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Coronavirus : dans les agences bancaires restées ouvertes, les salariés dans l’incertitude face au risque sanitaire

Elles sont considérées comme des opérateurs d’importance vitale. Les banques, tout comme d’autres entreprises exerçant une activité essentielle, restent ouvertes malgré les mesures de confinement annoncées par le président de la République le 16 mars 2020 face à la propagation du coronavirus (lire sur AEF info). Si les salariés des agences bancaires tentent de répondre au mieux aux demandes des clients, tout en préservant leur sécurité face au risque de contamination par contact physique, le manque de matériel et de mesures d’organisation du travail efficaces complique leur tâche.

Les banques font partie des commerces dits essentiels et restent ouvertes malgré la propagation de l'épidémie de Coronavirus et le confinement imposé aux Français © André Tudela – Le Groupe La Poste

Les agences bancaires restent ouvertes à la clientèle, tout comme les autres commerces essentiels à la vie quotidienne, malgré le confinement de la population annoncé par le président de la République lundi 16 mars 2020. Exposés au contact physique avec certains clients, à la manipulation d’argent liquide ou encore à la promiscuité dans les transports publics pour rejoindre leur travail, les personnels des agences bancaires se retrouvent exposés à un risque de contamination par le coronavirus.

Prises en tenaille entre l’obligation de rendre un service minimum à leurs clients, le risque de perdre leur agrément si elles ne délivrent pas ce service et la nécessité de veiller à la santé et à la sécurité des salariés exposés, les banques essaient de s’adapter au jour le jour avec les moyens possibles et surtout disponibles, malgré les inquiétudes persistantes sur les conditions de travail des salariés.

Le 17 mars en fin d’après-midi, la fédération bancaire française indiquait que les banques mettaient en œuvre un plan économique d’urgence. Dans ce communiqué, la fédération appelle les clients à "limiter le plus possible leurs déplacements" et les invite "à privilégier les contacts avec leur conseiller par téléphone ou via les plateformes dédiées". En effet, "au quotidien, l’essentiel des opérations bancaires peut être accompli à distance ou via les automates", indique la FBF.

Néanmoins, "sauf cas de force majeure, les agences bancaires resteront ouvertes au maximum et les collaborateurs répondront à leur mission de services essentiels", assure la fédération patronale. "Les amplitudes horaires seront adaptées le cas échéant pour assurer le service. Enfin, l’alimentation des réseaux de [distributeurs] est assurée. Les infrastructures de moyens de paiements sont totalement opérationnelles."

LES CONDITIONS DE TRAVAIL POSENT QUESTION

Malgré ces recommandations et informations, "la situation nous paraît floue", explique à AEF info Luc Mathieu, secrétaire général CFDT Banques et Assurances, qui a récemment rédigé un courrier à l’attention de l’AFB demandant un positionnement commun sur les règles applicables aux collaborateurs dans les entreprises relevant du secteur, au vu de la disparité des pratiques actuelles. "Selon les entreprises, l’approche est différente et nous ne disposons pas d’engagements collectifs. Nous avons échangé avec l’AFB sur le sujet, mais nous n’avons pas encore de réponse à notre courrier", regrette le syndicaliste.

Dans un communiqué du 15 mars dernier, le SNB CFE-CGC avait également souligné l’importance de veiller à la santé et aux conditions de travail des salariés des banques, demandant notamment à ce qu’un équipement en masques soit obligatoire en cas de contact avec la clientèle. Le syndicat réclame aussi la mise en place de cellules de crise dans les entreprises, la désinfection des locaux dans les agences ou encore le report de tout rendez-vous commercial.

DES MESURES DE SÉCURITÉ INSUFFISANTES

Selon Luc Mathieu, en tout cas, les mesures prises pour protéger les salariés dans les agences des groupes bancaires ne sont pas suffisantes, voire inexistantes. Si certaines ont décidé de n’ouvrir que sur rendez-vous à l’image de la Banque Populaire, ou tout simplement d’annuler les rendez-vous physiques comme le Crédit Mutuel de Bretagne, dans certaines agences bancaires ouvertes, "les entreprises se cantonnent au lavage de mains et au respect de l’éloignement physique", confie Luc Mathieu. Pas de gants, ni de masques (réquisitionnés pour le personnel médical), parfois même pas de gel hydroalcoolique pour ceux qui sont en contact direct avec la clientèle selon lui. Certains salariés discuteraient même du fait de faire valoir leur droit de retrait.

Une description assez éloignée des informations diffusées par les banques elles-mêmes. À la BNP par exemple, l’entreprise assure avoir mis en place de nombreuses mesures. "Nous nous organisons afin de servir au mieux nos clients et mettre en place des procédures d’hygiène et de sécurité pour tous les collaborateurs et leurs proches. Nous suivons l’activité en continu et à partir des informations et consignes émises par les autorités sanitaires, nous avons mis en place des règles de précaution pour nos collaborateurs", assure-t-on du côté de l’activité de la banque de détail.

Dès le mardi 17 mars en France, la banque dit avoir renforcé les règles de prévention à respecter, notamment pour les personnes en contact avec le public. Limitation des rendez-vous à ceux indispensables, appel des clients pour réaliser des rendez-vous à distance, distanciation sociale d’au moins 1 mètre pour les réunions et rendez-vous en physique indispensables, régulation des flux à l’entrée de l’agence pour qu’il n’y ait qu’un client par conseiller disponible ou encore protection particulière des personnes à l’accueil des clients en présentiel (avec mise en place d’une signalétique) sont prévus. Des masques et des gants auraient été distribués aux salariés maniant des espèces, ainsi qu’à ceux utilisant les transports en commun pour se rendre sur leur lieu de travail, à hauteur d’un par trajet.

UNE COORDINATION AVEC LE MINISTÈRE DE L’ÉCONOMIE

Malgré l’incertitude, entreprises, syndicats et gouvernement se coordonnent, même si cela revient pour l’instant à mettre en place des mesures de manière très progressive. "Lundi, nous avons eu un coup de panique dans les agences, car rien n’était prêt. Nous ne disposions pas de gel, de gants ni de masques", explique Frédéric Guyonnet, président national du SNB CFE-CGC. "Nous faisons un point quotidien avec l’ensemble des banques en France tôt le matin et avec la fédération qui répond à nos questions très rapidement. La délégation patronale est également en lien avec les équipes du ministre de l’Économie Bruno Le Maire", poursuit le syndicaliste.

Quant au matériel, pour le moment, "le gouvernement se débrouille pour nous fournir", malgré des stocks limités, explique-t-il. Pour les masques, il n’y en a simplement pas, car ils sont réservés au personnel soignant. Le problème provient également du comportement des clients, qui se "rendent dans les agences pour procéder à des opérations non essentielles", comme des virements qui peuvent être faits en ligne, constate-t-il.

ADAPTER LES CONDITIONS DE TRAVAIL

Le syndicat a aujourd’hui formulé deux demandes à la FBF lors du point matinal effectué le 17 mars. "Nous souhaitons tout d’abord pouvoir fermer les grilles ou portes vitrées qui se situent dans les agences entre les espaces libre-service et les bureaux des conseillers. Les clients pourront ainsi sonner s’ils ont vraiment besoin d’un service essentiel. Certaines banques le font déjà. La deuxième demande concerne les sites centraux qui s’occupent de la gestion des flux dans les banques, où le télétravail n’est pas possible. C’est là que l’on s’occupe notamment de la continuité des virements et des opérations. Sans cela, les Français ne recevraient pas par exemple leur salaire sur leurs comptes. Les gens y travaillent côte à côte, sans respecter les consignes d’éloignement et se plaignent. Ce qu’il faut faire, c’est réaliser une cartographie des métiers essentiels afin de renvoyer le reste du personnel chez soi et ne déployer que le nécessaire", indique Frédéric Guyonnet. D’autres métiers ne peuvent pas non plus être faits en télétravail, comme la comptabilité, trop sécurisée et sans moyens techniques pour que cela fonctionne à distance.

En parallèle, mercredi 18 mars 2020, la CFTC Banques souligne encore dans un communiqué le "peu de communication vers les salariés au contact quotidien avec le public, qui poursuivent leur activité malgré le risque sanitaire encouru" et demande la fermeture d'"un maximum d’agences pour préserver un maximum [des] collègues exposés sans protection aucune au coronavirus", face à l’afflux de clients faisant la queue devant les agences. La FFB, contactée par AEF info le 17 mars 2020, maintient son positionnement renvoyant la mise en place de mesures de sécurité à chaque groupe bancaire, son rôle se limitant à des recommandations.

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Evelyne Orman, journaliste