Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page
Home| Social / RH| Protection sociale| Dépêche n°626845

"Protéger, tester, isoler" seront les trois "piliers" du déconfinement (Édouard Phillippe)

Mardi 28 avril, devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Édouard Philippe, est venu exposer sa "stratégie nationale" de déconfinement, qui reposera sur trois piliers : "Protéger", "tester" "isoler". Pour éviter d’être infecté ou d’infecter d’autres personnes, les Français devront continuer de respecter les gestes barrières et la distanciation sociale, mais aussi porter des masques "dans certaines circonstances". Des tests seront massivement pratiqués, promet-il, et les porteurs du virus "isolés" dans certaines conditions.

Le Premier ministre présente la "stratégie nationale de déconfinement" devant l'Assemblée nationale, mardi 28 avril 2020 Assemblée nationale

"Voilà donc le moment où nous devons dire à la France comment notre vie va reprendre", a démarré le Premier ministre ce mardi 28 avril 2020 en présentant sa "stratégie nationale de déconfinement" devant l’Assemblée nationale. Moins de 15 jours après la prise de parole du président de la République, qui avait choisi la date du 11 mai pour faire redémarrer le pays, Édouard Philippe a détaillé devant les députés les règles à appliquer dans plusieurs domaines-clés : écoles, commerces, entreprises, tests et isolement des malades, masques et vie sociale. Samedi denier, le conseil scientifique avait transmis à l’exécutif son avis en la matière.

Tout l’enjeu est de faire repartir l’économie sans provoquer une deuxième vague de l’épidémie, ralentie mais pas stoppée par quarante-deux jours de confinement, le tout dans un climat de défiance persistant des Français. L’épidémie due au coronavirus a fait 437 morts en France au cours des dernières vingt-quatre heures, dont 295 dans les hôpitaux, portant le nombre de décès à 23 293 depuis le début de mars, selon le bilan établi lundi soir par la Direction générale de la santé. Le nombre de patients Covid-19 en réanimation (4 608) est en baisse pour la 19e journée d’affilée.

62 000 morts évités

"Qui aurait pu imaginer une vie ou tous les lieux communs auraient été fermés ? Jamais notre pays n’avait connu ça. Le confinement a été efficace pour contenir le virus mais il ne va pas durer éternellement", annonce Édouard Philippe en introduction. Il rapporte que selon une étude de l’École des hautes études en santé publique, "le confinement aura permis d’éviter 62 000 décès en un mois, et 105 000 lits de réanimation auraient manqué en l’absence de confinement". ' Je ne crois pas que notre pays l’aurait supporté",  ajoute-t-il.

Mais "si le confinement a constitué une étape nécessaire, il pourrait, s’il durait trop longtemps, entraîner des effets délétères", poursuit Édouard Philippe, en expliquant que "l’extrême limitation de la liberté d’aller et venir, de se réunir, de rendre visite à ses proches, à ses parents, présenterait pour le pays non pas seulement l’inconvénient pénible du confinement, mais en vérité celui, bien plus terrible, du risque de l’écroulement". "Il nous faut donc, progressivement, prudemment, mais aussi résolument, procéder à un déconfinement aussi attendu que risqué", conclut-il.

empêcher la seconde vague

Édouard Philippe s’est voulu réaliste en dressant un premier constat, "médical" : "Nous allons devoir vivre avec le virus dès lors qu’aucun vaccin n’est disponible à court terme, qu’aucun traitement n’a à ce jour démontré son efficacité et que nous sommes loin d’avoir atteint la fameuse immunité de groupe". À tout le moins, poursuit-il en résumé, il est difficile d’établir à ce stade une action politique en comptant sur "une disparition du virus" ou la découverte "d’un vaccin" ou de "traitement efficace" à court terme. "Il va donc falloir se "protéger" du virus, en conclut-il.

Le deuxième constat "est à la fois médical et politique et tient au risque de voir repartir l’épidémie". Si le système hospitalier a tenu au prix notamment "d’une fatigue bien compréhensible des hommes et des femmes", "le risque d’une seconde vague qui viendrait frapper un tissu hospitalier, qui imposerait un retour au confinement, lequel ruinerait les efforts et les sacrifices consentis au cours de ces huit semaines, est un risque qu’il faut prendre au sérieux". Ce qui impose de "procéder avec prudence progressivement, sûrement, en reprenant notre vie selon des modalités qui permettent, semaine après semaine, de vérifier que nous maîtrisons le rythme de circulation du virus", explique-t-il. Le deuxième axe sera donc la "progressivité".

concertation avec les élus

Le troisième élément à prendre en compte "est géographique". Constatant des différences entre les territoires quant à la propagation du virus, Édouard Philippe juge pas "inutile" de les prendre en compte. Avec le coordonnateur interministériel Jean Castex, il rencontrera ainsi dès mercredi les associations d’élus locaux et les préfets. Puis, jeudi, les partenaires sociaux pour engager ce travail de concertation et d’adaptation du plan aux réalités de terrain. "Vivre avec le virus, agir progressivement, adapter localement. Voilà les trois principes de notre stratégie nationale", résume-t-il.

Concernant spécifiquement les mesures sanitaires, Édouard Philippe a indiqué qu’elles reposeraient à partir du 11 mai sur le triptyque "protéger, tester, isoler".

"Protéger". Édouard Philippe a une nouvelle fois insisté sur l’importance des gestes barrières, auquel il faudra le cas, "dans de nombreuses circonstances, ajouter le port du masque", admet-il, justifiant une nouvelle fois la politique, très critiquée, du gouvernement en la matière. "ll y a […] assez de masques dans le pays pour faire face aux besoins à partir du 11 mai", a affirmé le Premier ministre. Et de poursuivre :  "Les données des douanes le montrent  : il rentre bien plus de masques dans le pays que le gouvernement n’en commande. Et croyez-moi, on en commande, puisque nous recevons près de 100 millions de masques chirurgicaux par semaine désormais, et que nous recevrons près de 20 millions de masques grand public lavables à compter de mai". 

Édouard Philippe a également indiqué que l’État soutiendra "50 % du coût des masques auprès des collectivités territoriales," annonce Édouard Philippe. Une plateforme de e-commerce via La Poste permettra aussi la distribution de masques. Il a également invité "les entreprises à équiper leurs salariés". Les régions et l’État mettront en place des aides aux TPE et aux travailleurs indépendants et assureront la protection de leur personnel. "Il s’agit d’organiser pour éviter que certains en aient trop et d’autres pas", indique-t-il. Enfin, une enveloppe hebdomadaire de 5 millions de masques lavables sera mise à disposition des préfets et des collectivités locales pour les citoyens les plus précaires, via les CCAS et le secteur associatif.

À terme, les pharmacies et la grande distribution pourront, après concertation avec le gouvernement, vendre des masques lavables ou jetables, et les particuliers restent invités à confectionner eux-mêmes des masques sur les recommandations de l’Afnor.

"Tester". "À la sortie du confinement, nous serons en capacité de massifier nos tests", assure encore Édouard Philippe sur ce sujet également sensible. Le gouvernement s’est fixé l’objectif "de réaliser au moins 700 000 tests virologiques par semaine au 11 mai", annonce-t-il.

Et de vouloir démontrer la pertinence de cet objectif : "Pourquoi 700 000 ? Parce que le conseil scientifique nous dit à ce stade que les modèles épidémiologiques prévoient entre 1 000 et 3 000 cas nouveaux chaque jour à partir du 11 mai et parce qu’à chaque nouveau cas correspondra en moyenne au moins 20 à 25 personnes l’ayant croisé dans les jours précédents. 3 000x25x7, cela donne 525 000 tests par semaine. 700 000 nous donnent la marge qui nous permettra, en plus des tests des chaînes de contamination, de mettre en œuvre des campagnes de dépistage comme nous l’avons engagé pour les Ehpad, notamment".

La participation des laboratoires de recherches vétérinaires "à cet effort collectif" a été permise et la mobilisation conjointe des laboratoires publics et privée a été engagée pour garantir un "accès de proximité" aux prélèvements. Enfin, les tests seront pris en charge à 100 % par l’assurance maladie.

"Dès lors qu’une personne aura été testé positive, nous engagerons un travail d’identification et le test de tous ceux, symptomatiques ou non, qui auront eu un contact rapproché avec elle. Tous ces cas contacts seront testés et invités à s’isoler, compte tenu des incertitudes sur la durée d’incubation", indique Édouard Philippe.

Une règle simple à énoncer, mais pas facile à mettre en œuvre, résume-t-il. "Nous ne pourrons réussir que grâce à la mobilisation des professionnels de santé libéraux", notamment les généralistes et les infirmières libérales, "qui constitueront la première ligne" dans la recherche des cas contacts qui concernent la cellule familiale. "Ils seront accompagnés pour cela", promet-il.

En appui, les équipes de l’assurance maladie assureront "la démultiplication de l’identification des cas contacts" au-delà de la cellule familiale. Dans chaque département seront constituées des brigades chargées de remonter la liste des cas contacts, de les appeler et de les inviter à se faire tester et que ces résultats "donnent lieu à l’application correcte de la doctrine nationale".

"Isoler". L’objectif final "de cette politique ambitieuse de tests, c’est de permettre d’isoler au plus vite les porteurs du virus afin de casser les chaînes de transmission", a poursuivi le Premier ministre. Si "des dispositifs de contrôle, s’ils devaient être nécessaires", sont prévus, l’objectif est de compter "sur le civisme de chacun". Il reviendra aux préfets et aux collectivités territoriales de définir ensemble, avec les acteurs associatifs et les professionnels de santé et les acteurs de la prise en charge à domicile, les mesures d’accompagnement des personnes placées à l’isolement. "Nous laisserons le choix à la personne testée positive de s’isoler chez elle, ce qui entraînera le confinement de tout le foyer pendant 14 jours, ou bien de s’isoler dans un lieu mis à sa disposition, notamment dans des hôtels réquisitionnés", explique-t-il déjà.

Concernant l’application de traçage StopCovid, dont la généralisation est envisagée par le gouvernement, Édouard Philippe a indiqué "qu’elle n’est en revanche pas opérationnelle à ce stade". Dès lors, un vote ultérieur serait organisé : "Il me semble donc que ce débat est prématuré".

aller progressivement

Par ailleurs, le Premier ministre a invité les Français à ne pas se relâcher, indiquant avoir reçu la veille du directeur général de la santé "des modalisations moins favorables" : "Si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai, ou nous le ferons plus strictement". Des "marches" de trois semaines sont envisagées, à l’issue desquelles la situation sera réétudiée. En fonction de la circulation du virus, des mesures pourront être décidées. Ainsi, le gouvernement statuera sur la réouverture des cafés et restaurants "fin mai".

Des indicateurs seront également fixés pour déterminer "les départements où le déconfinement doit prendre une forme plus stricte". "Ces indicateurs seront cristallisés le 7 mai, afin de déterminer quels départements basculent le 11 mai en catégorie "rouge" ou "vert", indique Édouard Philippe. Ils prendront en compte les capacités hospitalières du département, le système local de tests et le nombre de cas nouveaux sur une période de sept jours.

Un projet de loi sera tout de même présenté samedi 2 mai en Conseil des ministres, dont l’examen au Parlement est prévu la semaine suivante. Il prévoira notamment la prorogation de l’état d’urgence sanitaire "au-delà du 23 mai, peut-être jusqu’au 23 juillet".

Fermer

Bonjour

Vous souhaitez contacter

Bénédicte Foucher, journaliste