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Vincent Niebel : "La direction du numérique doit être au service des agents et des usagers"

"L’enjeu de la direction du numérique est d’être au service des agents et des usagers", explique à AEF info le directeur du numérique au ministère de l'Intérieur, Vincent Niebel. "Elle doit créer et devenir le chef d’orchestre d’une communauté ministérielle numérique solidaire et harmonisée, capable de maîtriser totalement sa politique numérique, d’éviter les doublons, d’avoir une feuille de route cohérente et d’offrir des services qui puissent bénéficier au ministère de l'Intérieur comme aux autres départements ministériels", ajoute-t-il. Vincent Niebel détaille en outre les grands chantiers numériques à venir au sein du ministère de l'Intérieur, et développe les enjeux de la transformation numérique de la place Beauvau.

AEF info : La direction du numérique a été mise en place au 1er janvier 2020 (lire sur AEF info). Pourquoi avoir mis en place une telle structure ?

Vincent Niebel : La décision de créer une direction du numérique au sein du ministère de l'Intérieur procède d'un triple constat réalisé en 2018 dans le cadre du programme "administration publique 2022". Nous nous trouvions alors dans une situation de foisonnement technologique, de démultiplication des opportunités, et face au besoin de créer une feuille de route ministérielle partagée et cohérente en matière technologique et de système d'information. La fonction numérique était alors relativement éclatée au sein du ministère.

Depuis quelques années, certaines problématiques technologiques deviennent de plus en plus transverses, à l'instar du réseau RRF, le réseau radio de nouvelle génération, les systèmes de réception des appels d’urgence que nous souhaitons coordonner, les systèmes d’information européens… Par ailleurs, l’ensemble du budget numérique du ministère, qui représente 500 millions d’euros, était dispersé sur plusieurs programmes différents, rendant quelquefois difficile la réalisation de plusieurs projets transverses. L’ensemble de ces constats nous a amenés à créer la direction du numérique, qui s’est vu dotée d’un certain nombre de leviers. Une grande partie des budgets ont ainsi été mutualisés et positionnés au sein d’un budget opérationnel de programme, qui représente 300 millions d’euros. L’ensemble des acteurs du numérique du ministère se retrouve en outre coordonnés de manière plus directe par la nouvelle direction, soit au travers d’un lien fonctionnel renforcé, soit au travers de prérogatives de tutelle. C’est notamment le cas du ST (SI) 2, de la Préfecture de police, ou encore de l’ANTS et l’ANSC.

Finalement, cette nouvelle direction permet la mise en œuvre d’une communauté numérique solidaire, avec une organisation et des liens adaptés. Pour parfaire cette cohérence, la nouvelle organisation reprend en outre l’animation des réseaux territoriaux, toujours en lien avec la direction interministérielle du numérique précédemment chargée de ce rôle d’animateur (lire sur AEF info). La direction du numérique animera donc directement les secrétariats généraux pour l’administration du ministère de l'Intérieur, véritables têtes de pont déconcentrées sur le territoire mais également les services interministériels départementaux des systèmes d’information, et sera donc à la tête d’un réseau d’acteurs de proximité avec les usagers et les agents à même de démultiplier l’action de la direction du numérique et de ses partenaires.

AEF info : Quels sont les objectifs de la direction du numérique ?

Vincent Niebel : Il s’agit tout d’abord de focaliser nos énergies sur l’appui à la transformation du numérique des métiers. La Dnum doit pleinement aider les métiers à s’approprier complètement les apports des capacités technologiques et à valoriser leurs données. Il faut qu’on aide les métiers à se saisir d’outils qui peuvent favoriser leur travail au quotidien.

Cet enjeu de transformation numérique passe également par le développement de partenariats, avec la sphère privée et la sphère académique. Il ne s’agit pas de tout centraliser au niveau de la direction du numérique mais bien d’avoir une vision ministérielle de la situation, de donner une visibilité à tous les métiers de ce que font les autres, afin de créer des opportunités pour tous. Ce que fait un métier peut en intéresser un autre, comme la traduction automatique ou l’interface vocale, par exemple. Nous avons déjà pu constater l’intérêt de la sphère privée pour un travail partenarial en matière d’identité numérique, de contrôle aux frontières ou d’exploitation d’images vidéo, toujours dans le respect de la réglementation et des libertés publiques.

L’enjeu de la direction du numérique est d’être au service des agents et des usagers. Elle doit créer et devenir le chef d’orchestre d’une communauté ministérielle numérique solidaire et harmonisée, capable de maîtriser totalement sa politique numérique, d’éviter les doublons, d’avoir une feuille de route cohérente et d’offrir des services qui puissent bénéficier au ministère de l'Intérieur comme aux autres départements ministériels. Nous souhaitons en outre rationaliser la fonction numérique ministérielle. L’idée est d’avoir une analyse partagée entre les différents acteurs et d’optimiser des fonctions comme l’hébergement, la supervision, les outils collaboratifs et du quotidien… Nous avons enfin le souci de donner une visibilité numérique au ministère de l'Intérieur, afin d’améliorer notre attractivité, d’attirer des compétences nouvelles et les conserver dans une optique de réinternalisation des compétences.

AEF info : Connaissez-vous des difficultés à attirer de nouvelles compétences au sein du ministère de l'Intérieur ?

Vincent Niebel : Le ministère de l'Intérieur, du fait de ses politiques publiques et du sens de l’action des agents recueille de nombreuses candidatures. Compte tenu des fortes tensions qui pèsent sur les métiers du numérique, la question tourne souvent autour du délai, de la capacité et du niveau de recrutement. Nous devons pleinement nous saisir des nouvelles opportunités offertes notamment par les textes pour améliorer encore notre processus de recrutement.

De plus, une fois recrutés, notre ambition est de conserver ces nouveaux talents. Cela passe par l’intérêt des projets, l’ambiance de travail ou encore l’autonomie qu’on laisse aux différents acteurs. J’ai demandé à mes collaborateurs de se saisir résolument de problématiques telles que de nouvelles implantations ou de nouvelles modalités de travail, afin de pouvoir conserver ces compétences.

À l’heure actuelle, sur près de 700 effectifs au niveau central, un gros tiers des effectifs de la direction du numérique sont des contractuels. C’est une répartition qui est bonne. Cela permet de faire de la direction du numérique une structure inclusive, unie, qui reflète la diversité des filières jusque dans l’encadrement. Les contractuels sont des acteurs internes qui contribuent à la maîtrise de la compétence des équipes. Il faut par contre être en mesure de les conserver si nous le souhaitons.

AEF info : Quel est l’usage de la part du budget dédié au numérique laissé à la main des directions métiers ?

Vincent Niebel : Cette part, qui représente environ un tiers du budget total, est dédiée à certaines politiques publiques spécifiques et au sac à dos numérique de l’agent. Cela recouvre tout ce qui touche à son équipement individuel : PC, terminal mobile… La définition d’une stratégie d’équipement est laissée à la charge de la direction d’emploi. En revanche, s’il y a des applications métiers à développer cela relève du budget de la direction du numérique.

AEF info : Comment les différentes directions ont-elles accueilli la création de la direction du numérique ?

Vincent Niebel : Comme pour toute réorganisation, il y a eu un questionnement sur ce transfert budgétaire. À nous de faire en sorte de répondre aux interrogations, par un contrat de service que l’on va monter, par des résultats qui vont démontrer que ces craintes n’étaient pas fondées. Nous avons en outre mis en place un conseil d’administration du numérique, regroupant l’ensemble des directeurs généraux, au sein duquel les budgets seront validés avant présentation au cabinet du ministre. Nous avons montré et nous continuerons à montrer notre volonté de transparence et d’inclusivité. Les premières actions que nous avons menées et la gouvernance que nous mettons en place devraient permettre de lever les différentes interrogations.

AEF info : Le ST (SI) 2, sur lequel la direction du numérique exerce une autorité fonctionnelle, avait notamment fait part de ses craintes…

Vincent Niebel : Cette autorité fonctionnelle est en train de se mettre en place et de se définir progressivement, ensemble. Il n’y a pas de réticence particulière à ce stade même si parler de rationalisation des systèmes d’information peut parfois générer des craintes. Là encore, dans un esprit inclusif avec l’ensemble des partenaires numériques de l’intérieur et en parfaite transparence, nous devons, collectivement dégager des marges de manœuvre, pour pouvoir investir dans l’innovation et de nouvelles technologies, mais en le faisant de manière intelligente et documentée. Nous devons encore approfondir différents sujets et nous prendrons le temps de le faire, afin de faire les choix les plus intelligents. La présence au sein de la Dnum, d’administrateurs ou d’ingénieurs civils, d’officiers de gendarmerie, de commissaires et d’officiers de police ou encore d’officiers de sapeurs-pompiers, doit y contribuer grandement. Je sais également pouvoir compter sur mon adjoint, officier général de gendarmerie pour m’aider dans cette tâche.

AEF info : Quels sont les grands chantiers numériques à venir au sein du ministère de l'Intérieur ?

Vincent Niebel : Plusieurs grands chantiers lancés devraient bénéficier de la mise en place de notre direction. C’est notamment le cas du réseau radio du futur, ou du projet de doter Neo d’une capacité de transmission résiliente, notamment en vue des Jeux olympiques de 2024. C’est un projet qui va venir compléter puis remplacer les réseaux numériques actuels. Un autre sujet consiste en l’amélioration des plateformes d’urgence, avec la mise en place d’un numéro 112 à la française. En outre, le fait d’avoir une approche ministérielle concernant la dématérialisation des procédures peut être utile pour donner une vision cohérente pour les usagers. Nous manquons de regard uniforme sur certains sujets.

Il y a également des grands sujets de refonte ou d’évolution de systèmes d’information (élections, permis de conduire, immatriculation), et de nombreux systèmes à l’échelle européenne devraient voir le jour entre 2022 et 2024. Le contrôle aux frontières, notamment, devrait poursuivre son évolution et bénéficier d’apports technologiques pour faire en sorte que tous les contrôles complémentaires, tels que le système d’entrée / sortie, ne viennent pas ralentir le flux d’entrée sur le territoire. Cela nécessite des travaux transversaux.

AEF info : Le développement d’une identité numérique figure-t-il parmi les préoccupations de la direction ?

Vincent Niebel : Nous appuyons le projet porté par Valérie Peneau et par l’ANTS (lire sur AEF info). Comme nous exerçons la tutelle de l’ANTS, le sujet nous intéresse forcément. Au-delà, le bras droit technique de la mission vient de la direction du numérique. L’État français se doit de transposer dans le monde numérique la prérogative dont il dispose dans le monde physique – il est le garant de l’identité déclarée sur la base des données d’État civil. À ce titre, nous appuyons nécessairement le projet, d’autant plus qu’il peut être un catalyseur d’opportunité pour des téléservices nécessitant potentiellement une identité forte : la plainte en ligne, la procuration de vote…

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Raphaël Marchal, journaliste