jusqu’à 600 personnels.

La Dnum s’est, elle, attachée à développer un système de visioconférences, de fonctions collaboratives, de partages documentaires, notamment au profit de la cellule interministérielle de crise qui représente "une part importante" de son activité, souligne Vincent Niebel. "Ses moyens de communication avec les territoires – principalement avec les préfectures, les directions départementales interministérielles, et les ARS — ont été renforcés", notamment pour permettre aux hautes autorités d’échanger via un système sécurisé.

En sortie de crise, "nous devrons renforcer les outils collaboratifs", anticipe Vincent Niebel. "Le niveau de sécurité et de confiance dans les offres dans le cloud public peut être sujet à caution, notamment concernant les produits de visioconférence. Cette crise révèle la nécessité de travailler, comme nous le faisons déjà en interministériel, sur certains services pour améliorer notre souveraineté numérique, au moins au niveau européen, pour s’assurer qu’en situation de crise comme celle que nous connaissons, nous puissions disposer de services sûrs sur lesquels s’appuyer."

Travail conjoint sur l’attestation numérique de déplacement

Une autre partie de l’activité de la Dnum a porté sur la création d’une attestation numérique de déplacement dérogatoire, disponible depuis le 6 avril dernier (lire sur AEF info), à la demande de Christophe Castaner. Les personnels du "Lab innovation" se sont basés sur la "souche" du code d’une attestation développée en source ouverte par un jeune Lyonnais (lire l’encadré ci-dessous). "Comme dans toute stratégie de développement de produit, on n’a pas nécessairement besoin de réinventer la roue", explique Vincent Niebel. "Plutôt que de repartir de zéro, nous avons complété ce code pour coller à ce que nous souhaitions. Par exemple il y avait une signature pseudo-manuscrite que nous avons retirée."

Les retours sont "plutôt positifs", selon le directeur. "L’attestation ne crée pas de difficultés pour les utilisateurs, sauf si leurs téléphones ont plus de cinq ans et que le navigateur est trop ancien." Conçue comme une "progressiv web app", elle présente l’avantage de fonctionner hors ligne et d’être accessible aux personnes en situation de handicap.

Un développeur lyonnais à l’origine de l’attestation numérique

 

Johann Pardanaud, développeur lyonnais de 29 ans, a conçu un générateur d’attestations numériques dès le 17 mars 2020, jour de la mise en place du confinement, rapport Le Progrès. Il explique avoir été contacté en toute confidentialité par le "Lab innovation" de la Dnum qui a réutilisé et adapté son code source pour créer un nouveau modèle d’attestation et le sécuriser davantage. "C’est très bien que le gouvernement ait repris la main. Il vaut mieux prévenir que guérir", commente Johann Pardanaud.

Le ST(SI)2 a travaillé, lui, sur la partie exploitation de l’attestation dématérialisée. "Nous voulions permettre le scan du QR code pour que les policiers et les gendarmes puissent lire les éléments nécessaires au contrôle. Nous voulions en même temps que les données ne soient pas stockées, qu’il y ait seulement un affichage, conformément à la réglementation", développe le général Bruno Poirier-Coutansais.

La phase de verbalisation en cas de non-respect des règles du confinement se fait via le système de procès-verbal électronique, produit par l’Antai et installé sur Neo pour les policiers et les gendarmes. Le ST(SI)2 fournit 115 000 équipements Neo aux forces de l’ordre. Actuellement, compte tenu de leur forte mobilisation sur les opérations de contrôle, Neo enregistre jusqu’à 55 000 connexions simultanées.

une cartographie des personnes isolées et des entreprises fermées

D’autres projets sont en cours de développement. Les personnels du ST(SI)2 réalisent actuellement "une cartographie de l’ensemble des personnes fragiles ou isolées qui se sont signalées ou qui ont été signalées par un proche comme telles dans le secteur via l’Opération tranquillité seniors" sur laquelle la gendarmerie communique régulièrement sur les réseaux sociaux.

"Cette cartographie va être intégrée à notre système Neo, sur les smartphones des gendarmes. Nous avons un équivalent concernant la localisation des entreprises fermées en raison de la forte baisse d’activité. Celles qui nécessitent une surveillance particulière au regard du risque cyber ou du risque de cambriolages figurent dans une application. Cela permettra d’aider nos personnels en patrouille à assurer des passages réguliers aux domiciles ou sur les lieux des entreprises", détaille Bruno Poirier-Coutansais.

La Brigade numérique renforcée

 

Pour faire face à l’engorgement du 17 qui doit être réservé aux appels urgents, le ST(SI)2 a contribué à la diffusion d’un message aux usagers leur demandant de se tourner prioritairement vers la brigade numérique de la gendarmerie pour les demandes de renseignements liées au Covid-19. En parallèle, les moyens de télétravail ont été renforcés au sein du service, dont les effectifs sont passés de 20 à 100 personnels (lire sur AEF info). Au début du confinement, la brigade numérique recevait 2 000 sollicitations. Elle en reçoit désormais 1 500, portant essentiellement sur des questions pratiques liées au confinement, selon la gendarmerie.

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Judith Blanes, journaliste