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Coronavirus : plusieurs établissements français se préparent à basculer vers l’enseignement à distance

Une dizaine de jours après le déclenchement du stade 2 du plan d’action du gouvernement contre le Covid-19, Rennes SB sera le premier établissement français à passer l’intégralité de ses enseignements à distance dès le 23 mars, pour une durée indéterminée, alors que l’ESCP l’a déjà fait pour son campus de Turin. À l’étranger, plusieurs universités, comme Harvard, basculent également. Et l’EUA annonce l’annulation de sa conférence annuelle prévue mi-avril en Pologne. De son côté, la FSU se dit "inquiète des conséquences sur les personnels et les étudiants".

Alors que de nombreux établissements d’enseignement supérieur dans le monde ont ou sont en train de basculer leurs enseignements vers du 100 % à distance pour cause d’épidémie de coronavirus, Rennes school of business est la première école en France à annoncer qu’elle franchira ce pas dans une dizaine de jours. "Nous avons pris la décision de passer en enseignement à distance à partir du lundi 23 mars jusqu’à la fin de la crise sanitaire", annonce Thomas Froehlicher, son directeur, le 10 mars 2020 lors d’une conférence de presse à Paris.

250 cours à distance à Rennes school of business

"Les cours seront suspendus 7 jours ouvrés, à compter du jeudi 12 mars matin, le temps de déployer la plateforme à l’intégralité des utilisateurs. Cette disposition va toucher près de 250 cours sur 2 500 sessions, 175 enseignants et 2 500 étudiants jusqu’à l’été. Elle sera adaptée par la suite selon l’évolution de la situation", ajoute un communiqué de presse. Pour rappel, Rennes school of business avait été informée le 3 mars par l’ARS que deux étudiants, en programme d’échange international dans l’école, avaient été testés positifs au Covid-19 après un séjour privé à Venise en Italie.

"Nous avons en permanence des enseignants, partout à travers la planète, qui se demandent pourquoi la France ne réagit pas comme la Chine, pourquoi elle ne passe pas en stade 3", poursuit Thomas Froehlicher. "Est-ce que l’on passe notre temps à rassurer les étudiants, leur famille et les enseignants, ou bien est-ce que l’on ne ferait pas de cette situation une opportunité en intensifiant notre effort amorcé sur l’enseignement à distance ? En faisant cela, nous envoyons un message clair aux parents, aux étudiants et aux enseignants, sinon, il y a un risque de rupture de confiance."

une décision du chapitre de la cge attendue la semaine prochaine

L’autre "risque" est de freiner les inscriptions d’étudiants pour la rentrée 2020. "Tout va se jouer dans les prochaines semaines", avertit le directeur de Rennes SB, qui indique que les écoles du Chapitre de la CGE se réuniront la semaine prochaine pour discuter des mesures à mettre en place collectivement. "Nous devons aller plus loin, nous devons apporter une réponse coordonnée entre les établissements d’enseignement supérieur", estime Thomas Froehlicher.

L’Edhec se dit "prête à basculer" elle aussi pour les quelque deux mois de cours qui restent, dès que le besoin se fera sentir, comme "un cas de coronavirus sur un campus ou une décision gouvernementale", explique Emmanuel Métais, DG de l’Edhec, à AEF info. "Les professeurs qui ne le pratiquent pas au quotidien ont reçu une formation expresse à l’enseignement à distance, les personnels ont tous été équipés des outils nécessaires, et les providers nous assurent que les capacités techniques monteront en puissance pour soutenir un nombre important de connexions en simultané", liste le DG. Des plateformes d’enseignement à distance, comme Blackboard ou Collaborate, seront utilisées à grande échelle. Pour les examens, l’Edhec envisage aussi de recourir à des solutions déjà existantes, comme Online Proctoring, pour répondre aux problématiques de fiabilité et d’équité.

Sciences Po Paris lève l’obligation d’assiduité et reporte des examens

L’ESCP Business school teste déjà les cours à distance depuis dix jours sur son campus de Turin, fermé depuis fin février. Elle indique être "en mesure d’étendre cette réponse à l’ensemble de ses campus en fonction des directives nationales", dans un communiqué publié le 9 mars. L’ESCP précise que "les cours en ligne déjà en place étaient principalement dédiés aux étudiants qui ne pouvaient pas venir physiquement sur les différents campus de l’ESCP. Dans le cadre du Covid-19, le dispositif a été étendu à l’ensemble des étudiants de Turin en un temps record".

De son côté, Sciences Po Paris indique que "jusqu’à nouvel ordre, l’obligation d’assiduité des étudiantes et des étudiants est levée", dans un mail interne du 11 mars 2020. Par ailleurs, l’établissement précise que "les galops programmés le 14 mars sont reportés à une date ultérieure […] et seront réalisés à distance". Sciences Po précise également que les épreuves "programmées plus tard ce semestre (grand oral, oraux, examens, etc.) pourront être aménagées de la même manière si le contexte le nécessite", et en informera ses étudiants mi-avril.

la question de la tenue des concours est posée

La question de la tenue des concours d’entrée dans les grandes écoles, dont certaines épreuves commencent dès le mois d’avril, se pose également : pour l’instant, aucune décision de report n’a été annoncée. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, les ayant considérés dimanche dernier comme "utiles à la vie de la nation", ils échappent pour l’instant à l’interdiction des rassemblements de plus de 1 000 personnes prévue au stade 2 du plan gouvernemental.

Mais les établissements réfléchissent activement à toutes les solutions possibles, du report pur et simple à l’aménagement des épreuves. Les oraux, qui se déroulent plus tard dans l’année et peuvent se tenir à distance, comme le font déjà certaines écoles de commerce, ou bien dans des lieux équipés d’hygiaphones, inquiètent moins que les écrits, qui réunissent un grand nombre de personnes dans un même lieu. Le passage au stade 3 du plan d’action gouvernemental sera certainement décisif sur ce point.

Aux États-Unis, les universités organisent leurs cours à distance


Aux États-Unis, le nombre d’universités annonçant l’organisation de cours en ligne s’allonge, après Stanford et l’université de Washington, (lire sur AEF info). Lawrence Bacow, président de l’université Harvard, a ainsi annoncé le 10 mars 2020 dans un message à sa communauté que les cours de niveau undergraduate et graduate allaient progressivement passer sous format virtuel, l’objectif étant d’être à 100 % en ligne d’ici au 23 mars, premier jour du semestre de printemps. Les étudiants de Harvard ne doivent pas revenir sur le campus à leur retour de vacances, ceux qui doivent absolument s’y rendre devant se préparer à des "sévères restrictions d’activités et d’intéractions". Les rassemblements qui ne sont pas indispensables ne doivent pas compter plus de 25 personnes. Cependant, le campus reste ouvert et les opérations continuent, précise Larry Bacow. "Aujourd’hui plus que jamais, nous devons faire de notre mieux pour protéger ceux d’entre nous qui sont les plus vulnérables, que ce soit physiquement ou émotionnellement, et se traiter mutuellement avec générosité et respect."

La Chancelière de Berkeley, Carol Christ a également annoncé la suspension des cours en présentiel du 10 au 29 mars et leur remplacement par des cours en ligne. Elle ajoute que "tous les événements prévoyant de réunir plus de 150 participants seront annulés ou reportés". Columbia, Princeton, l’université de Seattle ou encore l’université de Californie du Sud à Los Angeles ont également pris des décisions similaires.

plusieurs événements reportés

Les établissements d’enseignement supérieur annoncent également les uns après les autres des reports ou annulations d’événements (en particulier leurs journées portes ouvertes). Ainsi, Audencia BS se voit contrainte d’annuler le premier triathlon "Nova SBE Audencia", initialement prévu le 26 avril prochain à Lisbonne, "malgré une forte mobilisation lors de l’ouverture des inscriptions et un fort engouement partagé autour du premier événement sportif porté par des étudiants européens". La mesure a été prise "par l’établissement portugais en lien avec les autorités sanitaires du pays", ajoute Audencia.

L’EUA annonce elle aussi ce jour l’annulation de tous ses événements publics jusqu’au 30 avril 2020, y compris sa conférence annuelle, initialement prévue les 16 et 17 avril prochains en Pologne. Cette décision a été prise "en tenant compte de la santé et de la sécurité de tous les participants et du personnel" et afin "d’éviter la propagation du coronavirus", souligne l’association. Elle précise travailler "à l’organisation de certaines des sessions prévues de la conférence annuelle sous forme de webinaires".

La FSU inquiète pour les personnels et étudiants

Enfin, "la FSU (Snesup, Snasub, SNCS et Snep) s’inquiète des conséquences sur les personnels et les étudiants" de l’épidémie de Covid-19, alors qu’aucune "fermeture d’établissement de l’enseignement supérieur n’est prévue", contrairement aux établissements scolaires, souligne le syndicat un communiqué du 10 mars 2020. "La seule consigne donnée repose sur la responsabilité individuelle des étudiants malades ou pouvant l’être", observe le syndicat. La FSU regrette que "le contrôle continu et les obligations d’assiduité [soient] toujours de mise" et craint que "faute de certificat et pour éviter de perdre leurs bourses, les étudiants ne présentant pas de symptôme mais ayant été en contact avec des personnes infectées pourraient aller en cours, au risque d’accentuer l’épidémie".

Dans son communiqué, le syndicat demande :

  • "la mise à disposition de matériel de prévention pour les personnels et usagers ;
  • la garantie du droit à l’information des salarié-es pour des cas avérés ;
  • une formation pour les personnels et un site unique regroupant les informations sur l’avancée de l’épidémie ;
  • la suspension de l’obligation d’assiduité pour l’ensemble des étudiants durant les stades 2 et 3 de l’épidémie ;
  • l’annonce des dispositions en cas de report des examens et concours ayant été annulés à cause de l’épidémie ;
  • la neutralisation de la journée de carence pour l’ensemble des personnels ;
  • la convocation d’un CHSCT."
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Yanis Chouiter, journaliste