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Face au coronavirus, les entreprises tentent de s'adapter pour protéger les salariés

La crise sanitaire liée à l’épidémie mondiale de coronavirus met les entreprises à rude épreuve. À mesure que les gouvernements annoncent de nouvelles mesures de lutte contre la propagation du virus, elles s’efforcent d’adapter leur organisation, pour protéger leurs salariés et limiter les pertes. Télétravail, équipes alternantes, mesures d’isolement ou de distanciation sociale : passage en revue de quelques dispositions prises par les entreprises pour faire face à la situation.

De nombreuses entreprises déploient largement le télétravail pour limiter les interactions entre les personnes © Jelena - Fotolia

Mesures d’isolement et de quarantaine

PSA a défini trois niveaux d’alerte, déclenchés par la cellule de crise mise en place pour faire face à la crise du coronavirus, composée notamment de l’équipe dirigeante, du directeur de la santé de la sécurité et des conditions de travail et de référents par domaine d’activité :

  • le niveau A s’applique si des cas sont repérés dans le pays,
  • le niveau B est mis en œuvre s’il existe un cas suspect sur un site,
  • le niveau C est déclenché si un cas est confirmé sur un site.

Dans ce cas, le constructeur automobile prévoit une mesure d’isolement de 14 jours pour les personnes ayant été en contact avec le salarié contaminé, un suivi de santé spécifique pour les personnes partageant le même environnement de travail.

Organisation du travail

Chez Renault, la direction générale a décidé de mettre en place des mesures visant à aménager l’organisation du travail en France. En particulier, le recours au télétravail est recommandé au maximum pour tous les collaborateurs quand leur activité le permet, et devient obligatoire pour toute personne considérée comme "fragile". Le constructeur avait signé fin 2019 un accord sur le télétravail permettant aux salariés de pouvoir avoir recours à ce mode de travail. Le texte prévoyait déjà une clause permettant aux salariés de demander à faire du télétravail dans des cas exceptionnels tels que la venue d’une pandémie.

Le constructeur automobile adapte également ses moyens de production aux mesures prises par les gouvernements. Ainsi, pour faire face à l’absentéisme prévisionnel sur les sites industriels, les usines du groupe travaillent selon différentes organisations de travail pour assurer la continuité des activités tout en garantissant la sécurité des collaborateurs.

Ces mesures, applicables dès le 16 mars et jusqu’à nouvel ordre au niveau global, seront adaptées par les pays selon la situation et la réglementation locale, explique l’entreprise.

À la Fnac, le plan de continuité d’activité, destiné à "permettre à chacun de se protéger et d’adopter une posture citoyenne", prévoyait depuis le vendredi 13 mars 2020 de nouvelles mesures, essentiellement axées sur l’organisation du télétravail. Objectif : limiter la présence physique sur les différents sites du siège à 50 % pour réduire les contacts entre salariés, et ce, dès le lundi 16 mars 2020. Sur les postes le permettant, cette forme de télétravail devait être mise en place, chaque directeur ayant été chargé au préalable d’analyser les possibilités de son équipe pour mettre en place une organisation optimisée. Les roulements entre équipes sur site et en télétravail devaient s’organiser chaque semaine. Mais les nouvelles annonces du Premier ministre, samedi 14 mars 2020, ont probablement changé la donne, les commerces non indispensables étant désormais fermés. Le recours à l’activité partielle serait désormais envisagé par la direction.

"Distanciation sociale"

Engie a décidé de suspendre une partie de ses activités. Pour celles qui sont maintenues, une réorganisation des équipes a été mise en place, avec une rotation visant à assurer la continuité de service, tout en permettant aux équipes de ne pas se croiser.

"Afin de préserver les équipes exerçant des missions essentielles dans la perspective d’une crise durable", GrDF a mis en place différentes mesures de prévention, dont des "mesures de séparation des équipes (télétravail pour les salariés dont l’activité le permet, prise de travail à domicile ou sur site, scission des sites, en commençant par ceux au service des activités essentielles : plateforme de réception des appels Urgence Sécurité Gaz, bureaux d’exploitation du réseau de distribution, agences d’intervention…)". Des "modes opératoires d’intervention au contact de clients dont la présence est obligatoire" ont été prévus, comme un appel préalable invitant le client à indiquer la présence d’une personne en isolement ou contaminée pour anticiper le besoin de précautions, distance de sécurité… ; restriction aux opérations d’urgence notamment par

PSA organise également une "compartimentation des tâches" pour pouvoir réduire la taille des équipes afin de limiter les contacts entre salariés.

Dekra, spécialiste de l’inspection, de la certification, et de la gestion des sinistres de l’automobile, du transport et de l’industrie, a demandé à ses salariés de rester confinés chez eux lundi 16 et mardi 17 mars, "afin de réorganiser un plan de continuité pour les collaborateurs et pour les clients". Dans un courrier envoyé à tous les salariés, Sophie Dominjon, la présidente de Dekra France (près de 6 000 salariés), leur demande de déterminer avec leur manager "les urgences et priorités business, ce qui peut être reporté, délégué et ce qui doit être traité rapidement" à partir de mercredi 18 mars. Et également "de discuter de la meilleure solution à adopter quant au rythme de travail dans les prochains jours, voire semaines", afin de les aider à "maintenir un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle". Le courriel détaille toute une série de mesures préventives à partir de mercredi 18 mars (limitation des visites en agence, organisation de réunions à distance, restriction des déplacements non essentiels, communication à tenir auprès des clients…).

Réduction d’activité et fermeture de sites

Engie a décidé d’interrompre sur le terrain toute activité dite non essentielle. Les travaux de maintenance notamment ont été suspendus. De même, GrDF, filiale d’Engie chargée de l’entretien, de la maintenance et de l’exploitation du réseau de gaz, précise qu’un dispositif de crise nationale a été mis en place dès le 29 février 2020. "Un report des interventions ne présentant pas de caractère d’urgence, hors intervention de la chaîne de sécurité gaz (interventions d’urgence gaz et dépannages, conduite et exploitation du réseau…) et mise et remise en service des clients" a été décidé.

De son côté PSA annonce que différentes usines situées en Europe seront mises à l’arrêt selon un planning défini, "du fait de l’accélération constatée ces derniers jours de cas graves de Covid-19 proches de certains sites de production, des ruptures d’approvisionnement de fournisseurs majeurs, ainsi que de la baisse brutale des marchés automobiles".

Les sites de Madrid (Espagne) et Mulhouse (France) seront ainsi fermés dès le 16 mars, suivis par Poissy, Rennes, Sochaux (France), Saragosse (Espagne), Eisenach, Rüsselsheim Allemagne), Ellesmere Port (Royaume-Uni), et Gliwice (Pologne) le 17 mars. Le lendemain, ce sera au tour de Hordain (France), Vigo (Espagne), et Mangualde (Portugal) d’arrêter leur activité. Luton (Royaume-Uni) et Trnava (Slovaquie) seront quant à elles mises à l’arrêt le 19 mars 2020. Dans un communiqué, la CFDT, qui dit avoir interpellé la direction pour demander ces fermetures en France, salue une "sage décision". "La CFDT est consciente des conséquences économiques d’une telle décision. Les salariés ont toujours accepté de faire des efforts face aux diverses crises mais aujourd’hui, la santé des salariés et de leurs proches est une priorité", explique le syndicat. 

Le 17 mars 2020, Renault annonce à son tour la fermeture des ses activités de production sur ses sites français jusqu'à nouvel ordre. Des suspensions d’activités industrielles qui concernent 12 sites et 18 000 salariés en France, précise le constructeur dans un communiqué, expliquant que la continuité des activités de production des usines du groupe dans les autres pays européens est fonction de la situation de chaque pays. Le groupe Renault "prévoit de redémarrer l’activité de production dès que les conditions le permettront et mettra en œuvre les mesures appropriées pour répondre efficacement à la demande commerciale", indique le communiqué.

Face à l’ampleur de la baisse d’activité liée à la crise du Covid-19, la direction d’Air France a quant à elle présenté, le 16 mars 2020 lors d’une réunion extraordinaire du CSE central, le principe du recours à l’activité partielle. Air France demandera auprès des pouvoirs publics une autorisation de recours à ce dispositif pour l’ensemble de ses salariés pour une durée maximum de six mois. "La mise en œuvre du dispositif devrait démarrer dès le lundi 23 mars, a priori sur un taux de 80 %, selon des calendriers et des taux de recours à l’activité partielle qui seront présentés aux CSE d’établissements dès vendredi 20 mars", indique la direction.

Renault Trucks "annonce la fermeture exceptionnelle de ses quatre sites de production jusqu'à nouvel ordre", "afin de protéger ses salariés et répondre aux mesures demandées pour le gouvernement français pour contenir l'épidémie de covid-19". Sont concernés les 4 500 salariés travaillant à Lyon, Bourg-en-Bresse (Ain), Blainville-sur-Orne (Calvados) et Limoges (Haute-Vienne). En revanche, "le service de dépannage 24/7 et les ateliers de réparation continueront de fonctionner", le constructeur estimant que "le rôle des transporteurs est primordial pour approvisionner les établissements de santé et les commerces de première nécessité".

Suppression de postes

Le groupe Air France-KLM a aussi annoncé vendredi 13 mars la suppression de 1 500 à 2 000 emplois pour faire face aux conséquences de la pandémie du coronavirus (sur un total de 33 000). Ces mesures concerneront d’abord les salariés à temps partiel, ceux proches de la retraite et engloberont les départs naturels, a indiqué le directeur général, Peter Elbers. "Nous pensons que c’est ce qu’il convient de faire pour éviter d’autres mesures contraignantes", a-t-il ajouté dans un message vidéo. KLM va également réduire le temps de travail de ses salariés et geler 200 millions d’euros d’investissements. Air France KLM table sur une réduction de ses vols à hauteur de 70 % à 90 %.

Le cas particulier des plateformes numériques

Le 14 mars, dans un mail adressé à ses abonnés, la plateforme Uber a fait savoir que "tout chauffeur ou coursier indépendant testé positif au Covid-19, ou appelé au confinement par une organisation de santé publique, recevra un soutien financier pour une durée maximale de 14 jours pendant la suspension de son compte". "Nous avons déjà aidé des chauffeurs dans des zones affectées et nous travaillons à l’application de cette mesure dans le monde entier", indique l’entreprise dans un mail envoyé à ses clients. Pour évaluer le montant de cette indemnisation, Uber se basera sur "les revenus générés avec l’application Uber lors des deux dernières semaines".

La plateforme Deliveroo a quant à elle lancé un fonds pour "assurer que les livreurs qui travaillent régulièrement avec Deliveroo et qui ont contracté le virus, ou ont été mis en quarantaine par une autorité médicale, puissent bénéficier d’un soutien financier".

Un dialogue parfois difficile

Polémique entre la CGT et la direction d’Amadeus sur la convocation d’un CSE extraordinaire et sur les modalités relatives au télétravail. La CGT reproche tout d’abord à la direction la convocation tardive d’une réunion urgente du CSE, alors que le CSE ordinaire était prévu le 27 mars : le 5 mars, le syndicat avait demandé une telle réunion, puis saisi l’inspection du travail, faute d’une réponse positive. "Je vous invite à organiser sans délai une réunion extraordinaire du CSE", avait écrit l’inspection dans un courrier adressé à la direction : "deux représentants du personnel au CSE […] vous demandent l’organisation d’une réunion extraordinaire du CSE en application de l’article L. 2315-27 du code du travail. Cet article ne prévoit pas que l’employeur a la possibilité de refuser la tenue d’une réunion extraordinaire" ; "ce point a été confirmé par la chambre sociale de la Cour de cassation dans un arrêt du 26 juin 2013 (12-13599) selon lequel l’employeur n’a pas à vérifier le bien-fondé de la demande."

La réunion extraordinaire du CSE s’est finalement déroulée vendredi 13 mars 2020, suivie d’une communication de la direction sur la mise en œuvre du télétravail à grande échelle dans l’entreprise. Mais la CGT affirme que l’entreprise "refuse de faire les démarches auprès de la sécurité sociale pour déclarer les arrêts de travail des salariés qui assurent ne pas pouvoir télétravailler chez eux du fait de la présence d’enfants en bas âge" : le syndicat indique avoir de nouveau saisi l’inspection.

des mesures pour la gestion du virus dans les entreprises en Italie

 

Samedi 14 mars 2020, le gouvernement italien a signé avec les trois principales centrales syndicales (CGIL, CISL et UIL) un protocole pour la gestion du virus Covid-19 dans les entreprises, introduisant plusieurs mesures. Le protocole confie aux entreprises un devoir d’information auprès des salariés, notamment sur l’obligation de rester chez soi en cas de fièvre, et d’en informer l’employeur. Pour les salariés qui entrent dans un lieu de travail, la mesure de la température est désormais imposée, tandis que pour les fournisseurs, des règles particulières d’accès aux lieux s’imposent (ne pas sortir de son véhicule dans la mesure du possible, indiquer des parcours aux fournisseurs…). Pour les opérateurs de production, l’employeur peut réorganiser le travail de façon à "diminuer au maximum les contacts" et "créer des groupes autonomes, distincts et connus". Parmi les autres mesures, les réunions en présentiel sont interdites, et les activités de formation, suspendues ou annulées.

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Nicolas Lagrange, journaliste