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"Nous travaillons à un recueil de bonnes pratiques dans le cadre d’un plan de reprise d’activité" (C. Cohas-Bogey, E2C)

Concerné au même titre que les CFA et les OF par l’interdiction d’accueillir du public depuis le 16 mars 2020, le réseau des Écoles de la 2e chance est à présent lui aussi confronté à la question de la sortie progressive du confinement. "Nous envisageons à ce stade une réouverture progressive sous réserve de consignes sanitaires claires et précises, explique Cyrille Cohas-Bogey, directeur général du réseau E2C France, dans une interview accordée le 23 avril à AEF info. [...] Au niveau de la tête de réseau, nous travaillons avec des experts en prévention des risques et des psychologues pour établir un recueil de bonnes pratiques évolutives à destination des Écoles dans le cadre d’un plan de reprise d’activité." Une reprise qui dépendra des réponses apportées par le ministère du Travail et de la possibilité pour le réseau d'assurer "la sécurité des équipes et des stagiaires".

Cyrille Cohas-Bogey, directeur général du réseau E2C France Droits réservés - DR - E2C

AEF info : Comment le réseau des E2C s'est-il organisé lors de la mise en place du confinement ?

Cyrille Cohas-Bogey : Dès la publication du communiqué du ministère du Travail du 13 mars précisant que les E2C étaient concernées par la suspension de l'accueil des jeunes, notre priorité a été d'assurer avant tout la sécurisation des parcours et de ne pas perdre le lien avec les stagiaires. Les Écoles se sont organisées pour mettre en place une continuité pédagogique et être en mesure d'en assurer la traçabilité, notamment à destination des financeurs. Alors que la base du cursus des E2C repose essentiellement sur du présentiel, les E2C ont su faire preuve d’une grande capacité d’innovation et d’adaptation pour mettre en œuvre le distanciel nécessaire.

AEF info : Comment la continuité pédagogique a-t-elle été mise en œuvre ?

Cyrille Cohas-Bogey : Deux facteurs conjugués ont permis d’assurer la continuité pédagogique. Il s’agit tout d’abord de la mobilisation forte des équipes des Écoles. Chaque E2C a en effet assuré le contact avec les stagiaires par tout moyen - mails, réseaux sociaux, téléphone, courrier… - et fait preuve d’innovation en matière d’outils, de contenus et d’organisation des séances pédagogiques. L’objectif est qu’aucun jeune ne perde le contact ni n’abandonne son projet professionnel et que tous conservent leur motivation.

La continuité a également été assurée grâce à l’adaptation par la tête de réseau d’une plateforme de gestion des connaissances en ligne. Mise en place il y a plusieurs mois pour développer une culture d’échange de pratiques entre les 133 sites-Écoles, cette plateforme a permis la mutualisation des contenus et le partage des bonnes pratiques afin d’assurer le suivi pédagogique à distance. Toutes les équipes E2C peuvent y accéder, notamment les formateurs qui peuvent s’en servir comme une base de ressources pédagogiques et organiser des groupes d’échanges en ligne.

AEF info : Quel premier bilan tirez-vous à ce stade ?

Cyrille Cohas-Bogey : Nous avons effectué un bilan quantitatif à la demande du ministère du Travail auprès de l’ensemble des Écoles du réseau. Après un mois de confinement, les E2C ont ainsi réussi à maintenir l’accompagnement de plus de 90 % des stagiaires. Nous nous apercevons donc qu’ils sont plutôt réceptifs à partir du moment où nous arrivons à maintenir un rythme, à recréer des habitudes et à innover. En moyenne, chaque stagiaire est contacté cinq fois par semaine, voire plus, en fonction des besoins individuels identifiés.

Les principales difficultés rencontrées sont liées au manque d’équipement - ordinateur ou smartphone - et d’accès à internet. Elles s'observent en particulier dans certains territoires ultramarins où le prix d’un abonnement à internet est tel que des stagiaires ou leur famille en sont dépourvus. Un autre type de difficulté tient à la situation individuelle de certains stagiaires. Il survient notamment pour les jeunes dans les foyers ou pour les mères célibataires qui doivent garder leurs enfants. Des solutions provisoires ont pu être trouvées mais, après le confinement, des réflexions seront à mener pour remédier à l’ensemble de ces constats.

AEF info : Travaillez-vous à l’hypothèse d’une réouverture progressive des écoles ?

Cyrille Cohas-Bogey : Après une première phase d’un mois consacrée à la gestion de l’urgence et à l’organisation de la continuité pédagogique, s’ouvre effectivement une deuxième phase dédiée à la préparation de la réouverture des Écoles. Notre préoccupation première sera la sécurité des équipes et des stagiaires. Nous envisageons à ce stade une réouverture progressive sous réserve de consignes sanitaires claires et précises. Nous sommes à ce sujet en relation avec le ministère du Travail auquel nous avons fait remonter nos questionnements.

Au niveau de la tête de réseau, nous travaillons avec des experts en prévention des risques et des psychologues pour établir un recueil de bonnes pratiques évolutives à destination des Écoles dans le cadre d’un plan de reprise d’activité. Elles concernent entre autres les équipements de protection individuelle, le protocole de nettoyage des locaux, le respect des gestes barrières... Nous devons réfléchir, dans le cadre de cette réouverture, à un nouveau mode de fonctionnement, notamment en ce qui concerne le nombre de jeunes par groupe et l’organisation des lieux de travail.

Si la reprise se confirme, l’une des priorités sera de rétablir le lien avec les stagiaires pour lesquels il a pu être distendu. La deuxième sera de reprendre les stages en entreprise qui ont, pour la plupart, été interrompus. Nous savons toutefois que la situation économique sera particulièrement difficile pour les entreprises qui sont des partenaires privilégiés et qui jouent un rôle majeur dans le quotidien des E2C et dans le recrutement des jeunes.

AEF info : Quels sont les autres impacts de la crise actuelle sur votre activité ?

Cyrille Cohas-Bogey : L’année 2019 avait été une excellente année pour les E2C, avec 15 631 jeunes accueillis (+4 % par rapport à 2018) et un taux de sorties positives en hausse à 63 %. Notre préoccupation première, outre la phase de sécurisation des parcours qui a été réussie, va être de renouer avec les bons résultats enregistrés jusque-là.

Nous poursuivons nos travaux en vue de l’entrée en vigueur de l’obligation de formation des 16-18 ans ainsi que le développement du maillage territorial, engagé avec le soutien du PIC, afin d’assurer une équité d’accès à une deuxième chance sur l’ensemble du territoire national. Nous aurons besoin pour cela de l’ensemble de nos financeurs et partenaires, entreprises et prescripteurs. Dans la situation actuelle et avec des besoins qui vont certainement s’accroître, nous souhaitons plus que jamais répondre présents, dans le cadre des politiques publiques et des enjeux des mois à venir pour assurer notre mission d’insertion sociale, citoyenne et professionnelle de la jeunesse en difficulté.

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Astrid Gruyelle, journaliste