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"Nous allons davantage centrer nos formations sur la pédagogie active" (Paul-Emmanuel Grimonprez, président du Resp)

"La mutualisation des ressources pédagogiques devrait se poursuivre. L’effet accélérateur de la crise est indéniable. Le retour d’expérience permettra notamment de centrer davantage nos formations sur les méthodes pédagogiques actives. Nous pourrons capitaliser plus rapidement sur ces enjeux de transition pédagogique et numérique des formations". Tels sont les premiers enseignements que tire de la crise sanitaire Paul-Emmanuel Grimonprez, président du réseau des écoles de service public et directeur de l’IRA de Metz (1). Les 38 écoles de réseau ont immédiatement mis en place des formations à distance et la plupart des élèves ont été mis en télétravail. Si la continuité pédagogique est assurée, certaines écoles se trouvent toutefois confrontées à des difficultés en termes d’évaluation. Mais pour l’heure, peu d’établissements ont formulé le souhait de prolonger leur scolarité.

Paul-Emmanuel Grimonprez, président du réseau des écoles de service publique et directeur de l'IRA de Metz Droits réservés - DR

AEF info : Comment le réseau des écoles de service public s’est-il adapté à la crise sanitaire en termes d’organisation et de scolarité ?

Paul-Emmanuel Grimonprez : Tout d’abord, le Resp, en tant qu’association, s’est adapté en suspendant tous ses groupes de travail, de l’assemblée générale des directeurs qui était prévue les 7 et 8 avril à toutes ses activités habituelles, pour adopter un autre mode de fonctionnement. Avant même la décision du confinement, nous avons adressé un questionnaire et mis en place un "Chat" à destination des directeurs pour échanger sur les enjeux liés à la suspension des cours et à la mise en place de plans de continuité d’activité. Nous avons élaboré un autre questionnaire mi-avril pour faire le point sur la situation de chacune des écoles, les modes de formation distanciels et les difficultés rencontrées en matière d’évaluation et de report de scolarité (2). Désormais, une nouvelle enquête est en cours sur la préparation des plans de déconfinement.

Ensuite, s’agissant plus particulièrement des écoles, le premier effet de la crise a été de suspendre les formations en présentiel. Les écoles se sont immédiatement investies dans la continuité pédagogique à travers les cours à distance, les formations en ligne et tous les outils de visioconférence à disposition. La plupart des élèves ont été mis en télétravail ; certains ayant des charges d’enfants ont pu être placés en ASA (3). La continuité d’activité a été mise en place de façon satisfaisante avec bien sûr des différences entre établissements, certains s’étant investis depuis longtemps dans les formations à distance telles que l’Enap, l’ENSP, l’Enfip, l’END, l’Inet, l’EHESP ou certains IRA. À l’inverse, d’autres écoles ont connu une période d’adaptation.

Certes, tous les enseignements ne peuvent en effet pas être assurés en classe virtuelle. Les élèves de l’École nationale des douanes ont par exemple des formations de maniement d’armes qui ne peuvent être assurées qu’en présentiel. Même difficulté pour l’ENM s’agissant des formations relatives aux audiences, à la prise de parole en public. Mais d’une manière générale, tous les intervenants ont joué le jeu en passant en mode "classe virtuelle". En définitive, la bascule numérique a été faite extrêmement rapidement.

À noter enfin que dès les premières semaines du confinement, plusieurs écoles telles que l’ENA, l’EHESP, l’ENSP, les IRA de Lyon et de Bastia, ont fait le choix de mettre à disposition des administrations une partie de leurs élèves. Pour ne citer que quelques exemples, certains élèves de l’ENA ont vu leur stage prolongé ou ont été mis à disposition en préfecture, en ARS ou en administration centrale. Plus de trois quarts des élèves de formation initiale des deux promotions 2019-2020 et 2020-2021 (80 élèves chacune) se sont ainsi portés volontaires pour renforcer les structures de gestion de crise. Environ 250 élèves de l’EHESP se sont mobilisés dans des établissements et ARS pour la gestion de la crise sanitaire, soit 46 % des élèves.

AEF info : Quelles incidences va avoir concrètement la crise sanitaire sur la scolarité des élèves et les concours qu’ils préparent ? Quel a été le rôle du réseau en matière de mutualisation notamment ?

Paul-Emmanuel Grimonprez : La principale difficulté rencontrée par les écoles est l’évaluation des élèves. Une majorité d’écoles devait en effet tenir des épreuves de classement ou des examens et n’ont pas pu le faire dans les conditions habituelles. C’est le cas notamment des IRA, de l’Enfip, de l’ENSP, de l’Enssib, de l’IH2EF ou de l’ENCCRF. Plus rarement, certaines ont été confrontées à la question d’allonger la durée de la formation. Au tout début du confinement, deux écoles avaient été identifiées : les élèves IASS (inspecteurs des affaires sanitaires et sociales), qui devaient normalement prendre leur poste au 1er avril 2020 ont vu leur stage prolongé jusqu’à la fin du confinement, car le jury de titularisation n’a pas pu se réunir. L’ENM a dû de son côté prolonger la période de formation pour la promotion 2019 des candidats à l’intégration directe et la promotion 2020 des stagiaires issus des concours complémentaires.

 

"Du moment que la continuité pédagogique permet une évaluation de l’aptitude professionnelle des élèves, la titularisation peut s’effectuer dans les conditions prévues."

 

Avec le prolongement du confinement et le caractère progressif annoncé du déconfinement, de plus en plus d’écoles vont être confrontées à cette problématique de la question de l’évaluation et éventuellement du retard de scolarité. Ce qui risque d’avoir des conséquences sur le recrutement des élèves à plus long terme. Le réseau est donc intervenu auprès de la DGAFP pour obtenir des éclaircissements sur le cadre juridique à appliquer. La DGAFP a rappelé que l’objectif est d’assurer la continuité pédagogique. Du moment que celle-ci permet une évaluation de l’aptitude professionnelle des élèves, la titularisation peut s’effectuer dans les conditions prévues. La DGAFP nous a encouragés à adapter les modalités d’évaluation, ce qui est relativement simple à faire juridiquement. Il suffit en effet de modifier les arrêtés organisant les scolarités pour prendre des dispositions modifiant temporairement les modalités de formation ou d’évaluation des élèves.

Par ailleurs, la DGAFP considère que l’article 5 de l’ordonnance n° 2020-351 du 27 mars 2020 sur les concours (lire sur AEF info) fournit une base juridique pour ces aménagements. Cet article prévoit en effet que "les voies d’accès aux corps, cadres d’emploi, grade de la fonction publique peuvent être adaptées, notamment s’agissant du nombre et du contenu des épreuves", ce qui peut concerner les élèves en situation de scolarité.

Ensuite, se pose la question des éventuels reports de scolarité car la durée de stage des élèves est prévue par les statuts particuliers des corps concernés. Il faut donc modifier les décrets en Conseil d’État des corps concernés. Actuellement, peu d’écoles ont formulé le souhait de prolonger leur scolarité. La DGAFP anticipe toutefois un afflux de demandes et dans ce cas, envisage de modifier le décret du 7 octobre 1994 relatif aux stagiaires de la FPE pour introduire une disposition temporaire permettant d’aménager, pendant la crise sanitaire, les durées prévues par les statuts particuliers. Mais tout dépendra des modalités du déconfinement.

Concernant plus précisément les concours d’entrée, une majorité d’écoles (ENA, Enap, EN3S, ENCCRF, Enfip, ENSOSP, ENSP, EHESP, ENPJJ, Inet etc.) n’étaient pas encore confrontées, mi-avril, à la nécessité de reporter ou de modifier les épreuves de leurs concours. Seule une minorité d’écoles prévoyaient un report des concours. Pour les IRA, l’arrêté du 17 avril a prévu la modification de certaines épreuves (lire sur AEF info).

AEF info : Comment préparez-vous le déconfinement, en particulier après les annonces du Premier ministre du 28 avril (lire sur AEF info) ?

Paul-Emmanuel Grimonprez : Comme nous l’a confirmé le secrétaire d'État Olivier Dussopt, les écoles du service public ne sont pas concernées par la fermeture des établissements d’enseignement supérieur jusqu’à l’été et pourraient faire l’objet d’un déconfinement à partir du 11 mai. Actuellement, toutes les écoles travaillent sur un plan de reprise progressive d’activité avec leurs tutelles respectives. Par exemple, les IRA ont prévu d’organiser d’abord le retour des personnels permanents, avant d’envisager le retour des élèves au sein des instituts. Celui-ci devrait être effectif au début juin.

 

"La plupart des écoles prévoient des plans de déconfinement progressif. Un retour de tous les élèves dans les écoles dès le mois de mai est inenvisageable."

 

D’une manière générale, la plupart des écoles prévoient des plans de déconfinement progressif. Un retour de tous les élèves dans les écoles dès le mois de mai est inenvisageable. Il est nécessaire de tenir compte du retour progressif des enfants à l’école, des restrictions de mobilité et d’hébergement qui contraignent certains intervenants, de la nécessité d’organiser les mesures de protection des élèves à leur retour (plan de circulation au sein des établissements ; organisation des cours en sous groupes ou dans de grandes salles ; fourniture de matériels de protection) et surtout, de réorganiser le planning de formation.

Les formations à distance devraient donc être maintenues une grande partie du mois de mai sachant que les écoles attendaient les annonces du Premier ministre pour cadrer leurs plans de reprise d’activité. Là encore, les pratiques seront mutualisées.

AEF info : Quels enseignements pouvant être tirés de cette crise ou points de vigilance pour l’avenir avez-vous d’ores et déjà identifiés ?

Paul-Emmanuel Grimonprez : Un retour d’expérience sera nécessaire. La prochaine assemblée générale des directeurs d’école, en octobre, sera consacrée à la gestion de la crise et aux enseignements à en tirer. En particulier, tout l’aspect de la formation à distance est fondamental. Outre les cours à distance, le confinement impose un exercice nouveau en termes de méthodes pédagogiques et de contenus d’enseignement. Ce qui n’était encore qu’une potentialité pour certaines écoles avant la crise est devenu une réalité.

Les écoles ont aussi profité de la crise pour échanger leurs ressources pédagogiques notamment pour certaines disciplines communes (finances et marchés publics, RH, compétences transverses en général) quitte à les adapter. Cette mutualisation devrait se poursuivre. L’effet accélérateur de la crise est indéniable. Le retour d’expérience permettra notamment de centrer davantage nos formations sur les méthodes pédagogiques actives. Nous pourrons capitaliser plus rapidement sur ces enjeux de transition pédagogique et numérique des formations. Les modèles de formation pourront ainsi être revisités avec du présentiel centré sur les pédagogies actives et les échanges de pratiques, alors que le volet connaissances pourra être abordé différemment au travers du présentiel mais aussi des modules de e-formation.

AEF info : Le 1er septembre 2019 a marqué pour les IRA la première rentrée d’application de leur réforme (lire sur AEF info). Quel bilan en tirez-vous et quelles conséquences va avoir la crise sanitaire sur cette réforme ?

Paul-Emmanuel Grimonprez : Nous avons déjà réussi l’exercice d’une première promotion, sortie en février dernier, avec plusieurs nouveautés (approche par la compétence, individualisation des parcours, organisations de la formation en plusieurs phases avec une préparation à la prise de postes) et une rénovation du programme et du cadre de formation. Toutefois, nous ne sommes pas allés au bout de la démarche de l’approche par compétences.

Surtout, la crise sanitaire a rendu difficile l’exercice de suivi des élèves de cette première promotion lors de leur prise de fonction, qui s’est effectuée dans des conditions particulièrement difficiles puisqu’à distance et avec des équipes qu’ils ne connaissaient pas. Or ce suivi était l’un des enjeux de la réforme. L’aspect qualitatif, assuré tant bien que mal par des entretiens en visioconférence et du coaching, a été perturbé, d’autant que les IRA ont dû se focaliser sur la réorganisation des formations de la nouvelle promotion.

S’agissant du concours de la session de printemps, l’objectif est d’assurer la rentrée en septembre prochain. Nous avons donc prévu d’organiser l’épreuve d’admissibilité dans la première quinzaine de juin et celle d’admission fin juin ou dans le courant du mois de juillet. La DGAFP s’attelle à organiser l’épreuve d’admissibilité le 11 juin. Cela implique que les préfectures soient disponibles et aient les ressources nécessaires à la surveillance des salles et à la numérisation des copies notamment.

AEF info : Plus largement, quelle est votre analyse du rapport Thiriez sur la formation des hauts fonctionnaires et en particulier de sa proposition de réserver un concours aux boursiers des classes préparatoires "égalité des chances" dont une vingtaine serait créée en région, répartie au sein des IRA, universités et IEP ?

Paul-Emmanuel Grimonprez : Le RESP n’a pas vocation à prendre position sur ce rapport. Cela étant dit, nous avions invité Frédéric Thiriez et le DGAFP lors de notre assemblée générale qui était programmée début avril afin que les conclusions de la mission soient présentées aux 38 écoles qui constituent le réseau et que la DGAFP précise la mise en œuvre des axes de travail annoncés par le Premier ministre sur le sujet.

 

"Il faut noter que certaines des propositions du rapport Thiriza, notamment l’interministérialité, sont déjà mises en œuvre au sein du réseau des écoles de service public."

 

Cette AG ayant été annulée et la DGAFP ayant reporté ces travaux, ce chantier est pour l’instant en suspens. Il sera important que les écoles de service public soient  étroitement intégrées au groupe de travail qui sera mis en place et puissent ainsi évaluer la faisabilité de certaines préconisations. À cet égard, il faut noter que certaines des propositions du rapport, notamment l’interministérialité, sont déjà mises en œuvre au sein du RESP, principe sur lequel il a été fondé (sessions de formation inter écoles, "ateliers de service public" dans le cadre de la formation continue, formation commune des acteurs de la formation).

Quant à la création de classes préparatoires "égalité de chances" elle mérite d’être réexaminée au sein de groupes de travail organisés dans le cadre de la feuille de route fixés par le Premier ministre. Il importe de dresser au préalable un constat objectif de la situation des différentes écoles, notamment en termes de réussite et d’attractivité. En effet, toutes les CPI ne sont pas dans la même situation. Certaines sont indissociables de l’école à laquelle elles préparent (telle l’ENM), du fait de la spécificité des épreuves des concours d’accès. D’autres préparent, de facto, à plusieurs concours. Celles-ci pourraient par exemple être regroupées en s’appuyant sur les Ipag et les CPAG. Mais ne risque-t-on pas de dissoudre le lien avec les écoles du service public, lien qui a démontré son efficacité dans la réussite des élèves ? Tout ceci mérite débat. 

Un réseau de 38 écoles

 

Le réseau des écoles de service public est une association loi 1901 qui regroupe 38 écoles, fondée en 1995 sur un ensemble de positions consignées dans une "déclaration commune" :

  • La culture de service public est un vecteur fort de leur identité commune ;
  • La diversité des approches de cette culture constitue un enrichissement pour chacune d’entre elles ;
  • Le champ couvert par les formations qu’elles assurent concerne, de manière dominante, la gestion d’enjeux de société ;
  • La place qu’elles occupent dans l’enseignement professionnel post-universitaire constitue une spécificité ;
  • La nature de leurs activités, l’organisation et le cadre dans lesquels elles se réalisent, se complètent ou se recouvrent.

L’objet du Resp est "de favoriser les échanges, les mutualisations de bonnes pratiques et des compétences, d’améliorer les méthodes pédagogiques mais aussi d’ouvrir sur les autres métiers de la fonction publique", explique Emmanuel Grimonprez. Parmi ces écoles figurent notamment l’ENA, l’Inet, l’ENM, l’EHESP, l’EN3S, l’ENFIP, les IRA et les Inset, l’ENPJJ, l’IGPDE ou encore l’École nationale des Douanes.

(1) Le comité de direction du Resp est composé cette année de Paul-Emmanuel Grimonprez, directeur de l’IRA de Metz ; Christophe Laine directeur de L’École nationale des douanes ; et de Frédéric Phaure, directeur de l’ENPJJ. Chaque année, un nouveau directeur entre dans le comité de direction avant de prendre ses fonctions de président. l’année suivante. Le président sortant reste une année dans ce bureau. Emmanuel Grimonprez a pris la suite de Christophe Laine à la présidence pour l’année 2020.

(2) Une vingtaine d’écoles ont répondu.

(3) La moyenne d’âge dans les IRA est de 34 ans voire de 38 ans pour les candidats au 3e concours.

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