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CPGE : pourquoi la part des bacheliers mention TB diminue de 48 % à 43 % parmi les admis via Parcoursup, de 2018 à 2019

Les CPGE ont admis moins de néobacheliers avec mention TB en 2019 qu'en 2018 via Parcoursup en valeur absolue, et la part de ces très bons élèves a également baissé, de 48 % à 43 %. Les trois filières (scientifique, littéraire et économique) sont concernées par ce phénomène qui touche 2 lycées sur 3. Cette baisse existe dans l’ensemble du supérieur, elle est liée à la baisse du vivier : il y a eu moins de mentions TB en 2019. Mais elle est accentuée en classes prépas. Le président de l’APHEC et celui de l’UPS avancent des hypothèses d’explication. Retrouvez l’état des lieux, lycée par lycée.

SOURCES ET Méthodologie

 

Nous nous concentrons ici sur la part des néobacheliers admis en CPGE ayant obtenu une mention TB au bac, et l'évolution de cette part entre 2017 et 2019. Pour cela, nous avons utilisé le jeu de données Parcoursup 2019, mis en ligne le 27 janvier 2020 et produit par le MESRI-Sies. Il présente les vœux de poursuite d'études et de réorientation dans l'enseignement supérieur ainsi que les propositions des établissements pour chaque formation – hors apprentissage – à la fin du processus d'affectation de la plateforme Parcoursup, réalisé du 22 janvier au 14 septembre 2019.

Pour établir les évolutions d’une année sur l’autre, nous utilisons les jeux de données Parcoursup 2018 et APB 2017. Dans le cas d’APB 2017, seule la donnée des "admis avec mention TB" est disponible : y sont donc inclus les néobacheliers mais aussi les étudiants en réorientation. Cette dernière catégorie ne regroupant que 4 % des admis en CPGE (contre 29 % en L1), nous estimons que la comparaison d'une année sur l'autre reste possible et pertinente.

Enfin, les chiffres concernant les résultats du baccalauréat proviennent de la Depp. Pour la session 2019, les résultats définitifs ne seront publiés qu’en mars 2020 : les données dont nous disposons ici sont tirées des résultats provisoires de la session de juin 2019 uniquement.

Une chute de 5 points des bacheliers mention TB admis en prépa, entre 2018 et 2019

La promotion des admis en classes prépas à la rentrée 2019 a-t-elle souffert d'une baisse de qualité du recrutement ? Les chiffres issus des campagnes Parcoursup semble l'indiquer : en effet, 43,1 % des néobacheliers admis ont eu une mention très bien au bac en 2019, contre 48,2 % en 2018. Cette chute en proportion est liée à deux évolutions concomitantes : en valeur absolue, les néobacheliers mention TB admis en prépa ont diminué, ils étaient 18 665 en 2018, contre 16 898 en 2019. Dans le même temps, le nombre total d’admis néobacheliers en CPGE a légèrement augmenté, passant de 38 756 à 39 244.

En 2017, cette part était de 48 % (lire sur AEF info), même si cette information est moins précise : les données APB 2017 ne permettaient pas d'isoler les néobacheliers des étudiants en réorientation (4% des recrues en prépa), contrairement aux données Parcoursup 2018 et 2019.

Les trois filières de prépa sont concernées

Si cette baisse concerne les trois filières de classes prépas, les CPGE scientifiques accusent la diminution la plus importante, passant de 49,9 % de mention TB en 2018 à 43,2 % en 2019 (-6,7 points). Les CPGE littéraires continuent d’être les classes prépas où la part de mention TB est la plus élevée, avec 53,2 % en 2019, soit 0,8 point de moins seulement qu’en 2018. Enfin, les CPGE économiques et sociales, dont nous avons évoqué les difficultés à remplir leurs classes dans une précédente dépêche (lire sur AEF info), recrutent 35,8 % de mention TB parmi les admis néobacheliers en 2019, contre 39,7 % en 2018 (-3,9 points).


UNE baisse globale du nombre de mentions TB, mais plus forte en CPGE

Une des explications peut tenir au fait que le vivier de bacheliers ayant une mention TB, lui-même, semble avoir aussi diminué entre 2018 et 2019. La session de 2018 a vu 57 418 jeunes décrocher leur bac avec mention TB (7,5 % des présents). En 2019, ils n’étaient que 53 669, d’après les données de la Depp (7,1 % des présents). Soit une diminution de leur nombre de 6,5 % en un an. Toutefois, cette baisse est à relativiser, indique la Depp. En effet, les résultats définitifs et exhaustifs pour le bac 2019 ne seront publiés qu’en 2020. Il s’agit ici de données provisoires concernant la seule session de juin 2019 dont l’exhaustivité n’est pas certaine.

La baisse se retrouve en tout cas parmi le volume d'étudiants admis via Parcoursup à poursuivre leurs études dans le supérieur. Le nombre d’admis néobacheliers titulaires d'une mention TB, tous types de formations confondus, est passé de 48 396 à 46 345 de 2018 à 2019.

Sur la même période, il est intéressant de souligner que le nombre d'admis néobacheliers avec mention TB a diminué de 9,5 % en CPGE, alors qu'il diminuait de 4,2 % dans l'ensemble des formations présentes sur Parcoursup. Autrement dit, l'évaporation des mentions TB est plus accentuée en CPGE.

Filière par filière, c'est en CPGE scientifique que cette baisse est la plus forte (-11,4 %), tandis que la baisse visible en CPGE littéraire s'approche de la baisse globale dans l'ensemble des formations présentes sur Parcoursup (-4,1 %).

une chute dans la plupart des filières, sauf en licence et BTS

Tout comme les CPGE, la Paces voit ses taux de bacheliers mention TB chuter : elle est passée de 20,1 % à 17 % de mentions TB parmi ses admis néobacheliers (-3,1 points). Reste qu'à l'inverse, en licence et en BTS, la part des mentions TB a augmenté en un an : +0,2 point pour s’établir à 6,2 % en 2019 en L1, +0,2 point également en BTS, pour s’établir à 2,1 % en 2019.


L'effet de la concurrence directe des autres formations dans parcoursup ?

Comment expliquer que la chute la plus forte soit en prépa ? "Je n'ai pas eu de retour des collègues à ce sujet", répond Michaël Prost, président de l'UPS (Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques), pour qui l'explication tient avant tout à la baisse des néobacheliers avec mention TB lors de la session 2019. Au rang des hypothèses qui ont pu aussi jouer, à la marge : la "concurrence directe" pour les CPGE scientifiques des écoles post-bac, comme les Insa, présentes sur Parcoursup. Vérification faite, il semble que leur part de mention TB diminue aussi entre 2018 et 2019 : elle passe de 89,5 % à 88,9 % à l'Insa Lyon, de 77,9 % à 76 % à Toulouse, de 74,8 % à 68,6 % à Rennes, ou encore de 72 % à 70,2 % à Rouen, pour citer les plus volumineuses. En termes de nombre d'individus, la baisse se vérifie dans ces établissements aussi (-14 % à Toulouse par exemple), sauf à Lyon où le nombre de mentions TB est passé de 599 à 611 (+2 %) mais qui fait figure d'exception dans le paysage, marqué par la baisse du vivier de néobacheliers mention TB en 2019.

Autre concurrence : celle des "formations privées qui font du pré-recrutement avec des entretiens et une promotion qui ont un impact sur les jeunes et leurs choix", note Mickaël Prost. Peut-être des néobacheliers mention TB ont-ils préféré se tourner vers le privé ou des formations hors Parcoursup, voire vers des formations à l'étranger. Mickaël Prost s'interroge enfin sur l'effet de "l’augmentation des quotas de boursiers, demandée par les recteurs, qui a peut-être eu une incidence". Ou sur l'attribution des places en internat. "J'imagine que certains boursiers titulaires d’un bac avec mention TB ont pu renoncer à leur admission, faute de proposition de place en internat... alors que les places étaient conservées pour des boursiers méritants situés plus bas dans le classement pédagogique", explique-t-il. Là encore, pour ces hypothèses, l'effet n'a pu être que "marginal" selon lui.

L'anticipation de l'arrivée des "bacheliers Blanquer" ?

Autre élément d'explication, selon Alain Joyeux qui préside l'APHEC, "les prépas diversifient leur recrutement et les profils, en se mettant déjà dans la perspective du 'bac Blanquer' qui va leur fournir des profils différents". "On est en plein dans la réécriture des programmes et la réflexion sur l'adaptation des profils et des concours", explique-t-il. "L'époque où les CPGE ne recrutaient que parmi les premiers de la classe est révolue. Désormais, elles recherchent des dossiers solides et équilibrés. Entre un bachelier qui aura eu une mention B avec 15 partout, et un bachelier qui aura eu une mention TB avec 19 en maths et en physique mais 12 en anglais et en philosophie, on aura tendance à préférer le premier". Cet effet "réforme du lycée" pourrait se conjuguer au fait que "d'excellents élèves se tournent vers des formations post-bac ou des universités à l'étranger, notamment à Paris".

Alain Joyeux observe, par ailleurs, une autre différence entre 2018 et 2019. "En 2018, nous avons eu beaucoup plus de candidatures et moins d'élèves au final", posant des problèmes de remplissage à certains établissements (lire sur AEF info). D'autant que les lycées n'avaient parfois pas suffisamment classé ou appelé de candidats. "En 2019, au contraire, nous avons reçu moins de candidatures, mais plutôt mieux rempli. Les jeunes semblent poser des candidatures plus informées et motivées". Et les classes préparatoires, recruter des profils plus équilibrés.

le Détail par établissement et par filière en 2019

Les données nationales ne suffisent pas à décrire la situation des CPGE. Les filières ou la concurrence sur un même territoire peuvent interférer. Qu'en est-il, lycée par lycée ? En 2019, treize établissements ont recruté au moins 80 % de mention TB parmi les admis néobacheliers. Six d’entre eux passent même la barre des 90 %. On retrouve le lycée Sainte-Geneviève-des-Yvelines en tête, comme les années précédentes (97,9 %), devant plusieurs gros lycées parisiens : Stanislas (91,9 %), Louis Le Grand (90,4 %) et Henri-IV (90,1 %). Un lycée aux promotions plus petites en volume se glisse aussi dans cette catégorie : il s’agit de Saint-Louis de Gonzague (96,1 %). Enfin, un établissement de province passe la barre des 90 % : le lycée du Parc, à Lyon (91,2 %).

Utilisez les filtres dans la visualisation ci-dessous pour sélectionner une académie ou un type de CPGE. Nous avons filtré les établissements ayant une capacité au moins égale à la médiane (48 places) par défaut, mais vous pouvez modifier ce seuil.

L'évolution : le taux de mention TB diminue dans 280 lycées

Parmi ces établissements, 280 voient leur part de mention TB parmi les admis néobacheliers diminuer, de 2018 à 2019. Au contraire, 131 autres voient cette proportion augmenter. C’est le lycée Charles-de-Gaulle, dans le Calvados, qui observe la diminution la plus importante (-51,2 points en un an) et compte 12,8 % de mention TB en 2019. D’autres établissements en région ou aux volumes réduits affichent un recul important d’au moins 20 points. La diminution la plus importante dans un lycée présentant une capacité supérieure à 100 places est celle du lycée La Martinière Monplaisir, dans le Rhône (-17,2 points).

Si l’on se concentre sur l’académie de Paris, qui compte de nombreux établissements prestigieux et de taille importante, le lycée Rodin est celui qui présente le recul le plus notable (-24,1 points). Il faisait aussi partie des lycées qui peinaient à remplir leurs classes, lors de la procédure Parcoursup 2018 (lire sur AEF info). Signalons aussi Louis Le Grand (-5,4 points), Janson de Sailly qui recrute 74,8 % de mentions TB en 2019 (-3,9 points) ou Henri-IV (-3,8 points). Dans l’académie de Lyon, le lycée du Parc aussi voir sa part de mention TB diminuer légèrement (-0,8 points).

D’autres établissements voient tout de même la qualité de leur recrutement s’améliorer. Les améliorations les plus notables portent sur des lycées aux petits effectifs comme le lycée Levavasseur à La Réunion ou le lycée Jules-Renard dans la Nièvre. Dans les lycées présentant une capacité supérieure à 100 places, c’est le lycée Blomet à Paris qui se distingue avec une amélioration de 10,7 points, pour atteindre 60,7 % de mention TB parmi ses admis néobacheliers. Signalons aussi l’institution des Chartreux dans le Rhône avec 81 % de mention TB parmi ses admis néobacheliers en 2019 (+7,3 points).

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Marie Simon, journaliste