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La robotisation a sauvé la TPE CFT Industrie et permis son basculement vers un modèle d’entreprise apprenante

"La formation n’est formelle que dans le cadre de parcours certifiants ou qualifiants. Sinon, elle infuse partout. Nous travaillons en permanence avec des tutos. Le partage des compétences a permis à nos salariés de devenir polyvalents", indique à AEF info Élisabeth Klein, la dirigeante de CFT Industrie qui compte 12 salariés dans l’Eure et consacre 12 à 14 % de sa masse salariale à la FPC depuis 2014. Sauvée de la liquidation par la robotisation, cette TPE spécialisée dans la soudure a développé à cette occasion un fonctionnement collaboratif, calqué sur celui d’une entreprise apprenante.

"Ma principale difficulté est de trouver des organismes de formation mais aussi une certification ou qualification qui vont couvrir les besoins individuels de chaque collaborateur, car ils n'ont pas tous le même niveau", explique Elisabeth Klein, la patronne de CFT Industrie. Droits réservés - DR

"En 2020, notre principal chantier sera de travailler avec nos douze salariés sur notre organigramme qui reste très pyramidal et ne correspond pas à notre fonctionnement devenu participatif et collaboratif. Nous voulons une organisation du travail en petits groupes avec des pôles de fabrication de soudure. Nous avons un personnel très polyvalent : une même personne peut être animateur qualité en fabrication, expert dans le réglage des machines, formateur et soudeur spécialisé dans des techniques de pointe", explique Élisabeth Klein, la dirigeante de CFT Industrie, une TPE de 12 salariés située dans l'Eure, spécialisée dans le cintrage et l'assemblage de fils, de tubes et de tôles.

L’expérience de CFT Industrie illustre que la robotisation peut être créatrice d’emplois, avec trois postes créés depuis 2011. Surtout, elle a permis de sauver la TPE et de la faire basculer vers un modèle d’entreprise apprenante. Placée en redressement judiciaire en 2011 à la suite de la perte de son principal client - un équipementier automobile qui représentait 70 % de son chiffre d’affaires -, la TPE a été rachetée par Sfam. Cette société de courtage en assurance a robotisé en 2014 une partie de l'activité de CFT Industrie, permettant ainsi de diviser jusqu’à quatre fois le temps de soudure. Ce basculement, mené avec le soutien du Cetim, a également permis de diversifier son activité et d’augmenter de plus de 40 % le chiffre d’affaires en quatre ans à 2,6 millions d’euros.

La robotisation et la digitalisation ont été accompagnées par la mise en place d’un management participatif et en mode projet. "Ce sont les soudeurs qui ont porté la robotisation, définis le cahier des charges et rencontrés les fournisseurs, ce qui a permis une meilleure appropriation de la technologie ensuite. Cette réussite nous a conduits à aller plus loin, l’ensemble du personnel s’implique dans la construction d’une stratégie pour l’entreprise et dans sa déclinaison sous la forme d’actions concrètes, qu’il s’agisse de l’achat d’un robot jusqu’à l’installation de ruche sur le toit", contextualise Élisabeth Klein.

La formation "infuse partout"

"La formation n’est formelle que dans le cadre de parcours certifiants ou qualifiants, sinon elle infuse partout. Nous travaillons en permanence avec des tutos, le partage informel des compétences à permis à nos salariés de devenir polyvalents. Dès qu’un collaborateur réalise une action complexe, il fait une vidéo et la poste sur notre serveur interne. Tous les collaborateurs ont été formés à leur réalisation, c’est très valorisant pour eux. Nous faisons aussi des visites d’entreprises, des journées portes ouvertes…" poursuit Élisabeth Klein.

Tous les ans, chaque salarié suit au moins une formation qui n’est pas nécessairement technique ou en lien avec son poste de travail, qui peut porter sur la gestion du stress, comme la maîtrise d’Excel. "Nous avons gardé l’accès aux fonds mutualisés comme nous n’avons que douze salariés. Nous affichons les listes des formations proposées par l’Opco 2I et s’inscrivent ceux qui le souhaitent. C’est très important qu’ils soient volontaires, c’est l’occasion aussi de rencontrer les salariés d’autres entreprises, de développer leur curiosité", poursuit Élisabeth Klein.

En plus des parcours proposés gratuitement par la CCI ou l’Opco qui ont été particulièrement nombreux en 2019 et ont permis de faire baisser ponctuellement l’investissement formation de l'entreprise, CFT industrie investit dans le développement des compétences sans le soutien de financeurs. "Je viens de finir les entretiens annuels. J’ai beaucoup de demandes de formations techniques sur les soudures car nous avons huit soudeurs dans l’entreprise et tous sont très demandeurs. Ma principale difficulté est de trouver des organismes de formation mais aussi une certification ou qualification qui va couvrir les besoins individuels de chaque collaborateur. Car ils n’ont pas tous le même niveau", explique Élisabeth Klein.

Soutien à l’utilisation du CPF

Par ailleurs, le groupe a proposé à chaque collaborateur de l’accompagner pour ouvrir son compte CPF, même s’il n’envisage pas à ce stade d’abondement. Ainsi, le responsable des achats a pu suivre en 2019 un parcours d’auditeur externe en finançant lui-même sa formation, mais en la suivant sur son temps de travail. "Nos salariés doivent être employables ailleurs, cela fait partie de notre responsabilité sociale. Dans les faits, nous avons très peu de turn-over, car leurs missions évoluent en fonction des projets qu’ils proposent. Par ailleurs, tous nos recrutements donnent lieu à une formation en interne dispensée par nos salariés notamment", ajoute-t-elle.

CFT industrie a notamment formé ses salariés à l’utilisation de tablettes, mais aussi aux softskills, ce qui permet dans le cadre de portes ouvertes permettant aux salariés sur des fonctions de production de recevoir directement les clients. "C’est le cas notamment dans le département dédié à la peinture, où nous avons notre opérateur le moins qualifié qui réalise pour eux des prototypes. Maintenant il peut leur proposer de travailler avec eux sur la couleur, la texture de la peinture, et il peut leur envoyer ensuite directement les échantillons. Il se forme depuis deux ans, aussi bien sur le numérique que la réglementation Reach", poursuit Élisabeth Klein.

Porte ouverte

Les portes ouvertes sont organisées deux fois par an depuis le mois d’avril 2018, ce sont chaque fois les collaborateurs qui définissent le thème et chacun prend en charge un client. "Commercialement c’est excellent, nos clients adorent être en contact avec les professionnels de la production. La prochaine porte ouverte sera en avril ou mai, en plus de produire pendant trois jours des prototypes gratuitement pour nos clients, nous accueillerons de jeunes artistes qui exposeront chez nous", précise Élisabeth Klein.

CFT industrie organise également des visites d’entreprises, sur des thèmes liés à l’industrie du futur ou aux méthodes managériales, comme le Lean management (1) ou la méthode 5S (2). Dans ce cadre, les salariés ont visité en juin et septembre 2019 une usine agroalimentaire 100 % connectée, dont le service expédition est assuré totalement par des robots. "Cela suppose des bandes au sol pour bien définir et optimiser la circulation, le stockage étant géré grâce à des codes-barres. Nous ne souhaitons pas automatiser ces fonctions, mais c’est important pour nos collaborateurs de savoir que cela existe. Cela permet d’acquérir des techniques pour optimiser le stock, ou identifier des axes d’amélioration dans les échanges avec d’autres salariés", explique Élisabeth Klein.

(1) Le terme lean sert à qualifier une méthode de gestion de la production qui se concentre sur la "gestion sans gaspillage", ou "gestion allégée" ou encore gestion "au plus juste". L'école de gestion lean trouve ses sources au Japon dans le système de production de Toyota ou SPT.

(2) La méthode 5S permet d'optimiser en permanence les conditions de travail et le temps de travail en assurant l'organisation, la propreté et la sécurité d'un plan de travail. La méthode 5S est d'origine japonaise. Elle a également été créée pour la production des usines Toyota.

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Cédric Morin, journaliste