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Les réservistes sont "déjà en ordre de bataille pour la sortie du confinement" (général Olivier Kim)

"Nous avons décidé de 'réserver la réserve', de limiter son exposition au risque de propagation du virus et de mobiliser cette force en fonction des nécessités", explique le général Olivier Kim, commandant des réserves de la gendarmerie dans une interview à AEF info. S’il a fallu dans un premier temps "gérer une forme de frustration" de la part des réservistes, très motivés et disponibles du fait du ralentissement de l’économie, le délégué des réserves l’assure : la gendarmerie aura besoin de ces volontaires à la sortie du confinement, annoncée pour le 11 mai par Emmanuel Macron, et au-delà pour sortir de la crise. Cela permettra de compenser la reprise des missions jugées non prioritaires et d’accorder des permissions aux gendarmes d’active fortement mobilisés. Une réflexion est par ailleurs en cours sur l’éventuel maintien du statut d’OPJ pour les réservistes retraités de la gendarmerie.

Général Olivier Kim est commandant et délégué des réserves de la gendarmerie nationale depuis août 2018.

AEF info : Comment la réserve opérationnelle fonctionne-t-elle en ce moment ?

Olivier Kim : Depuis le début du confinement, beaucoup de réservistes se sont déclarés disponibles sur notre système Minot@ur (Moyens d’informations et de traitement automatisé de la réserve). À titre d’exemple, nous enregistrons de l’ordre de 7 000 déclarations de disponibilités par jour en semaine et jusqu’à 10 000 par jour les week-ends. Le directeur général de la gendarmerie nationale s’est félicité de cette disponibilité et je suis moi-même particulièrement satisfait de l’état d’esprit de nos réservistes, qui comme de nombreux citoyens, veulent aider : un tiers des réservistes est en mesure de remplir les missions permanentes de la gendarmerie dans un délai extrêmement court. Actuellement, en moyenne 500 à 600 réservistes sont engagés par jour, contre environ 1 750 par jour l’an dernier. C’est le paradoxe – du moins en apparence — nous employons peu nos réservistes alors qu’ils se déclarent davantage disponibles qu’en dehors de cette période de crise.

Cela tient à plusieurs raisons. En premier lieu, 3 700 militaires en formation dans nos écoles ont été déployés en renfort dans les unités sur décision du général Christian Rodriguez (lire sur AEF info). En second lieu, les permissions sont reportées donc la capacité humaine reste de fait à un niveau très élevé. En parallèle, du fait de la restriction des activités économiques, bon nombre de nos réservistes se retrouvent donc plus disponibles pour exercer des missions au profit de la gendarmerie. Ils font preuve d’une véritable motivation et au cours des premières semaines de confinement, nous avons dû gérer une forme de frustration de la part de nos réservistes, qui voulaient être utiles et demandaient à être employés. Nous avons décidé de "réserver la réserve", de limiter son exposition au risque de propagation du virus et de mobiliser cette force en fonction des nécessités. Le besoin n’était pas immédiat mais nous sommes en capacité de monter rapidement en puissance. Nous pensons également au jour d’après : la crise s’inscrit dans un temps long.

AEF info : C’est-à-dire, comment comptez-vous solliciter vos réservistes dans les semaines qui viennent ?

Olivier Kim : Depuis le 7 avril, les réservistes appuient la réouverture de 41 bureaux de poste de métropole et de 64 bureaux de poste en outre-mer dans le cadre de la mission Zeno, le patron des facteurs et des philatélistes. Cette mission mobilise trois réservistes par bureau de poste, donc environ 375 réservistes mobilisés au total par jour. Dans un deuxième temps, à la demande du gouvernement, La Poste va identifier d’autres agences postales dans une cinquantaine de départements très ruraux. La gendarmerie va aussi soutenir cette deuxième vague.

Nous sommes déjà en ordre de bataille pour la sortie du confinement et la sortie de la crise. Nous aurons besoin des réservistes pour permettre de faire face à l’augmentation de l’activité inhérente à la reprise des flux et à la reprise de missions que nous avons dû reporter du fait de la crise.

Par ailleurs, en sortie de crise et comme nous le faisons en ce moment, nous continuerons à employer les réservistes opérationnels sur trois missions : sur les opérations tranquillité senior, en appui des patrouilles appelées pour des signalements de violences intrafamiliales, et auprès des entreprises qui seront en phase de reprise économique. Le but sera d’échanger et de faire de la prévention, de donner des conseils en matière de cybersécurité.

Enfin, cet été, dans les zones d’affluence touristique, parce que la population aura probablement besoin de profiter des espaces et de respirer, les réservistes seront fortement mobilisés. On commence à évaluer le besoin, nous sommes en train de procéder aux modélisations. Nous disposons d’une belle force de frappe.

AEF info : Le recours aux réservistes est-il également envisagé pour compenser le nombre de gendarmes d’active qui auront été infectés par le Covid-19 ?

Olivier Kim : Nous en tiendrons compte. Mais, à ce stade, le nombre de gendarmes d’active infectés est relativement faible si l’on rapporte à l’ensemble de militaires (100 000). Par ailleurs, nous n’avons pas trop d’inquiétudes vu le nombre de réservistes qui se portent déjà spontanément volontaires. Le commandement des réserves s’enquerra, selon des formes qui restent à définir au plan juridique, auprès des réservistes pour savoir s’ils ont été victimes du virus, s’ils ressentent des symptômes ou en ont ressenti. L’inconnue porte sur la façon dont va progressivement se réaliser le déconfinement sur le territoire. Nos hypothèses seront consolidées uniquement quand nous constaterons un recul de la pandémie.

AEF : Le député Christophe Naegelen (UDI, Vosges) a déposé une proposition de loi pour maintenir la qualification d’OPJ des réservistes retraités de la gendarmerie pendant cinq ans. Le centre des opérations de la crise Covid-19 de la gendarmerie anticipe de son côté une hausse des plaintes en sortie de crise (lire sur AEF info). Cette possibilité pourrait-elle aider la gendarmerie à faire face à la hausse du contentieux non traité en ce moment ?

Olivier Kim : C’est une réflexion qui dépasse la seule gendarmerie et qui concerne également la police nationale, le ministère de l'Intérieur et le ministère de la Justice. Jusqu’à présent, hors pandémie, nous n’avions pas un besoin généralisé de ce renfort de réservistes pour réaliser des actes que seuls les OPJ peuvent effectuer. La crise nous incite à examiner cette proposition, évaluer ses avantages, ses inconvénients mais aussi les risques qu’elle pourrait présenter. Le commandement des réserves mène, aux côtés de la sous-direction de la police judiciaire de la DGGN, une étude pour évaluer l’opportunité et la façon dont cette proposition pourrait être mise en œuvre.

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Judith Blanes, journaliste