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Home| Social / RH| Protection sociale| Dépêche n°625483

"Cette crise repose la question du financement de notre système de santé" (Thierry Beaudet, président de la FNMF)

Dans un nouvel entretien accordé à AEF Info, le président de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF), Thierry Beaudet, revient sur la réaction du mouvement mutualiste face au Covid-19, ainsi que sur la manière dont les mutuelles de livre II et les établissements mutualistes de livre III participent à la réponse à cette crise. Anticipant les prochains mois, Thierry Beaudet souligne que les établissements et professionnels de santé auront besoin d’être accompagnés. Alors que des discussions démarrent entre la FNMF et l’assurance maladie, il invite donc les complémentaires à "réfléchir aussi aux moyens d’intervenir financièrement" pour soutenir le système de santé. Mais le président de la Mutualité française invite aussi les mutuelles - bien que solides financièrement à cette heure - à se montrer "prudentes" au regard des nombreuses incertitudes actuelles.

Thierry Beaudet © VYV

AEF info : Comment le mouvement mutualiste s’est-il adapté pour faire face au développement très rapide de la crise actuelle ?

Thierry Beaudet : Dès les premières semaines, l’ensemble des mutuelles pratiquant des opérations d’assurance (Livre II) s’est concentrée sur la continuation d’activité. Ce qui s’est traduit par la fermeture des points d’accueil au public, et le développement des capacités de télétravail pour poursuivre les services vitaux auprès des adhérents – dont le paiement des prestations santé et prévoyance. Une grande part de nos mutuelles ont aussi souhaité redéployer une partie de leurs salariés, occupant notamment des fonctions d’accueil du public, vers de nouvelles tâches plus adaptées à la situation actuelle. C’est ainsi qu’ont pu être lancées par exemple des campagnes d’appels pour accompagner à distance nos adhérents les plus fragiles ou isolés.

En parallèle, de très nombreuses initiatives de solidarité (Ndlr : lire plus en détail sur AEF info) ont été initiées pour soutenir nos adhérents, représentant au minimum un investissement financier de 150 M€. Dans les structures gestionnaires d’établissements et de services (Livre III), la réorganisation a aussi été très rapide, avec la déprogrammation de nos activités non-urgentes pour nous préparer à accueillir des malades du Covid-19. Dans nos cliniques, plusieurs établissements ont doublé, voire triplé, leurs capacités d’accueil de malades. Au sein de nos 221 Ehpad, nous avons aussi tout fait pour accroître les mesures de sécurité. En parallèle, nous avons lancé de nouveaux services, comme des "hotlines" pour rompre l’isolement des personnes âgées confinées. Plus globalement, toutes nos structures - qu’il s’agisse de nos crèches qui se sont concentrées sur l’accueil d’enfants de soignants, ou de nos centres de santé - se sont réorganisées pour adapter leurs services à la population.

AEF info : Du fait de la crise actuelle, doit-on s’inquiéter de la solidité financière des petites et moyennes mutuelles ? La FNMF dispose-t-elle de moyens pour éventuellement aider un membre en difficulté ?

Thierry Beaudet : Beaucoup de nos plus petites mutuelles Livre II ne sont actives que dans le domaine de la santé. Pour l’heure, c’est un champ d’activité qui résiste – à la différence des couvertures prévoyance. À l’heure actuelle, nous n’avons pas d’inquiétude particulière à l’égard de la solvabilité de nos membres. Malgré la crise économique et financière, ils seront en mesure de rembourser les prestations dues. La fédération dispose par ailleurs d’un observatoire qui lui permet d’anticiper les difficultés potentielles. Même dans le cas où une mutuelle adhérente rencontrerait des difficultés, la fédération aurait les moyens de l’épauler. En dernier ressort, il existe aussi un système fédéral de garantie qui peut intervenir pour rembourser les adhérents d’une mutuelle défaillante. Pour les structures de livre III, il existe un fonds fédéral pour l’innovation - le fonds de développement des SSAM - qui pourrait être réorienté en cas de besoin pour soutenir une mutuelle. Nous travaillons actuellement sur cette possibilité.

AEF info : pour prévenir les crises futures, la FFA a récemment annoncé vouloir réfléchir à la mise en place d’un régime de catastrophe sanitaire. Qu’en pensez-vous ?

Thierry Beaudet : Aujourd’hui, nous n’avons pas encore ouvert de réflexion sur cette piste. Pour l’heure, nous souhaitons plutôt engager les discussions avec l’assurance maladie obligatoire pour essayer de voir ensemble ce qu’il est possible de faire pour aider nos soignants et nos établissements de santé à tenir le cap actuel. Cette crise montre à quel point notre système de santé est sous tension et doit être soutenu. C’est notre objectif prioritaire de mobilisation. Cela repose plus globalement la question du financement de notre système de santé. Cela fait des années, que ce système est très contraint, avec des Ondam hospitaliers inférieurs à l’Ondam général. On en mesure aujourd’hui les conséquences.

AEF info : A moyen terme, comment envisagez-vous la déclinaison de cette mobilisation du mouvement mutualiste en faveur du système de santé ?

Thierry Beaudet : Comme je le disais précédemment, notre priorité sera d’apporter un soutien aux professionnels de santé, très éprouvés sur tous les plans durant cette crise. Il va falloir investir massivement. À ce stade, plusieurs pistes possibles sont envisagées mais nous n’avons pas encore défini les modalités précises de ce soutien au système de santé.

Quant aux établissements de court séjour, ils sont actuellement amenés à déprogrammer leurs activités non urgentes pour pouvoir se tenir prêt à accueillir des malades du Covid-19. C’est le cas par exemple de l’Institut mutualiste Montsouris à Paris, ou de la clinique de Bellevue à Saint-Étienne. Du fait de cette réorganisation, les établissements ont perdu beaucoup de recettes issues normalement de la tarification T2A. Certains établissements vont avoir des problèmes financiers, de trésorerie notamment… Les autres professionnels de santé, notamment en ville, auront également besoin de nouveaux modes de soutien. Face à cette situation, si l’assurance maladie obligatoire compte intervenir, je pense que les complémentaires devraient également réfléchir aussi aux moyens d’intervenir financièrement pour soutenir ces établissements et ces professionnels de santé.

Ce dialogue avec l’assurance maladie nous permet également d’éviter un éparpillement des initiatives et de coordonner les efforts des mutuelles pour donner de la cohérence et de la puissance à l’ensemble du dispositif que nous mettrons en place. À l’instar de ce que nous déployons aujourd’hui pour maintenir une continuité des droits avec un socle commun de garanties pour nos adhérents et entreprises.

AEF info : A court terme, le confinement actuel de la population n’entraîne-t-il pas une diminution de la "consommation" de soins courants ? Et dans ce cas, à l’instar de ce qu’a récemment annoncé la Maif pour ses assurés auto, les "gains" ne pourraient-ils pas être basculés vers des diminutions de cotisations ou augmentation de garanties, notamment en prévoyance ?

Thierry Beaudet : Je vais commencer par prendre un autre exemple : au regard des enjeux actuels, l’assurance maladie a décidé de prendre entièrement en charge toutes les télé-consultations – en dérogeant à ses règles habituelles de prise en charge. À court terme, effectivement, cela réduit une partie de nos remboursements. C’est la raison pour laquelle, une fois la crise terminée, je considère qu’il ne serait pas illégitime que l’assurance maladie se tourne vers les complémentaires pour leur demander de prendre leur part.

Concernant sinon les "gains" que vous évoquez, j’aimerais juste rappeler que le secteur de la complémentaire santé ne fonctionne pas comme celui de l’assurance automobile. À ce stade, il y a effectivement à l’heure actuelle des champs – comme les consultations, le transport sanitaire, et surtout les remboursements dentaires et optiques - où nos remboursements sont minorés. Mais il est impossible de déterminer aujourd’hui si nous assisterons ou non à un report massif de soins à l’issue de la crise.

En outre, nous n’avons pas encore mesuré l’actuelle hausse des frais d’hospitalisations que les mutuelles prennent à leur charge. Avec la stratégie de massification des tests de dépistage du Covid-19, les remboursements liés (1) vont aussi – très probablement fortement augmenter, même si nous ne pouvons pas encore en mesurer l’impact aujourd’hui. Enfin, de manière générale, on sait que quand des soins sont reportés, la prise en charge ultérieure s’avère le plus souvent plus lourde et plus coûteuse. Nous ne savons donc pas tous les effets cumulés que va engendrer la crise actuelle, et donc les mutuelles santé se doivent de se montrer prudentes pour l’avenir.

AEF info : Lorsque l’heure sera venue de tirer un premier bilan de la crise actuelle, quelles leçons - éventuellement positives – pourront-elles être tirées d’après vous ?

Thierry Beaudet : J’ai déjà évoqué l’enjeu essentiel du financement et de l’organisation du système de santé. Mais, d’un point de vue plus sociétal, on voit aussi émerger ces dernières semaines un certain nombre de phénomènes porteurs d’espoirs. Malgré le confinement de la population et l’éloignement physique, on assiste ainsi à un renforcement des solidarités de proximité. C’est un signe qui entre en résonance avec l’idéal mutualiste. Je forme le vœu qu’après la crise, on ne perde pas cet effet positif et qu’on parvienne à entretenir ces solidarités chaudes. Les mutualistes y contribueront.

En considérant aussi les choses d’un point de vue de nos entreprises mutualistes, je constate aussi que la transition numérique à marche forcée a également eu des effets positifs. De nouveaux projets collaboratifs émergent spontanément entre collaborateurs se coordonnant à distance. J’aimerais que nos mutuelles parviennent à encourager encore plus cela après la crise.

AEF info : Au vu de l’effort budgétaire des pouvoirs publics pour soutenir l’économie dans les mois à venir, on peut s’inquiéter de l’avenir de certaines réformes programmées, notamment concernant la prise en charge de la dépendance. En 2011, cette réforme avait été ajournée du fait des conséquences de la crise de 2008. Le coronavirus aura-t-il raison de celle de 2020 d’après vous ?

Thierry Beaudet : Nous allons plaider pour que cette réforme ne soit pas sacrifiée sur l’autel de l’après crise. Pour l’heure, nous sommes tous logiquement concentrés sur la situation à l’hôpital et plus généralement dans les établissements. Mais nos mutuelles, pour être acteurs du domicile, savent à quel point ces prises en charge sont également incroyablement importantes. Je pense que la crise que nous traversons montre plus que jamais la nécessité qu’il y a à bien prendre soin des personnes vulnérables. Ce que nous vivons en ce moment dans les Ehpad au domicile des personnes âgées montre à quel point cette réforme ne peut plus attendre. Le Covid-19 rend sa nécessité plus forte que jamais.

(1) Le test de dépistage du Covid-19 a été rajouté à la nomenclature des actes biologiques par un arrêté du 7 mars 2020. Le tarif opposable est de 54 euros pour ce test, avec une prise en charge à 60 % par l’assurance maladie et à 40 % par l’organisme complémentaire santé.

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