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Continuité pédagogique : "Il est possible de penser des formes scolaires différentes" (Michel Reverchon-Billot, Cned)

Avec l’effort de "continuité pédagogique" engagé face à l’épidémie de Covid-19 et au confinement généralisé, "la dimension académique du Cned a pris tout son sens", constate le 24 mars 2020 pour AEF info son directeur général Michel Reverchon-Billot. Avec 600 000 connexions uniques par jour sans panne majeure, le service proposé en urgence par le Cned "montre a minima qu’il est possible de penser des formes scolaires différentes". Par ailleurs, le recours massif au télétravail laisse penser une évolution à venir qui nécessitera le développement de compétences liées à l’enseignement à distance.

Michel Reverchon-Billot, directeur général du Cned CNED

AEF info : Après une semaine de mise en service de "Ma classe à la maison", quel est le bilan ?

Michel Reverchon-Billot : Nous n’avons à déplorer aucune rupture de service sur la partie plateforme du parcours élève comme pour la classe virtuelle (lire sur AEF info). Le trafic internet représente 600 000 visiteurs uniques par jour, contre 10 000 en temps normal. Nous avons aussi nos 240 000 inscrits en parallèle qui accèdent à un enseignement à distance complet sur le long terme, que ce soit pour la partie scolaire ou sur la formation continue des adultes, avec des services d’accompagnement actifs en mode synchrone et asynchrone, des systèmes de correction de copie, etc.

"Ma classe à la maison" enregistre plus de 2,1 millions d’inscriptions, dont 1,7 million de la part de familles qui peuvent donc connecter plusieurs enfants sur un même compte. Le service peut être utilisé en lui-même ou comme complément à l’action des enseignants. À la différence d’un site de ressources nous proposons des tests de positionnement qui donnent lieu systématiquement à trois parcours possibles, avec un accompagnement automatisé. La plateforme a été enrichie par des services comme Jules [pour l’aide aux devoirs, lire sur AEF info] qui a suscité 31 000 inscriptions en plus entre le 1er et le 19 mars, "English for schools", "Deutsch für Schulen", etc. La dimension académique du Cned a pris tout son sens, nous ne sommes plus à côté de l’école mais avec l’école.

AEF info : Le service sera-t-il enrichi ?

Michel Reverchon-Billot : Sur les contenus nous sommes actuellement sur un format pensé pour quatre semaines de continuité pédagogique. Mais si le gouvernement décidait une prolongation du confinement nous avons anticipé pour nous mettre en ordre de marche.

Depuis un peu plus de trois ans, le Cned dispose d’une chaîne éditoriale numérique permettant de fabriquer des parcours de formation avec des "granules" de formation les moins contextualisées possible, pour les extraire et les recontextualiser. Avec ces granules, il est par exemple possible d’éviter des renvois à un chapitre précédent que n’aurait pas suivi l’élève. Cette plateforme a été montée en quatre semaines, les équipes se sont mobilisées et ont montré la capacité du Cned à anticiper. Nous avions commencé à réfléchir, avant le Covid-19, à une plateforme activable en 24 heures pour un service de substitution face à des situations de crise, l’idée étant d’avoir quatre semaines ce qui laisse du temps pour que les équipes éducatives s’organisent.

 

"L’enseignement à distance ouvre des pistes de réflexion, en termes d’apprentissage mais aussi de recréation du lien social."

 

AEF info : Proposez-vous un accompagnement aux enseignants ?

Michel Reverchon-Billot : Il était important d’adjoindre à la plateforme la possibilité pour les enseignants de garder un lien pédagogique et social avec les élèves. Aujourd’hui 125 000 classes virtuelles ont été créées. Un guide technique simple est proposé, et surtout un guide pédagogique que nous allons enrichir pour expliquer qu’enseigner à distance n’est pas enseigner en présence, que les signaux faibles du décrochage ne sont pas les mêmes. Nous aurons des retours d’usages dans les semaines qui viennent, une enquête de satisfaction vient d’être lancée.

Ensuite, il existe une hotline au niveau ministériel avec la Dgesco pour les aspects pédagogiques, le Cned a une plateforme spécifique de réponse par mail aux questions techniques. Nous avons ainsi traité 27 000 mails la semaine dernière ! L’accompagnement spécifique des enseignants se fait selon un fonctionnement entre le national et l’équipe du Cned dédiée à "Ma classe à la maison", sans oublier les Dane avec lesquels nous travaillons beaucoup et qui proposent des tutoriels en local.

AEF info : Percevez-vous d’ores et déjà des changements d’attitude vis-à-vis de l’enseignement à distance ?

Michel Reverchon-Billot : On commence à voir les choses évoluer, avec une compréhension que la formation au numérique doit être en permanence actualisée, maintenue. Cela nécessite beaucoup d’engagement, et un grand nombre de personnels qui y concourent que ce soit au ministère ou dans les académies. Nous avions du mal à expliquer que l’enseignement à distance est un enseignement de pleine dignité, on le montre aujourd’hui a minima puisque le dispositif "Ma classe à la maison" n’est pas l’orthodoxie du distanciel, c’est une forme simplifiée.

Il est possible de penser des formes scolaires différentes et d’envisager l’hybridation avec des temps en présence, à distance, en autoformation, avec l’utilisation des médias télé et radio. Il s’agit aussi d’un enjeu écologique. Ne peut-on par exemple imaginer des aménagements aux déplacements d’élèves en car dans les territoires isolés avec par exemple avec des lieux de proximité en jouant sur l’intergénérationnel ? L’enseignement à distance ouvre des pistes de réflexion, en termes d’apprentissage mais aussi de recréation du lien social.

AEF info : Une meilleure reconnaissance de l’enseignement à distance ouvrirait donc de nouveaux horizons ?

Michel Reverchon-Billot : Nous n’en sommes qu’au début de la réflexion autour de l’innovation. Au Cned, nous réfléchissons à des dispositifs d’intelligence artificielle mettant en avant l’empreinte mémorielle pour oublier moins vite (lire sur AEF info), à des outils de travail à l’oral, à un apprentissage des langues mobilisant la reconnaissance vocale, etc. L’enseignement à distance porte sur des compétences disciplinaires qui sont travaillées, des compétences numériques très sollicitées, mais aussi sur des softskills parfois négligées.

Ces capacités extraordinaires d’organisation, d’autonomie, prennent une autre dimension alors que le développement du télétravail explose. Si nous voulons un télétravail de qualité, il faut précisément développer ces softskills qu’apporte l’enseignement à distance. Et puis l’innovation se fait au niveau des pratiques de terrain. Les enseignants se sont énormément mobilisés en l’espace d’une semaine, pour inventer des solutions parfois originales et pour produire des contenus. Il y a de véritables graines d’innovation, et je dis chapeau à l’ensemble des enseignants.

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Cyril Duchamp, journaliste