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"Livre blanc de la sécurité intérieure" : plus de 80 auditions en janvier sur le "continuum" (Philippe Galli, rapporteur)

"Toutes les choses sont sur la table, les discussions peuvent se mener de façon concrète", déclare Philippe Galli, mardi 17 décembre 2019. Chargé de conduire les travaux sur le "continuum de sécurité" dans le cadre du "livre blanc de la sécurité intérieure", le préfet s’exprimait à l’occasion du colloque du CDSE, à Paris. Il indique que son groupe de travail doit mener "plus de 80 auditions" au mois de janvier 2020, et fait part de ses premières "convictions".

L’objectif du "livre blanc de la sécurité intérieure" est "de se projeter sur les cinq à dix années à venir", déclare Philippe Galli, rapporteur du groupe de travail "partenariat et continuum de sécurité". Il s’exprimait lors du colloque annuel du CDSE, mardi 17 décembre 2019 à Paris (lire sur AEF info). Les travaux doivent permettre "de poser des questions et d’apporter des éléments de réponse politiques et stratégiques que l’on pourra traduire ensuite dans des textes", poursuit le préfet. "Le temps parlementaire étant ce qu’il est, un certain nombre de services ont déjà des éléments techniques sur la table", précise-t-il. "Le vrai sujet, aujourd’hui, c’est d’avoir le portage politique pour faire avancer et faire bouger les lignes. Je pense que la conjoncture est favorable, les astres sont bien alignés."

Reprenant les mots du ministre de l'Intérieur un peu plus tôt (lire sur AEF info), Philippe Galli assure que le temps de la méfiance vis-à-vis du secteur privé "est révolu". Il indique que les groupes de travail se sont déjà réunis "plus d’une dizaine voire une quinzaine de fois pour mettre à plat les sujets techniques et juridiques". "Le temps de la concertation s’ouvre", souligne le préfet, en annonçant qu’une circulaire a été signée pour lancer la consultation au niveau local (lire sur AEF info). "Tout le mois de janvier va être consacré aux auditions, aux échanges avec l’ensemble des partenaires qui souhaitent nous rencontrer."

Une "structure" sur le "continuum" de sécurité

Le rapporteur du groupe de travail sur le "continuum de sécurité" évoque par ailleurs plusieurs de ses "convictions". "Dans l’organisation du ministère, aujourd’hui, on ne voit les sujets de police municipale comme de sécurité privée qu’au travers de deux prismes : celui de la DLPAJ – donc le point de vue du juriste pur et dur — ou celui de la DGCL, qui est responsable de l’administration locale et de terrain", estime Philippe Galli. "Nous pensons qu’il serait bien de créer une structure qui soit capable de penser les sujets de police au sens noble du terme, c’est-à-dire de sécurité, et de donner du contenu à un concept certes séduisant mais assez creux qui est le continuum."

"Nous sommes très demandeurs d’un certain nombre de prestations dont nous savons que la puissance publique ne pourra plus bien les assumer", déclare le préfet. "Je pense en particulier à un sujet bien connu : la notion de levée de doutes." Il estime par exemple que l’utilisation d’équipes cynophiles privées agrées pour cette mission serait "un gain économique certain" et permettrait aux policiers et aux gendarmes de se "concentrer sur le cœur de métier".

Un marché semblable à celui de l’immobilier il y a 15 ans

Philippe Galli pointe également l'"atomisation" du marché de la sécurité privée. "Nous ne construirons pas des services de sécurité performants et efficaces avec un marché totalement atomisé, dont les prix sont potentiellement à la baisse", affirme-t-il. "Je me suis amusé à regarder les cinq derniers marchés passés par le ministère de l'Intérieur dans le domaine de la sécurité. Sur ces cinq marchés, au moins trois ont comme premier critère le prix. Quand on est sur cette tendance-là, évidemment, c’est assez difficile de construire."

Pour le préfet, les "efforts faits" par les entreprises du secteur pour se rassembler au sein du GES constituent "un élément d’avancée" (lire sur AEF info). Interrogé sur une des propositions de l’organisation patronale consistant à publier la liste des sociétés et des dirigeants autorisés et celle des sociétés et dirigeants sanctionnés (lire sur AEF info), il note "que cela a été fait dans d’autres domaines professionnels" et a permis d'"améliorer les choses". Philippe Galli compare ainsi le marché de la sécurité privée actuel à celui de l’immobilier "il y a quinze ou vingt ans" : "Cela a pris à peu près quinze ans pour le structurer et l’assainir. Aujourd’hui, c’est un marché mature avec des règles claires, avec la publication des indélicats, avec la liste des agréés, etc."

Un "guide pratique" sur l’appel d’offres

"Nous parlons souvent du prix et, lors de la médiation interentreprises (lire sur AEF info), nous avons été focalisés sur le prix. Or le prix, il faut le mettre en relation avec une qualité", pointe pour sa part Éric Balastre, directeur de la prévention et de la protection du groupe Renault. "Aujourd’hui, dans la sécurité privée, il faut à mon avis faire un pas de progrès sur la qualité perçue de la prestation." Selon lui, cette qualité se repère grâce à "la qualification des agents", au "management intermédiaire", ou encore à "la politique RH" du prestataire. Éric Balastre évoque également la possibilité de "mettre en place des dispositifs de leurres" pour "éviter qu’une ronde, par exemple, soit une randonnée ou une promenade" mais que "la personne aille bien chercher les choses".

Il indique que Renault limite parfois "à un niveau" la sous-traitance "de manière temporaire" en sécurité privée. La "sous-traitance en cascade" détruit "la chaîne de valeur" pointe le directeur, qui évoque en outre une perte de qualité. Également président de la commission "sécurité privée" du CDSE, Éric Balastre annonce la publication prochaine d’un "guide pratique" consacré à l’appel d’offres. Ce mémo contiendra des recommandations pour chaque étape de l’appel d’offres. "On n’achète pas des chaussettes de la même manière qu’on achète une prestation de gardiennage", souligne le responsable.

"se donner les moyens d’avancer" sur la vidéosurveillance

Selon Philippe Galli, "plus de 6 000 communes" sont aujourd’hui équipées d’un système de vidéosurveillance représentant au total "plus de 60 000 caméras". "Le déploiement de la vidéoprotection est en marche partout : dans les entreprises, dans les lieux ouverts au public, sur la voie publique", note le préfet. "Je pense qu’il faut vraiment mettre les choses sur la table, se donner les moyens d’avancer", poursuit-il. "Juridiquement c’est complexe et le cheminement est étroit, mais j’ai cru comprendre qu’il y avait une véritable volonté politique et technique d’avancer."

Philippe Galli considère notamment qu’il faut "aller plus loin" dans le déploiement et la mise en commun de CSU avec les forces de police ou de gendarmerie, "en respectant les règles de droit mais également en respectant la notion de vie privée et le droit à l’image". "Le fondement des relations entre un maire et les forces de sécurité, c’est la convention de coordination. Nous croyons beaucoup au développement de ces conventions de coordination pour décrire précisément l’usage, les moyens à mettre en œuvre et les exploitations qui en sont faites", ajoute-t-il.


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Marie Desrumaux, journaliste