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Exposition au Covid-19 : Amazon France sous pression, entre recours en justice et alertes de l’inspection du travail

Des recours en justice à Douai et Nanterre, des référés devant plusieurs conseils de prud’hommes, des mises en demeure des inspections du travail : les demandes se multiplient pour qu’Amazon renforce les mesures de protection de ses salariés face au coronavirus. "Au vu de la contagiosité du SARS-CoV-2, les mesures arrêtées doivent nécessairement être ambitieuses en pleine application des principes généraux de prévention prévus aux articles L4121-1 et suivants du Code du travail", préconise la Direccte de Bourgogne Franche-Comté, dans un courrier du 2 avril 2020 que s’est procuré AEF info.

Un préparateur de commande dans un centre logistique Amazon © Amazon.

Les inspections du travail mènent une "action concertée" en direction des six centres de distribution d’Amazon en France, à Saran (Loiret), Montélimar (Drôme), Sevrey (Saône-et-Loire), Lauwin-Planque (Nord), Boves (Somme) et Brétigny-sur-Orge (Essonne). Cette expression figure noir sur blanc dans un courrier envoyé le 3 avril 2020 par un inspecteur du travail de la Direccte d’Auvergne-Rhône-Alpes aux directeur, RRH et responsable sécurité du site de Montélimar.

"Nous sommes en train de répondre aux mises en demeure de l’inspection du travail en apportant les éclaircissements sur les mesures que nous avons prises et en renforçant le dispositif d’information et de contrôle auprès des salariés", indique une porte-parole de l’entreprise, jointe par AEF info le 6 avril 2020. Elle assure qu’Amazon a une "absolue volonté de faire en sorte que ces mesures garantissent le meilleur niveau de sécurité pour ses salariés".

"avis de danger grave et imminent"

Muriel Pénicaud avait déjà accentué la pression sur la multinationale américaine le 29 mars sur LCI. "Ils ont changé une partie [des règles] mais ça ne suffit pas, ils ne sont pas encore au bout et donc on ne lâche pas jusqu’à ce que ce soit les bonnes mesures pour protéger les salariés", expliquait alors la ministre du Travail.

Les inspections du travail se sont mobilisées après avoir été saisies par des "avis de danger grave et imminent" formulés par des organisations syndicales. La CGT, la CFDT et Solidaires dénoncent depuis le début de la crise sanitaire les risques pris par les salariés et demandent l’arrêt de la vente des biens de consommation non essentiels (lire sur AEF info).

Des mesures "insuffisantes" à Montélimar

Sur le site de Montélimar, "les règles de distanciation sociales préconisées pour lutter contre la propagation du COVID 19 et la contamination des salariés ne sont pas suffisantes ou suffisamment respectées à ce jour" et "la mise à disposition des produits de désinfection n’est pas suffisante", constate la Direccte Auvergne-Rhône-Alpes, dans un courrier daté du 3 avril 2020, dont AEF info s’est procuré une copie.

Après s’être rendu sur place le 19 mars et avoir pris connaissance de photos transmises par les représentants du personnel, l’inspecteur du travail identifie une série de "points critiques", notamment "lors des entrées et sorties du personnel à la prise de poste et en fin de vacation", "lors de l’accès aux vestiaires", "des passages aux lavabos et cabinets d’aisance", "de la prise de repas", "lors de la circulation dans les différentes allées", "lors des échanges ou d’informations aux postes". Les "opérations d’intégration des intérimaires" posent aussi problème.

De plus, "l’aération et la ventilation des locaux ne sont pas suffisantes". Les obligations de formation à la sécurité des salariés ne sont pas respectées" en raison d’une "insuffisance des consignes individuelles" et d’une "insuffisance des affichages de consignes au poste et dans l’ensemble des locaux". Il manque des "gels hydroalcooliques et autres solutions désinfectantes à proximité des postes de travail". Enfin, les mesures de prévention auprès des entreprises extérieures (sécurité, nettoyage, transport) ne sont pas suffisantes.

Des préconisations pour le site de Sevrey

"Si des mesures ont été prises par la direction d’Amazon, celles-ci demeurent insuffisantes dans certains secteurs", estime également la Direccte Bourgogne Franche Comté, dans un courrier du 2 avril 2020. "Au vu de la contagiosité du SARS-CoV-2, les mesures arrêtées doivent nécessairement être ambitieuses en pleine application des principes généraux de prévention prévus aux articles L4121-1 et suivants du Code du travail", avertit-elle. Et "en tout état de cause, un consensus doit être recherché avec les représentants du personnel."

Les constats sont les mêmes que sur le site de Montélimar, par exemple : "non-respect des mesures de distanciation sociale lors de l’arrivée d’une équipe", "absence de plan de circulation", "absence de signalétique pour informer les opérateurs du lieu de stockage des lingettes désinfectantes". Les inspecteurs du travail demandent à l’entreprise de prendre plusieurs mesures : "mise en place d’un point de désinfection pour les mains avant le tourniquet", "mise en place, en concertation avec le CSE, d’une périodicité précise du nettoyage du tourniquet", "arrêter, en concertation avec le CSE, une signalétique visant à respecter la distanciation sociale dans le hall", etc.

La réponse de l’entreprise

Jointe par AEF info lundi 6 avril, l’entreprise assure avoir musclé ses mesures de protection des salariés. "Nous avons renforcé le nettoyage de tous nos sites, mis en place une signalétique adaptée, distribué des masques, pris la température des salariés à l’entrée des sites, installé des mécanismes pour aider au changement des habitudes", détaille Amazon.

"Les bonnes pratiques évoluent : nous demandons maintenant aux salariés de respecter une distanciation sociale de deux mètres. Nous avons revu le marquage au sol, l’organisation des salles de pause, des bureaux et des réunions. Nous formons le personnel encadrant pour aider la mise en place des gestes barrières. Les mesures sont simples mais la difficulté est de changer les habitudes de travail", explique aussi la porte-parole de l’entreprise.

Le géant de la distribution assure aussi avoir "revu l’organisation de sa logistique" et concentrer ses livraisons sur des "produits prioritaires" : "hygiène, entretien, santé, vitamine C, thermomètres pour bébé, feutres pour enfants, cartouches d’encre, produits alimentaires…"

Les syndicats demandent la fermeture des sites

Les représentants syndicaux joints par AEF info disent leur scepticisme par rapport à la réalité et l’efficacité de ces mesures. "Il faut que cette comédie cesse : sauf à habiller les gens en cosmonautes, il n’est pas possible de les protéger correctement sur des sites où travaillent parfois plus de 500 personnes", estime Laurent Degousée, co-délégué de la fédération Sud Commerces. Ce responsable syndical va saisir le tribunal judiciaire de Nanterre le 7 avril pour lui demander "d’ordonner sous astreinte la fermeture des sites d’Amazon" et, à titre subsidiaire, de "limiter le volume des marchandises traitées à 10 %" - ce qui correspondrait au volume de biens "essentiels". Cela pour "limiter l’occupation du site à 10 % du personnel et donner aux mesures de sécurité prises par Amazon un effet et un sens".

La CFDT réclame aussi l’arrêt de l’activité dans les entrepôts. "Nous demandons aux salariés d’exercer leur droit de retrait tant que l’entreprise n’a pas fermé les sites et pris les mesures de chômage partiel qui s’imposent", affirme Julien Vincent, délégué syndical central CFDT. "Aujourd’hui, les ventes sont en chute libre : à partir de midi, la totalité des commandes est traitée sur chaque site", rapporte-t-il. Selon lui, 40 % des salariés seraient absents des sites, "10 % environ pour garde d’enfants et 30 % pour des motifs divers qui vont des congés payés au droit de retrait". Interrogée sur ce point, l’entreprise évoque un taux d’absentéisme global de l’ordre de 20 %.

"Mise en danger de la vie d’autrui"

L’union locale CGT de Douai a déposé fin mars une plainte pénale devant le parquet de Douai contre les dirigeants d’Amazon pour "mise en danger de la vie d’autrui" sur le site de Lauwin-Planque. "Les mesures de distanciation sociale ne sont pas respectées", justifie Maître Alain Cockenpot, le conseil du syndicat, joint par AEF info. "Le parquet de Douai a trois mois pour diligenter une enquête. La réponse ne sera pas pour demain mais il faudra dire le droit dans cette affaire. J’ai des vidéos et des photos qui montrent que le site grouille de monde. Je vais aussi recevoir un constat d’huissier établi à partir de questionnaires remplis à la sortie de l’usine : la quasi-totalité des salariés considère que la sécurité n’est pas assurée".

Fin mars, Solidaires Sud Commerces a également porté 11 dossiers en référé devant le conseil de prud’hommes de Nanterre. Objectif : faire reconnaître le droit de retrait de 7 salariés du site de Lauwin-Planque et 4 salariés du site de Saran, afin d’obtenir le paiement du salaire et des congés payés afférents, ainsi que des dommages et intérêts pour préjudice moral. La direction des ressources humaines d’Amazon France logistique a fait savoir à ces salariés, par lettre recommandée, que "toutes les mesures" sont prises pour leur "permettre de travailler en toute sécurité" et que dès lors ils n’ont "aucun motif légitime de [se] retirer d’une situation de travail".

La CGT et la CFDT ont également déposé des requêtes en référé devant le conseil de prud’hommes de Douai pour faire reconnaître le droit de retrait des salariés du site de Lauwin-Planque.

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Sylvain Marcelli, journaliste