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Géolocalisation, vidéosurveillance : des entreprises imaginent des solutions pour enrayer la propagation du Covid-19

Traçage des malades et reconstitution de leur parcours, reconnaissance faciale des contrevenants aux consignes de sécurité… Face à l’épidémie de Covid-19, certains pays n’ont pas hésité à déployer des technologies de sécurité au service de la santé publique. En France, plusieurs entreprises proposent également leurs services. Orange, Two-i ou encore Onhys mettent à disposition des pouvoirs publics des outils statistiques ou des logiciels. La crise sanitaire actuelle pourrait faire progresser l’adoption de ces solutions, mais continue d’alerter les plus rigoureux défenseurs des libertés.

L'entreprise Onhys modélise les risques de propagation du coronavirus selon une approche multi-factorielle. Droits réservés - DR - Onhys

Alors qu’un comité de chercheurs réfléchit à la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées par le Covid-19 (lire sur AEF info), plusieurs entreprises réfléchissent déjà à des solutions technologiques pour enrayer sa propagation. "Nous ne pouvons pas fabriquer de médicaments, ni de gels hydroalcooliques. Mais nous pouvons mettre à disposition nos logiciels. C’est notre pierre à l’édifice", déclare Julien Trombini, cofondateur de la société Two-i, qui édite des solutions pour les "safe & smart cities", à AEF info.

Pour faire face à l’épidémie, Two-i propose l’ensemble de ses technologies d’analyse de vidéosurveillance gratuitement à tous les organismes d’État. L’entreprise de 23 salariés installée à Metz s’était déjà fait connaître pour avoir testé la reconnaissance d’émotions au stade Saint-Symphorien de Metz et dans le tramway à Nice.

"Il n’est pas question de répression"

Mais ici, il n’est pas question de répression, assure Jérémie Caron, directeur général de M2M Factory, une entreprise d’intégrateur de systèmes associée à l’initiative : "Impossible de rajouter d’autres applications dans notre solution, notre produit est bridé. Nous nous sommes tenus au respect des consignes de sécurité propres à la lutte contre le coronavirus." Pas de traitement de données personnelles à craindre non plus, le logiciel floute les personnes et ne fait aucun enregistrement. "Uniquement de la remontée d’informations et de l’aide à la décision", affirme à AEF info le directeur général, qui compte habituellement des services de police ou des communes parmi sa clientèle.

Leur outil d’analyse vidéo permet d’envoyer des notifications en temps réel associées à des comportements ciblés. Il fournit également des statistiques et offre une visualisation en trois dimensions d’un espace. "Un hôpital peut l’utiliser pour analyser les distances de sécurité dans les salles d’attente ou pour les files à l’extérieur", précise Julien Trombini, qui poursuit : "S’il y a trop de monde, ou que les patients ne respectent pas les distances de sécurité, une notification arrive et peut amener un décideur à envoyer quelqu’un stopper ou gérer le flux de personnes."

Des technologies qui "posent question"

Un geste solidaire pour eux, une manœuvre intéressée pour d’autres. "La crise va servir à légitimer les technologies sécuritaires", s’inquiète Martin Drago, chargé d’analyses juridiques et politiques à La Quadrature du Net, association de défense des libertés. "Les carences observées sur les dépistages ou la pénurie de masques ne peuvent pas se rattraper par un déploiement abusif de gadgets", critique le juriste, sceptique sur l’efficacité de ces dispositifs appliqués à des caméras sur la voie publique quand les rues se vident. "Et après ? L’installation et la pérennisation de ces technologies pose question", alerte-t-il. L’association est déjà sur le qui-vive sur une éventuelle utilisation des données de géolocalisation des Français.

Car l’opérateur de téléphonie Orange travaille avec des chercheurs de l’Inserm pour fournir gratuitement des jeux de statistiques aux pouvoirs publics pendant la pandémie. Ces jeux de données s’appuieraient effectivement sur la localisation des utilisateurs de l’opérateur. "Nous prenons à intervalle régulier un relevé du nombre de personnes raccordées à une station de base de notre réseau cellulaire", explique à AEF info Nicolas Demassieux, directeur de la recherche à Orange. Son équipe reprend le découpage territorial de l’Insee et peut évaluer la démographie d’une zone.

Des statistiques utiles à plus d’un titre

Avec ses 22 millions de clients, ses utilisateurs temporaires – des clients d’autres opérateurs qui utilisent ponctuellement les infrastructures Orange — et du redressement statistique, l’opérateur peut extrapoler ses données à l’ensemble de la population de manière fiable. L’équipe de chercheurs peut également évaluer le nombre d’étrangers sur le territoire, "une donnée essentielle pour l’épidémie en cours", rapporte le directeur de recherches. L’entreprise se défend cependant de tout traçage individuel. Leurs données se présentent sous la forme d’une liste avec un numéro de commune, sa population à un instant "t" et ses variations. "Rien de révolutionnaire, nous utilisons des outils déjà existants pour les adapter aux nouveaux besoins", souligne Nicolas Demassieux.

À l’origine simple service commercial, pour évaluer la fréquentation d’un événement par exemple, ces statistiques peuvent répondre à plusieurs besoins. "S’assurer du bon respect du confinement, suivre les mouvements de population et savoir où ils s’installent", énumère l’ingénieur de formation, avant de donner un exemple : "Nous pouvons alerter une préfecture ou un hôpital quand il y a une forte augmentation de la population sur son territoire, et les aider à agir en conséquence." Déjà testée avec succès par la préfecture du Calvados et dans un hôpital en Bourgogne-Franche-Comté, la solution devrait être opérationnelle avant la fin de la semaine.

Simulation de la propagation

Le labo d’Orange travaille également depuis deux ans avec l’équipe de Vittoria Colizza, directrice de recherches à l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique. "Nous travaillons sur des modèles épidémiologiques de l’Inserm, développé à partir des données de propagation et de mobilités des personnes pendant l’épidémie due au virus Ebola en Afrique", rapporte Nicolas Demassieux. Grâce à ces modèles, les hôpitaux pourraient avoir des estimations du nombre de nouveaux cas et se préparer en conséquence.

Onhys, société spécialisée dans la simulation de flux piétons, propose un service similaire à plus petite échelle. "Un modèle spécifique au coronavirus développé en urgence", annonce Julien Piacentino, business developer de l’entreprise (lire sur AEF info). Le logiciel fonctionne via le processus "Building information modeling", très utilisé dans la construction, qui permet une modélisation en trois dimensions des espaces et le regroupement d’un grand nombre d’informations.

"Dans cette simulation, nous intégrons trois mécanismes de contamination : les transmissions directes entre personnes avec un regard sur les distances et le temps passé à proximité d’une personne atteinte ; la transmission indirecte, via les objets et les surfaces ; et l’intégration des bons comportements, des gestes barrières", détaille méthodiquement Julien Piacentino.

Un logiciel paramétrable et évolutif

Tous ces paramètres peuvent être ajustés et mis à jour. "Nous réalisons une veille sur les sites officiels pour récupérer un maximum d’informations. Par exemple la survivance du virus sur différents types de matière, une vitre, un sol en béton, la poignée de porte…", détaille le représentant d’Onhys. Le logiciel se destine aux hôpitaux, à la sécurité civile, aux chaînes d’approvisionnement ou encore aux supermarchés.

"Dans n’importe quelle structure, ça peut aider à définir comment distribuer les flux pour éviter le croisement de deux populations différentes, ou à définir un processus de nettoyage en fonction du taux de passage dans un cheminement", explicite Julien Piacentino. Et de préciser : "Le modèle sera gratuit, en revanche la mobilisation de notre équipe pour l’installation et la formation à distance restera payante. Mais nous ferons un effort considérable, nous couvrirons simplement nos frais."

Surtout, le "business developer" voit plus loin. "La France va peut-être plus souvent devoir se confronter à ce genre de crises. L’idée, c’est de répliquer la solution, l’adapter, et être davantage dans la planification plutôt que dans la réaction à l’avenir", déclare-t-il.

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Romain Haillard, journaliste