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"Nous avons développé une offre spécifique pour accompagner la gestion de la crise par les établissements" du secteur sanitaire et social (J.-P. Delfino, Opco Santé)

"Aujourd’hui 50 % des salariés de notre secteur sont en première ligne dans la gestion de la crise […] que ce soit en Ehpad ou en établissement sanitaire", explique à AEF info Jean-Pierre Delfino, le directeur général de l’Opco Santé. "C’est pourquoi nous avons développé une offre spécifique destinée à accompagner la gestion de la crise dans les établissements", souligne-t-il, en faisant référence aux plateformes mises en ligne respectivement le 2 et le 10 avril 2020. La première vise à "donner [gratuitement] un socle de connaissances minimales accessible à toutes les personnes" intervenant dans les établissements adhérents quel que soit leur employeur ou métier. La seconde est une plateforme LMS, dont le contenu porte sur les situations spécifiques que connaissent les professionnels du secteur. L’Opco a aussi contribué aux processus de mobilisation de personnel sur demande de deux ARS.

"Notre valeur ajoutée dans ces deux dispositifs, c’est d’identifier tous les contenus de formation portant sur les situations émergentes, auxquelles doivent faire face nos adhérents. C’est un projet évolutif, notre offre se réorganise toutes les semaines en fonction des besoins", explique Jean-Pierre Delfino, directeur général de l'OPCO santé. © Bernard Lachaud

AEF info : Comment avez-vous géré la continuité de service auprès de vos adhérents dans la première phase de confinement ?

Jean-Pierre Delfino : Nous avons fermé tous nos sites régionaux le 16 mars au soir, dans l’après-midi, tous nos collaborateurs ont pu prendre leurs ordinateurs. Nous avons passé les 15 premiers jours à mettre en place la technologie de travail à distance avec nos équipes informatiques. Nous sommes dans un rythme normal de travail depuis deux semaines, bien que nous soyons en format dégradé. En parallèle, nous avons continué à dispenser nos services en direction des adhérents, exclusivement à distance, mais pour nous les impacts de la crise sont antérieurs au début officiel du confinement. Dès février, nos salariés n’allaient plus dans les clusters de Covid, ni dans les Ehpad. Nous avons fait dans ce cadre une répétition à petite échelle du confinement.

AEF info : Vous êtes l’Opco du secteur sanitaire mais aussi du médico-social et du social, à ce titre vos adhérents sont particulièrement mobilisés pour faire face à la crise. Quel impact cela a-t-il sur votre activité d’Opco et la consommation de formation dans votre secteur ?

Jean-Pierre Delfino : Nous avons une baisse d’activité, avec des difficultés pour nos conseillers qui ne peuvent plus que délivrer les services au téléphone. Pour adapter notre offre, nous avons donc démultiplié et généralisé ce que nous proposions depuis l’année dernière. Nos adhérents sont dans tous les bassins d’emploi, donc nous utilisions déjà la visioconférence, tout en ayant en tête que les gens sont peu disponibles pour traiter des sujets classiques de FPC.

AEF info : Vos adhérents sont particulièrement mobilisés sur le terrain par la crise…

Jean-Pierre Delfino : Avec la recomposition liée à la création de l’Opco Santé, les deux tiers de nos entreprises ont moins de 50 salariés, ce qui suppose un accompagnement spécifique, mais en plus le secteur sanitaire représente désormais un tiers de notre activité, celui du handicap 29 % et celui de la prise en charge des personnes âgées 22 %. Pour résumer, aujourd’hui 50 % des salariés de notre secteur sont en première ligne dans la gestion de la crise sous des formes assez différentes que ce soit en Ehpad ou en établissement sanitaire. Tous se sont organisés pour faire face à la crise, c’est pourquoi nous avons développé une offre spécifique destinée à accompagner la gestion de la crise dans les établissements.

AEF info : Pouvez-vous détailler cette offre ?

Jean-Pierre Delfino : Notre première semaine de confinement a été centrée sur la réorganisation de nos services et travaux, pour adapter les conditions de travail de nos 400 collaborateurs. Toutefois, dès le début de la deuxième semaine, nous avons fait une enquête flash, pour identifier les besoins en formation et les contraintes particulières de nos adhérents. Nous avons obtenu 600 réponses directement sur notre plateforme. Cette mobilisation témoigne de l’importance des besoins en compétences propres pour gérer cette crise. Les attentes en formation portaient sur les techniques d’ajustement des équipes et de réorganisation du travail, de mobilisation des salariés qui n’étaient pas en frontal avec le public accueilli, ou encore sur les méthodologies de recrutements en urgence.

AEF info : Avez-vous identifié d’autres besoins en formation ?

Jean-Pierre Delfino : Nous avons identifié plusieurs autres sujets majeurs. Le premier porte sur la mise en place des mesures spécifiques liées à la crise, comme les procédures d’élimination des déchets dans ce contexte. Il y a aussi des sujets de management, notamment relatifs à la gestion du stress et de la peur de la contamination pour les salariés, ou à la manière d’organiser la gestion du confinement, voire de l’isolement, en particulier dans les Ehpad. Il s’agit de répondre à des problématiques très concrètes sur le maintien par exemple des liens familiaux pour les personnes dépendantes, dans un contexte où il n’y a plus de visite des familles. C’est un enjeu clé de permettre aux personnes âgées et aux patients d’être en contact avec leurs proches.

Nous avons aussi repéré des besoins en formation et information sur l’impact RH de cette crise, pour gérer par exemple le report de congé, le dépassement des taux d’heures supplémentaires ou l’accueil d’un salarié recruté juste avant le confinement. Le secteur sanitaire attend aussi des réponses sur les bons gestes et postures à adopter en situation de crise ou sur la gestion émotionnelle de ce contexte.

AEF info : Avez-vous pu traduire directement en formation la réponse à ces besoins ?

Jean-Pierre Delfino : Dès la deuxième semaine de confinement, nous avons commencé à adapter nos services, en prenant en compte bien sûr la fermeture administrative des centres de formation. Nous avons tout d’abord accéléré le lancement de notre projet de plateforme de formation développée avec l’éditeur Edflex. Notre objectif était de proposer des contenus adaptés à la situation et rendus accessibles à tous, gratuitement, qu’ils soient adhérents ou non de l’Opco. Nous voulons donner un socle de connaissances minimales accessible à toutes les personnes, qu’elles soient embauchées ou non par l’un de nos adhérents. Certaines équipes ont accueilli des volontaires de la réserve civique ou des professionnels embauchés ailleurs, venus en soutien dans cette période particulière.

AEF info : Quelles ressources leur proposez-vous ?

Jean-Pierre Delfino : Il s’agit principalement de Mooc, mais aussi de podcasts, de vidéos, d’articles, soit toutes les ressources nécessaires pour intervenir dans des établissements où il n’y a pas que des soignants, mais aussi des professionnels des fonctions supports comme la logistique, qui doivent maintenant maîtriser certaines techniques propres à la crise. La plateforme est ouverte depuis le 2 avril. En deux jours, nous avons eu plus de 2 500 connexions et plus de 12 000 pages ont été visitées. Les plus consultées portaient sur les gestes barrière et les techniques d’habillement en zone Covid ou pour se protéger.

AEF info : Avez-vous développé d’autres offres spécifiques à la crise ?

Jean-Pierre Delfino : Nous avions un deuxième projet en réflexion, celui de créer une plateforme LMS qui a été lancée le 10 avril. Nous opérons avec LMS factory sous le format Moodle en open source. Nous avons travaillé avec des organismes de formation pour récupérer des contenus déjà accessibles en ligne que nous avons achetés et que nous mettons à disposition de nos adhérents. Ils portent sur sept thématiques pour répondre aux principales difficultés de nos adhérents, telles que la mise en place des gestes barrière, l’organisation du confinement des personnes fragilisées, l’accompagnement du deuil, le management en situation de crise et à distance, le télétravail, la préparation des équipes renfort…

AEF info : Comment financez-vous ces deux plateformes ?

Jean-Pierre Delfino : La plateforme Edflex est en accès libre. Sur la plateforme LMS, notre bureau, qui agit par délégation du conseil d’administration, a voté une enveloppe de 700 000 euros qui représente le financement de près de 10 000 parcours de formation payants. Les entreprises qui ont besoin du contenu se connectent et font une demande de financement qui est prise en charge par l’Opco. Nous finançons ce projet avec les réserves des années antérieures que nous avons conservées sur nos fonds mutualisés de branche. Nous avons prévu d’ajuster les montants en fonction de l’utilisation de cette ressource. L’enjeu premier pour nous était d’être le plus réactifs possible.

AEF info : Comment avez-vous exploité concrètement les besoins repérés lors de l’enquête flash ?

Jean-Pierre Delfino : Pour identifier les contenus se référant aux besoins de nos adhérents, nous avons monté en interne une équipe mixte avec des salariés du siège et des régions. Il s’agissait notamment d’experts de l’ingénierie de formation qui ont repéré tous les contenus accessibles pour les proposer aux entreprises. La difficulté n’est pas l’accès, mais l’identification des meilleures ressources. Une dizaine de personnes mobilisées ont travaillé à ce titre à la création de Mooc. Notre valeur ajoutée dans ces deux dispositifs est d’identifier tous les contenus de formation portant sur les situations émergentes auxquelles doivent faire face nos adhérents.

C’est un projet évolutif. Notre offre se réorganise toutes les semaines en fonction des besoins. Nous y avons associé des représentants des fédérations d’employeurs et plusieurs de nos adhérents qui nous ont également guidés, tant sur les thèmes de formation prioritaires que dans la recherche de contenus experts et de spécialistes aptes à intervenir sur les thèmes identifiés.

AEF info : Avez-vous produit avec vos équipes des contenus de formation ?

Jean-Pierre Delfino : Oui. Nous avons, par exemple, organisé un webinaire pour accompagner la gestion de la crise car on ne trouve pas en ligne des réponses à toutes les problématiques posées. Il portait sur la gestion du confinement dans des structures qui accueillent des personnes handicapées, ce qui appelle des réponses très spécifiques. Nous avons dans notre périmètre la quasi-intégralité des Esat, nous avons monté en trois jours ce webinaire. Nous avons eu 280 participants à ce programme mis en place avec des partenaires tels que l’ARS d’Île-de-France, la Structure régionale d’appui à la qualité et à la sécurité des prises en charge (Staraqs), le CREAI, le Centre de ressources Autisme Île-de-France (CRAIF). Nous avons informé nos entreprises 72 heures avant son lancement et nous avons eu 279 participants pour 330 inscrits. Une fonction permet de voir en replay ce webinaire et nous en ferons d’autres quand nous identifierons d’autres besoins non couverts.

AEF info : Comment allez-vous investir les opportunités offertes par le renforcement et l’assouplissement du FNE-Formation ?

Jean-Pierre Delfino : Sur le FNE-Formation, les Opco vont pouvoir agir en partenariat avec les Direccte, quand les entreprises ont sollicité des mesures de chômage partiel. Nous sommes en train de repérer les besoins, mais à ce stade, et c’est directement lié aux secteurs que nous couvrons, le chômage partiel reste à évaluer dans nos branches. Je pense que pour des raisons structurelles, ces besoins resteront limités à certains secteurs ou établissements ou régions.

AEF info : Préparez-vous déjà des mesures de sortie du confinement ?

Jean-Pierre Delfino : Les besoins risquent d’évoluer, mais avec les annonces récentes du président de la République et du gouvernement, nous pouvons poser le cadre de notre reprise progressive d’activité, ce que nous allons nous employer à faire dans les prochaines semaines. À ce stade, nos projets ne visent qu’à accompagner en période de crise nos établissements. Nous ferons des bilans et, sur cette base, le conseil d’administration de l’Opco prendra des décisions. Nous ne sommes pas en mesure de tenir efficacement des réunions avec l’ensemble de nos administrateurs, c’est pourquoi le CA a missionné le bureau pour prendre toutes les décisions de gestions opérationnelles au sein de l’Opco. Nous avons posé le principe de réunions régulières de bureau en visio ou audio conférence.

AEF info : Le bureau se réunit-il régulièrement ?

Jean-Pierre Delfino : Il s’est déjà réuni deux fois, notamment pour prendre les décisions évoquées précédemment, et nous resterons dans cette configuration jusqu’au 31 mai. La sortie du confinement devrait se faire de façon progressive. C’est difficile d’anticiper les organisations que nous mettrons en place techniquement et politiquement pour sortir du confinement, mais nous sommes organisés pour être très réactifs.

AEF info : Comment gérez-vous vos missions initiales dans ce contexte, notamment celle liée au développement de l’alternance dans vos branches ?

Jean-Pierre Delfino : Nous n’avons pas encore arrêté d’objectifs chiffrés sur le développement de l’alternance, mais ce sera une des priorités du conseil d’administration. Nous préparons en parallèle une campagne de communication dans les régions sur l’alternance. Elle devait être lancée en mai, mais cela ne sera pas possible dans ce contexte. Nous allons donc organiser une série d’évènements "alternance" sous format dématérialisé, avec des visioconférences, des webinaires dès la première semaine de juin. Cette première étape de la campagne sera complétée en septembre par des évènements en présentiel en région. En parallèle, nous développons des webinaires depuis deux ans, pour informer nos entreprises et leurs salariés sur les dispositifs de FPC, comme le plan développement des compétences, le CPF de transition…

AEF info : De par votre positionnement sur les secteurs sanitaire et médico-social, avez-vous été sollicité pour des interventions allant au-delà du champ de la formation professionnelle ?

Jean-Pierre Delfino : En qualité d’Opco de la santé, nous avons été sollicités par les donneurs d’ordre institutionnels sur la gestion de la crise. Les ARS des Haut-de-France et d’Auvergne Rhône-Alpes nous ont demandé de les accompagner dans la mobilisation de professionnels disponibles ou de volontaires pour intervenir dans les établissements dont les équipes sont surchargées, ou au contraire, pour identifier des structures qui pourraient mettre du personnel à disposition. En période de crise, nous avons décidé d’aller au-delà de notre champ d’intervention pour participer à toutes les mesures qui facilitent sa gestion.

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Cédric Morin, journaliste