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Home| Social / RH| Protection sociale| Dépêche n°624788

"Il nous faut tout faire pour préserver les comptes de résultats des entreprises" (A. Renaudin, AG2R La Mondiale)

Comment le groupe AG2R La Mondiale fonctionne-t-il pendant la pandémie ? Quels sont les impacts du Covid-19 sur ses activités et sur ses équilibres techniques ? Comment répond-il aux problématiques de ses clients ? "Nous ne sommes pas loin de l’activité normale d’un point de vue qualitatif, avec un bémol important, lié à la réception du courrier", explique le directeur général du groupe, André Renaudin, dans un entretien accordé à AEF info. Il estime qu’un "certain nombre d’annonces des pouvoirs publics vont avoir des incidences fortes" […] et que "tout cela va nécessairement peser sur les comptes des organismes d’assurance maladie complémentaire, à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros" pour AG2R La Mondiale. "Pour autant, nous avons décidé d’accorder systématiquement des délais de paiement aux entreprises en difficulté qui en font la demande", assure le directeur général.

André Renaudin, directeur général du groupe AG2R La Mondiale AG2R La Mondiale

AEF info : Comment vous êtes-vous organisés pour assurer la continuité de vos activités et gérer les impacts de la pandémie ?

André Renaudin : Nous avions élaboré il y a plusieurs années un plan de continuité d'activité pour le groupe, décliné pour chaque branche d’activité. Depuis fin février 2020, nous avons mis en place une veille renforcée, et depuis le 3 mars, bien en amont des mesures fortes de confinement, une cellule de crise se réunit chaque jour pour prendre en compte l’évolution de la situation et des consignes gouvernementales, faire un point complet de l’application du PCA, remonter les problèmes ou les questions, et adapter nos mesures dans un souci de prévention des risques et de continuité de service.

Nous nous appuyons aussi sur l’accord télétravail négocié il y a deux ans par Claire Silva, DRH, qui nous avait permis d’équiper une grande partie de nos équipes bien avant la crise et qui fonctionne bien. Lundi 16 mars, un jour avant le confinement, nous avons annoncé la fermeture de toutes nos agences commerciales et de nos espaces d’accueil et demandé à l’ensemble de nos collaborateurs de pratiquer le travail à distance. À vrai dire, nous avons eu besoin de deux jours de rodage pour élargir certaines plages horaires, généraliser certaines pratiques et étendre les capacités de connexion notamment.

AEF info : Quelle est la proportion de salariés en télétravail ?

André Renaudin : Nous dénombrons actuellement jusqu’à 6 000 connexions à distance en même temps, sur un total de 10 000 collaborateurs, et nous allons encore renforcer nos outils pour équiper davantage de personnes.

 

" Nous dénombrons actuellement jusqu’à 6 000 connexions à distance en même temps, sur un total de 10 000 collaborateurs. "

 

Nous avons parallèlement accordé près de 320 autorisations dérogatoires à certains de nos collaborateurs pour qu’ils puissent venir sur site, par exemple pour effectuer des opérations essentielles de maintenance, ou récupérer du matériel additionnel pour le télétravail. Environ 150 continuent s’y rendre régulièrement pour des missions nécessaires à la continuité d’activités qui exigent une présence.

Enfin, nous avons près de 2 000 collaborateurs dans notre réseau commercial, qui peuvent travailler en partie à distance, enrichir leurs fichiers, mais qui sont limités dans leurs missions de prospection commerciale. Pour ces réseaux de salariés commissionnés, nous mettrons en place des mesures de garantie salariale, si le confinement devait se prolonger sensiblement.

AEF Info : Envisagez-vous de déposer des demandes d’activités partielles pour certains salariés ? De privilégier des prises de congés anticipées ?

André Renaudin : Pour l’instant, nous n’avons déposé aucune demande d’accès au dispositif d’activité partielle. Concernant les congés et les RTT, nous n’avons pas encore évoqué la question. Nous attendons notamment les décisions qui seront prises par les pouvoirs publics sur la durée du confinement.

AEF Info : Quel est aujourd’hui votre volume d’activité ?

André Renaudin : Nous ne sommes pas loin de l’activité normale d’un point de vue qualitatif, avec un bémol important, lié à la réception du courrier. Nos quatre centres de gestion ont reçu près de 75 % de courriers en moins depuis le début du confinement. Il y a probablement du courrier en attente dans les centres de tri postaux, mais aussi des assurés qui ont reporté leurs envois. Il y aura certainement un effet de reprise après le confinement.

 

" Ce n’est pas facile de relayer toutes les consignes rapidement dans les centres de relations clientèle […] quand le cadre légal évolue aussi souvent. "

 

Notre PCA nous a aidés à prioriser rapidement les missions à assurer, et les directeurs et managers ont pu s’appuyer sur notre plan d’entreprise lancé en janvier 2020. Nous sommes pour partie tributaires des annonces du gouvernement, notamment en matière de prise en charge, ce qui nécessite un temps d’adaptation. Ce n’est pas facile de relayer toutes les consignes rapidement dans les centres de relations clientèle, très sollicités par les assurés, quand le cadre légal évolue aussi souvent.

AEF Info : Envisagez-vous une reconnaissance financière des efforts de vos personnels ?

André Renaudin : Nos salariés paient de leur personne. Ils aiment leur entreprise et donnent beaucoup pour qu’elle continue de tourner. Je leur en suis reconnaissant. Il faudra voir ensuite comment cette reconnaissance peut se traduire. Cela dépendra notamment de la durée du confinement.

AEF Info : Quels sont aujourd’hui vos principaux enjeux économiques et financiers ?

André Renaudin : Première priorité : apporter des réponses à nos assurés, clients et partenaires, qui sont parfois perdus, ne savent pas trop quels sont leurs droits. Deuxième priorité : payer les prestations et régler les fournisseurs. Heureusement, beaucoup de process ont été automatisés, notamment en ce qui concerne les retraites complémentaires. La troisième priorité est financière : nous devons veiller à notre trésorerie et à nos allocations d’actifs. Nous avons une trésorerie solide et beaucoup d’actifs liquides. Notre situation est saine, elle ne suscite aucune inquiétude. Nous n’avons pas de souci concernant nos placements, ni sur notre portefeuille immobilier ni même sur nos actions, car nous avions cédé des actifs l’an dernier et adopté des mesures de protection contre les aléas boursiers.

 

" Nous avons une trésorerie solide et beaucoup d’actifs liquides. "

 

Notre secteur s’interroge néanmoins sur les marges de solvabilité. Les simulations qui ont été effectuées démontrent une forte sensibilité du modèle "Solvabilité 2" à la volatilité des taux d’intérêt qui atteignent des sommets. Nous devons réfléchir à la manière de désensibiliser le modèle.

AEF info : C’est-à-dire ?

André Renaudin : Je pense qu’il faudrait revoir le modèle "Solvabilité 2" et les exigences qui l’accompagnent, car il serait impensable de devoir mettre un marché en faillite pour des questions de bilan prudentiel ou de reporting, alors qu’il est solvable. Il est notamment possible d’adopter des mesures transitoires ou provisoires. La question doit aussi être traitée au niveau européen. D’ores et déjà, la décision de l’ACPR d’accorder un délai supplémentaire aux organismes d’assurance pour adresser aux tutelles les documents de "reporting" prudentiel va dans le bon sens.

AEF Info : Quels peuvent être les impacts du Covid-19 sur vos équilibres techniques ?

 

" Un certain nombre d’annonces des pouvoirs publics vont avoir des incidences fortes, comme les autodéclarations d’arrêts de travail pour les personnes considérées comme les plus fragiles. "

 

André Renaudin : Un certain nombre d’annonces des pouvoirs publics vont avoir des incidences fortes, comme les autodéclarations d’arrêts de travail pour les personnes considérées comme les plus fragiles. C’est également le cas pour les problématiques relatives à l’assiette de cotisations et aux droits à prestations en cas d’activité partielle ; les textes sur le sujet ne sont pas toujours clairs.

Tout cela va nécessairement peser sur les comptes des organismes d’assurance maladie complémentaire, à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros en ce qui nous concerne. Les demandes de report de cotisations de certaines entreprises ou de certaines branches auront aussi un impact.

Pour autant, nous avons décidé d’accorder systématiquement des délais de paiement aux entreprises en difficulté qui en font la demande. C’est une préoccupation citoyenne autant que financière. Combien d’entreprises vont pouvoir résister ? Le chef de l’État a parlé de guerre, le Premier ministre d’économie de guerre. Quels seront les dommages de guerre, inévitables et probablement considérables, à la sortie de cette crise ? Il nous faut tout faire pour les limiter, pour préserver les comptes de résultats des entreprises.

AEF Info : Comment accompagnez-vous les branches sur les contrats collectifs en santé-prévoyance, pour faire face à la crise ? Avez-vous une approche branche par branche ? Avec des décisions d’exonération, comme celle prise par les organismes de la branche HCR ?

André Renaudin : La branche est le bon niveau de discussion, nous l’avons constaté à plusieurs reprises, notamment sur la pénibilité. C’est d’ailleurs une bonne idée de regrouper les branches pour plus d’efficacité. AG2R La Mondiale dépend par exemple de trois branches : Mutualité, Assurances et Institutions de retraite complémentaire. Nous espérons vivement un rapprochement.

S’agissant des demandes que nous adressent les branches pour alléger leurs coûts, elles portent sur des reports. Il n’y a pas, à ma connaissance, de demande d’exonération.

AEF Info : Si la situation se présente, quelles sont les aides envisageables ? Cela suppose que les comptes de la branche soient excédentaires, qu’il y ait un fonds social disponible ?

André Renaudin : Les pouvoirs publics ont mis en place des reports de cotisations, des facilités d’emprunt, mais aussi un fonds de solidarité, abondé par les assureurs et les régions : c’est le premier guichet pour aider les entreprises en difficulté. Chaque organisme de protection sociale peut ensuite être sollicité et examiner avec les interlocuteurs de la branche quelles ressources (réserves, fonds sociaux) pourraient être mobilisées. L’Agirc-Arrco mobilisera aussi son fonds d’action sociale et pourra accorder des délais de paiement.

AEF Info : Quelles sont les demandes des entreprises adressées à AG2R La Mondiale ?

André Renaudin : Ce sont avant tout des demandes extra-contractuelles, de prise en charge au-delà des clauses prévues, principalement sur les arrêts de travail et sur l’activité partielle. Nous sommes en train de recenser avec nos clients tous les cas de figure, qui augmentent au fur et à mesure des décisions prises par les pouvoirs publics.

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