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Démission du président de l’ERC : une décision "regrettable mais inévitable" (Jean Chambaz, président de la Leru)

La démission du président de l’ERC Mauro Ferrari, le 7 avril 2020, est "regrettable", estime Jean Chambaz, président de la Leru et de Sorbonne Université. S’exprimant le 8 avril, il estime que le conflit ayant opposé Mauro Ferrari au conseil scientifique de l’ERC rendait la démission du président "inévitable" dans la mesure où, sur fond d’épidémie du Covid-19, il remettait en cause la vocation même de l’ERC de financer des projets de recherche "librement soumis par les chercheurs". Il faut au contraire "préserver ce fleuron" qu’est l’ERC, avec son approche "bottom-up", soutient Jean Chambaz.

Jean Chambaz, président de la Leru et de Sorbonne Université. Sorbonne Université

"À l’évidence, Mauro Ferrari n’a pas compris ce qu’était l’ERC et c’était une erreur de casting" que de l’avoir nommé à la présidence, déclare à AEF info Jean Chambaz, président de la Leru (Ligue européenne des universités de recherche) et également président de Sorbonne Université, le 8 avril 2020. Il réagit à la démission du président de l’ERC, intervenue la veille et annoncée dans la matinée du 8 avril par le Financial Times (lire sur AEF info). En outre, ajoute Jean Chambaz, "démissionner de sa fonction de président de l’ERC alors qu’il se trouve en ce moment aux États-Unis est irresponsable, dans la situation de crise que nous connaissons."

"MAURO FERRARI N’A PAS COMPRIS CE QU’EST L’ERC"

"Mais ce qui est important, c’est précisément de préserver ce qui fait la force de l’ERC et ce qui en fait le fleuron de la politique scientifique européenne", ajoute Jean Chambaz, à savoir les deux "piliers" sur lesquels il fonde son existence et son action : "le soutien à une recherche de base bottom-up sur le long terme permettant de s’attaquer à de grandes questions et des problèmes complexes, travaux pouvant déboucher à terme sur des découvertes et des idées disruptives" ; et une "direction collégiale par un conseil scientifique". "Tous les anciens présidents de l’ERC avaient su faire vivre cette collégialité, mais Mauro Ferrari ne l’a pas compris", poursuit Jean Chambaz.

Quant à la raison invoquée par Mauro Ferrari pour sa démission, à savoir le refus du conseil scientifique de soutenir sa proposition d’un programme de recherche dédié au Covid-19, Jean Chambaz considère qu’elle montre bien son incompréhension de l’ERC. De son côté, le conseil scientifique de l’institution a fait savoir à ce propos, à travers un communiqué diffusé le 8 avril, que cette version des faits présentée par son ancien président faisait "au mieux l’économie de la vérité" (lire sur AEF info).

LA PANDÉMIE MONTRE L’UTILITÉ D’UNE "RECHERCHE CRÉATIVE ET LIBRE"

"Nous n’avons pas besoin de Zorro ni d’un messie", commente Jean Chambaz. "La Commission européenne a parfaitement montré sa capacité à mobiliser des fonds tout de suite pour la recherche et l’innovation sur le Covid-19. De même, la Commission et les États membres se sont coordonnés pour réaliser des essais cliniques, pour travailler à mettre au point des tests robustes et des vaccins."

Pour lui, la pandémie actuelle montre bien toute la nécessité de "soutenir la recherche créative et libre dans tous les domaines", et d’en renforcer les moyens financiers, en particulier. "La pandémie montre la vulnérabilité du monde et de l’humanité. Et nous ne savons pas d’où viendra la crise suivante. Peut-être sera-t-elle climatique, sociale, économique… Cela montre bien que la société a besoin d’une recherche au meilleur niveau dans tous les domaines. Il en faut bien sûr pour lutter contre les pandémies, mais il faut aussi maintenir une recherche vivante et dynamique pour tous les grands défis auxquels l’humanité est confrontée."

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René-Luc Bénichou, journaliste