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Home| Sécurité globale| Sécurité privée| Dépêche n°624840

"Les agents de sécurité privée sont laissés à l'abandon" face à la crise du Covid-19 (Florent Le coq, CGT)

"Rien n’est mis en place pour préserver la santé des agents de sécurité privée", déplore Florent Le coq, délégué CGT, dans une interview accordée à AEF info. Le responsable syndical regrette que les entreprises de sécurité privée n’arrivent pas à équiper leurs salariés en masques et produits désinfectants pour se protéger du Covid-19. "Nous sommes laissés à l’abandon", affirme-t-il, alors que l’encadrement intermédiaire des sociétés est en télétravail. Florent Le coq pointe également des "abus" en matière de droit du travail dans un contexte où les effectifs, de moins en moins nombreux, sont sursollicités pour sécuriser des bâtiments et les entrées de supermarchés. "Les agents répondent présent parce que c’est leur boulot, mais c’est comme ça qu’on va les achever." Il constate en outre qu'"aucune grande entreprise" n’a annoncé la mise en place d’une prime spéciale.

Florent Le coq, délégué syndical CGT de la branche prévention et sécurité Droits réservés - DR

AEF info : Dans quelles conditions travaillent les agents de sécurité privée, en pleine crise sanitaire du Covid-19 ?

Florent Le coq : Les agents de sécurité privée sont de plus en plus sollicités pour surveiller les biens et les personnes dans de nombreux domaines, que ce soit dans l'industrie ou dans les commerces alimentaires, alors qu'il y a de moins en moins d'effectifs. Certains sont malades, d’autres souhaitent exercer leur droit de retrait, d’autres encore doivent garder leurs enfants – car quand il faut décider qui reste à la maison dans un couple, vous choisissez celui qui a le plus bas salaire, ce qui est souvent notre cas.

Dans plusieurs lieux comme les gares, les agents de sécurité sont pratiquement les seuls à travailler, et peuvent être amenés à répondre aux demandes de plusieurs centaines de personnes par jour. À côté de cela, nous n’avons ni gels hydroalcooliques, ni gants, ni masques, ni consignes particulières (lire sur AEF info). On nous demande toujours plus de travail, alors que nous n’avons aucun moyen de nous protéger du virus. Rien n’est mis en place pour préserver la santé des salariés de la sécurité privée.

Nous avons demandé des marquages au sol, notamment dans les usines, les services de logistique, où l’activité n’a pas été réduite. Nous faisons des contrôles d’accès avec des systèmes de badges, impliquant un échange physique. Pour les nettoyer, on nous donne des lingettes… Vous imaginez, si on rend un badge mal lavé à un visiteur ou un chauffeur ? Lui aussi, il prend un risque et peut contaminer sa famille ensuite. Comme personne ne se préoccupe de la partie sécurité, personne ne se rend compte que les mesures d’hygiène et de préservation de la santé ne sont absolument pas remplies à ce niveau-là.

L’absence d’encadrement intermédiaire se ressent tout particulièrement (lire sur AEF info). Nous ne voyons plus du tout les responsables de nos entreprises, qui sont pour la plupart en télétravail. Certains ne répondent même pas aux mails ou aux appels des agents. Nous sommes laissés à l’abandon.

AEF info : Que se passe-t-il dans les lieux où les agents sont les plus exposés, comme les commerces alimentaires ?

Florent Le coq : La situation des supermarchés est particulière car au début du confinement, il a fallu engager des renforts pour réguler le nombre de personnes dans les magasins. Les agents étaient postés aux entrées, laissaient passer un certain nombre de personnes, et une fois qu’elles étaient sorties, en faisaient entrer d’autres et ainsi de suite, tout en s’assurant que les gens restaient assez éloignés les uns des autres.

Sauf qu’avec la réduction des effectifs, c’est de plus en plus compliqué. Les entreprises de sécurité privée sont dans l’incapacité de fournir le personnel nécessaire. Un agent m’a par exemple expliqué qu’il était à présent tout seul pour faire du filtrage à l’entrée du magasin, vérifier qu’il n’y ait pas plus de quatre personnes à chaque caisse, et continuer son boulot habituel d’agent de sécurité. Comment peut-il faire tout cela à la fois ?

AEF info : Se dirige-t-on vers une pénurie de main-d’œuvre ? (lire sur AEF info)

Florent Le coq : D'ordinaire, il y a 110 % de turnover dans la branche, et la majorité des contrats sont des CDD, des contrats courts (lire sur AEF info). Dans quelle mesure une entreprise de sécurité privée, qui a déjà des difficultés de recrutement en temps normal, va-t-elle pouvoir attirer du monde pour venir travailler une journée ou une semaine, pour un Smic, dans une période où les agents sont particulièrement exposés ? Qui sera prêt à répondre présent ?

Personne ne veut faire agent de sécurité aujourd’hui. Lors des sessions de recrutement, aucun candidat ne se déplace. Les entreprises sont obligées de faire avec leurs effectifs, qui sont déjà inférieurs aux besoins de leurs clients. Car il faut de plus en plus d’agents pour surveiller des entrepôts, des bureaux ou des usines temporairement fermés, ou pour renforcer les contrôles dans les magasins alimentaires. Donc oui, il manque du personnel et, à mon avis, il va en manquer de plus en plus.

AEF info : Dans quelle mesure les agents exercent-ils un droit de retrait ?

Florent Le coq :  La CGT encourage les agents de sécurité privée à utiliser le droit de retrait à partir du moment où ils ne disposent pas de protections. Nous avons remarqué que c’était le seul moyen de faire changer les choses. Dans ce cas, il y a généralement une prise de conscience du client, qui s’aperçoit que l’entreprise de sécurité privée n’est pas en capacité de répondre aux demandes des agents, et fait le nécessaire. Ce sont bien souvent les donneurs d’ordre qui fournissent des masques, des gels, des gants et qui mettent en place des marquages au sol pour que les visiteurs sachent où se positionner.

AEF info : Rencontrez-vous des difficultés de déplacement entre le domicile et le lieu de travail ?

Florent Le coq : Nous avons des problèmes avec les justificatifs de déplacement professionnel, dans la mesure où l’adresse de l’entreprise qui emploie le salarié correspond rarement au lieu où il travaille, mais ça commence à rentrer dans l’ordre. Par contre, les transports publics, qui sont beaucoup utilisés par les agents qui travaillent dans la distribution, ont été fortement réduits, en particulier tôt le matin et tard le soir. Et puis, comme nous avons des salaires extrêmement bas, nous avons des voitures de mauvaise qualité, qui tombent en panne, or beaucoup de garages sont fermés ou moins approvisionnés. Nous avons beau devoir continuer à travailler, si nous n’avons pas de moyens de locomotion, ça devient très compliqué.

AEF info : Quelles sont les demandes de la CGT ?

Florent Le coq : Le plus important, c’est de préserver la santé des salariés. Tout doit être mis en œuvre pour que les salariés soient protégés, qu’ils disposent d’un paquet de masques, de lingettes, de gants et de gels hydroalcooliques. C’est la moindre des choses. Il y a eu des tensions dans certaines entreprises de sécurité privée où les communications des employeurs étaient très maladroites. Des grands groupes ont utilisé un texte de l’OMS, qui soulignait que le plus important était de se laver les mains et de garder ses distances, pour dire qu’il n’était pas nécessaire d’avoir des gants et de masques. Or, quand vous êtes au contact tous les jours avec des gens qui sont peut-être malades, croyez-moi, vous voulez des masques et des gants ! Dans notre métier, nous avons aussi énormément de mal à avoir des lieux à disposition avec accès à de l’eau potable, des toilettes, des vestiaires. Si les agents de sécurité réclament des gants, c’est parce qu’ils savent qu’ils n’auront pas le temps ou la possibilité de se laver les mains régulièrement.

La CGT souhaite également que le chômage partiel soit utilisé de manière intelligente, et que le droit du travail soit respecté. La loi d’urgence sur le Covid-19 et les ordonnances qui en découlent viennent d’autoriser beaucoup de choses en matière de congés et de droit du travail (lire sur AEF info). Nous relevons déjà des abus, c’est une catastrophe. Comme la sécurité privée manque de personnels, les agents qui travaillent et qui sont déjà en situation difficile voient leur temps de repos diminuer. Certains n’ont plus que 9 heures de repos entre chaque service au lieu de 12 heures… Ils se fatiguent physiquement, et ont donc encore plus de probabilités de tomber malade. S’il existe des règles sur le temps de travail, c’est pour préserver la santé des salariés. Or, c’est au moment où leur santé est le plus en danger, où il faut qu’ils soient forts et vigoureux, qu’on va les tuer à la tâche ! Les agents répondent présent parce que c’est leur boulot, mais c’est comme ça qu’on va les achever.

AEF info : Les organisations patronales déplorent le manque de reconnaissance du gouvernement vis-à-vis de la sécurité privée. Est-ce un point de vue que vous partagez ?

Florent Le coq : Le gouvernement avait parlé d’une prime exceptionnelle pour les salariés qui continuent à travailler (lire sur AEF info). Même si, à la CGT, nous ne mettons absolument pas en avant cette prime de la mort, je constate qu’aucune grande entreprise de sécurité n’a annoncé sa mise en place…

Nous, ce que nous voulons, c’est que le métier d’agent de sécurité privée soit reconnu comme indispensable. Pas que dans la situation actuelle, qui est exceptionnelle, mais tous les jours. C’est uniquement quand il y a des actes de terrorisme ou une pandémie, comme en ce moment, que la société réalise que nous avons une utilité, alors que la sécurité est l’affaire du quotidien.

Nous sommes, comme vous l’avez sûrement vu dans les médias, la cible de bon nombre d’agressions depuis le début de l’épidémie. Les citoyens déboussolés par ce contexte inédit font des réserves de tout et de rien et sont prêts à se battre pour un paquet de couche ou des lames de rasoir. Même si la tension s’est un peu estompée, elle reste présente et il ne faudrait pas grand-chose pour revoir des scènes qu’on peut appeler de guérilla urbaine, comme des familles entières se battant au milieu des magasins.

"Les salariés paient le prix fort de cette crise sanitaire"

 

"Les salariés de la prévention sécurité paient le prix fort de cette crise sanitaire", déplore la fédération du commerce et des services de la CGT dans un communiqué publié samedi 28 mars 2020. Le syndicat annonce le décès de Joachim Yoro, salarié de Lancry protection sécurité, des suites du Covid-19. Salarié de l’entreprise depuis 2012, il travaillait dans la sécurité privée depuis 2010. "Les risques liés à l’exposition des salariés dans nos secteurs sont plus que réels", souligne la CGT. "Le patronat et le gouvernement restent sourds face à nos alertes." Un autre salarié du secteur, Alain Siekappen Kemayou, responsable de la sécurité du centre commercial O’Parinor à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et employé de Samsic, est décédé le week-end dernier du Covid-19 (lire sur AEF info).

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Marie Desrumaux, journaliste