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Formation en sécurité privée : "Nous avons besoin de personnels de niveau bac +2" (Pascal Ritter, CPNEFP)

"Notre population d’agents est vieillissante, nous avons grandement besoin de jeunes et surtout de personnel féminin", déclare Pascal Ritter, dans une interview à AEF info. Élu président de la commission chargée de la formation professionnelle au sein de la branche des entreprises de prévention et de sécurité, jeudi 12 mars 2020, il évoque plusieurs sujets d’actualité comme le lancement du BTS "management opérationnel en sécurité-sûreté" à la rentrée 2020. Ce diplôme doit permettre "une montée en compétences de la profession d’agent de sécurité privée en vue des grands évènements", souligne-t-il. "Nous avons besoin de davantage de personnels de niveau bac +2, compétents pour encadrer l’utilisation de nouvelles technologies par exemple." La branche travaille par ailleurs sur le développement de l’apprentissage et la création d’un bloc de compétences dédié à la sûreté dans les transports.

Pascal Ritter, président de la CPNEFP "prévention-sécurité". Droits réservés - DR

AEF info : Vous venez d’être élu à la présidence de la CPNEFP (commission paritaire nationale de l’emploi et de la formation professionnelle) de la branche des entreprises de prévention et de sécurité pour deux ans, jusqu’en mars 2022 (voir encadré). Quelle impulsion souhaitez-vous donner à votre mandat ?

Pascal Ritter : Je remercie mes pairs de m’avoir élu à l’unanimité après avoir présidé l’Observatoire des métiers de la sécurité privée de 2014 à 2016, la CPNEFP de 2016 à 2018, et avoir assuré la présidence par intérim depuis juillet 2019 (lire sur AEF info).

Pendant la nouvelle période qui s’annonce, je vais essayer de privilégier plusieurs axes. Tout d’abord, je vais continuer de convaincre, pour que la CPNEFP soit le point de passage obligé dans toutes les discussions en matière d’emploi et de formation dans la branche prévention-sécurité. Je compte également m’employer à ce que nos projets en cours aboutissent et soient reconnus par nos entreprises et nos salariés comme de vraies avancées pour nos métiers, tout en promouvant les formations portées par la branche professionnelle.

Je vais m’investir pour que nos prochaines grandes échéances, en termes de sécurisation d’évènements majeurs, soient une réussite et soient portées par des entreprises françaises (lire sur AEF info). Enfin, je souhaite tisser des liens encore plus étroits avec les organisations professionnelles de centres de formation du secteur, ainsi qu’avec tous ceux qui sont indépendants, et renforcer les liens déjà très forts avec les partenaires institutionnels – délégation aux coopérations de sécurité, direction des libertés publiques et des affaires juridiques, Cnaps, coordination nationale pour la sécurité des Jeux olympiques de Paris 2024, Éducation nationale…

AEF info : Où en est le projet de création d’un BTS en sécurité privée ?

Pascal Ritter : Le BTS "management opérationnel en sécurité-sûreté" a été le premier diplôme validé à l’unanimité début février 2020 par la toute nouvelle commission professionnelle consultative "services aux entreprises" (lire sur AEF info). C’est le fruit d’un long travail engagé au début de l’année 2018. Je tiens à saluer l’implication de la CPNEFP, de certains membres de nos entreprises et de l’Éducation nationale, en particulier de Pierre Vinard, inspecteur général de l’Éducation nationale.

Les premiers élèves pourront entrer en BTS à la rentrée scolaire 2020, pour une première promotion en 2022. Il leur sera proposé, à l’issue de leur cursus, un module optionnel de 144 heures pour leur permettre de passer le CQP-APS de la branche professionnelle au sein des organismes de formation agréés par la CPNEFP. Ce CQP leur permettra d’obtenir la carte professionnelle d’agent de prévention et de sécurité, et ainsi d’exercer sur site, si cela s’avère nécessaire.

Le BTS "management opérationnel en sécurité-sûreté" doit permettre entre autres, une montée en compétences de la profession d’agent de sécurité privée en vue des grands évènements, en particulier la Coupe du monde de rugby 2023 et les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Nous avons besoin de davantage de personnels de niveau bac +2, compétents pour encadrer l’utilisation de nouvelles technologies par exemple (lire sur AEF info).

AEF info : Comment comptez-vous attirer de nouveaux profils ?

Pascal Ritter : L’Observatoire des métiers de la branche des entreprises de prévention et de sécurité a réalisé des vidéos présentant les métiers d’agent de prévention et de sécurité, d’opérateur en télésurveillance et d’agent de sûreté aéroportuaire. D’autres vont suivre. Des fiches métiers ont également été créées. Ces outils visent à promouvoir nos métiers auprès des jeunes. La CPNEFP est de plus en plus présente sur les salons d’orientation et les forums des métiers. Il faut dire que notre population d’agents est vieillissante et nous avons grandement besoin de jeunes et surtout de personnel féminin. Le rapport de branche montre au fil des années une augmentation de l’âge moyen des agents (lire sur AEF info).

AEF info : Vous avez sollicité la DLPAJ en novembre 2019 sur la possibilité de proroger les CQP de branche (lire sur AEF info). Avez-vous eu une réponse ?

Pascal Ritter : Le dossier est en cours d’examen par la DLPAJ, mais d’après les premiers retours, le CQP-APS, le CQP d’agent de sûreté aéroportuaire, le CQP d’agent de sécurité cynophile et celui d’agent de protection physique des personnes devraient pouvoir être prorogés pour deux ans, jusqu’au début de l’été 2022.

Les organisations patronales et les syndicats de salariés de la branche commencent tout juste à travailler sur la refonte des classifications de métiers (lire sur AEF info), ce qui impliquera de revoir les formations et les certifications associées. L’ensemble du processus devrait prendre environ deux ans. La CPNEFP se mettra tout naturellement à disposition, afin d’écrire les différents référentiels associés et nécessaires à la construction des blocs de compétences.

AEF info : Où en est l’enregistrement des CQP de branche au RNCP ? (lire sur AEF info)

Pascal Ritter : Les CQP d’agent de sûreté aéroportuaire et d’agent de sécurité cynophile viennent de faire l’objet, le 2 mars 2020, d’une décision d’enregistrement de la part de France compétences. Nous sommes également en train de faire enregistrer le certificat d’agent de protection physique des personnes, ce qui devrait aboutir en juin ou juillet 2020.

Pour mémoire, le CQP-APS a été enregistré au RNCP en juillet 2019. La CPNEFP a choisi de mener une politique d’enregistrement de ses CQP pour qu’ils confèrent une qualification de niveau 3, qu’ils puissent être financés dans le cadre du compte personnel de formation et qu’ils soient accessibles à la validation des acquis d’expérience.

J’ai d’ailleurs adressé un courrier à plusieurs institutions pour attirer leur attention sur ces évolutions et mettre en avant les CQP de branche dans la professionnalisation de la formation dans le domaine de la sécurité. Plusieurs présidents de conseils régionaux, qui pilotent la formation professionnelle, ont répondu et ont transmis l’information aux services compétents.

AEF info : La réforme de la formation professionnelle encourage fortement le développement de l’apprentissage, or les CQP n’y sont pas éligibles (lire sur AEF info). Comment appréhendez-vous cette difficulté ?

Pascal Ritter : En effet, la réglementation ne permet pas actuellement de préparer un CQP dans le cadre d’un contrat d’apprentissage. La CPNEFP prépare donc l’enregistrement de ses CQP au RNCP en tant que titres privés. Le contenu et les modalités des formations seront exactement les mêmes, les CQP et les titres coexisteront. Simplement, il sera possible d’obtenir les titres professionnels par la voie de l’apprentissage. Nous espérons pouvoir finaliser cette démarche d’ici la fin de l’été 2020.

AEF info : Quels sont les autres projets de la CPNEFP ?

Pascal Ritter : Île-de-France Mobilités, l’autorité organisatrice des transports dans la région, nous a contacté pour imaginer ensemble un bloc de compétences dédié à la sûreté dans les transports. Actuellement, elle travaille avec deux sociétés de sécurité privée qui déploient une centaine d’agents dans les bus de la grande couronne (lire sur AEF info). Ces personnels sont titulaires d’un CQP-APS et d’une carte professionnelle délivrée par le Cnaps, mais Île-de-France Mobilités souhaite aller plus loin, en créant un bloc de compétences spécifique, et collaborer avec la CPNEFP pour ce faire.

Cette démarche a été appréciée et donc validée par la CPNEFP. Le premier groupe de travail sur le sujet se déroulera le 1er avril 2020. L’idée par la suite, serait d’enregistrer ce bloc de compétences au répertoire spécifique de France compétences, avec naturellement la nécessité d’être CQP-APS au préalable, d’autant que cette initiative bénéficiera sans doute aux autres entités responsables des transports sur le territoire.

AEF info : La branche n’a pas souhaité créer de CQP d’agent de sécurité armé (lire sur AEF info), or des organismes déposent des titres pour former à l’usage d’armes de catégorie D (bombes lacrymogènes, tonfa, bâtons télescopiques) et B (armes à feu), Fiducial annonce des prestations d’agents armés (lire sur AEF info)… 

Pascal Ritter : La CPNEFP a refusé en 2018 de créer un référentiel de formation à l’armement D ou B en estimant que les conditions pour le faire n’étaient pas réunies. Il n’y a toujours pas à ce jour, de fiches métiers, pas de coefficients appropriés dans la grille de salaires. Par ailleurs, les membres des organisations patronales et salariales ont considéré à l’époque que la profession n’était pas prête à armer ses agents, surtout en D, le B étant une niche réservée à des spécialistes triés sur le volet. Rien ne dit que le sujet ne soit pas éventuellement remis à l’ordre du jour, lors d’une prochaine réunion plénière de la CPNEFP, s’il y a des évolutions en la matière.

Un changement de président tous les deux ans

 

La CPNEFP de la branche "prévention et sécurité" est présidée en alternance, tous les deux ans, par un représentant des organisations patronales ou un représentant des syndicats de salariés. Vice-président de la CPNEFP depuis mars 2018, Pascal Ritter (Sneps-CFTC) était président par intérim depuis juillet 2019. Thierry Olland, qui présidait la structure au titre de l’USP, a en effet été contraint de se retirer en raison de la fusion du Snes et de l’USP (lire sur AEF info).

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