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Sécurité des Jeux olympiques 2024 : "Le recrutement d’agents étrangers est une crainte terrible" (Frédéric Gauthey, GES)

"Le recrutement d’agents étrangers pour la sécurisation des Jeux olympiques de 2024 est une crainte terrible pour la sécurité privée, pour des raisons socio-économiques, morales et opérationnelles." C’est ce qu’affirme le président du GES, Frédéric Gauthey, lors du colloque annuel du CDSE, organisé à Paris mardi 17 décembre 2019. "Cela correspondrait à un échec moral retentissant." Il revient par ailleurs sur les propositions du GES pour le "livre blanc" de la sécurité intérieure. Sébastien Bazin, P-DG du groupe Accor, évoque pour sa part les moyens de cybersécurité du groupe.

"Dans un pays qui compte trois millions de chômeurs, comment imaginer que pour sécuriser les Jeux olympiques de 2024, nous allons demander de la main-d'œuvre issue de pays européens de l’ex bloc de l’Est ?", s’interroge le président du GES (Groupement des entreprises de sécurité), mardi 17 décembre 2019. Frédéric Gauthey s’exprimait lors d’une table ronde organisée dans le cadre du colloque annuel du CDSE, à Paris. "Les Jeux olympiques doivent avoir un impact financier pour la France", poursuit-il.

"En outre, même s’il existe des équivalences, qui pourra nous certifier que les formations, les savoir-faire et les savoir être des agents provenant de ces États seront exactement les mêmes que ceux des agents de sécurité français ?" Frédéric Gauthey affirme que "cela pose aussi question en cas d’une éventuelle sanction", notamment pour les déplacements des représentants de l’entreprise visée, censés revenir en France pour être auditionnés dans le cadre du contradictoire. "Par ailleurs, rien ne pourra empêcher que ces agents exercent sur le territoire français après l’événement."

"La croisée des chemins"

"À l’aune de la Coupe du monde de rugby de 2023 et aux Jeux olympiques de 2024, on fait état d’un besoin supplémentaire de 20 000 à 30 000 personnes supplémentaires", rappelle le président du GES (lire sur AEF info). "Cela ne semble pas réalisable au vu des conditions actuelles. L’État doit nous accompagner dans notre rénovation", fait-il valoir. "Nous sommes à la croisée des chemins." Frédéric Gauthey rappelle que 50 % des effectifs du secteur sont payés au Smic. "Dans ces conditions, nous ne sommes pas attractifs et nous avons du mal à recruter. Chaque année, il nous manque environ 10 % d’effectifs, problème que nous pallions par le recours aux heures supplémentaires et à l’intérim."

"La sous-traitance en cascade tire les prix vers les bas", déplore le président du GES. "Il faut trouver un 'dindon' pour prendre le marché à un prix un peu plus réduit. Elle provoque en outre, pour le client, une perte de contact, de connaissance de la qualité des prestations", poursuit-il. "Pour un service qui contribue à l’intérêt national, cela nous semble incroyable. Il y a des zones où la sous-traitance en cascade atteint le dixième ou le quinzième niveau."

Gravir un échelon

"Nous devons gravir un échelon supplémentaire en termes de continuum de sécurité", note également Frédéric Gauthey. "Le maître-mot, c’est la confiance. Or aujourd’hui, il est difficile pour l’État de s’engager auprès d’un secteur où 7 % des entreprises mettent la clé sous la porte chaque année, et où à peu près autant renaissent de leurs cendres quelques semaines ou quelques mois plus tard", témoigne le président du GES. Selon lui, "le secteur doit apporter davantage de garanties". "Il s’agit de mettre à disposition du personnel formé, à l’écoute des besoins des clients." Plus généralement, Frédéric Gauthey plaide pour la mise en œuvre d'un "dispositif de garantie financière, qui serait une excellente idée pour pouvoir assurer à l’État que ses interlocuteurs sont des entreprises sérieuses, solides, quelle que soit leur taille, et qui permettent une montée en compétences des équipes" (lire sur AEF info). Cette mesure figure parmi les propositions de l’organisation patronale pour le "livre blanc" de la sécurité intérieure (lire sur AEF info).

Dans le cadre de la rédaction du document (lire sur AEF info), "d’autres mesures doivent être discutées, comme la montée en gamme de nos équipes", poursuit le président du GES. Il rappelle que l’organisation soutient l’instauration d’une protection juridique des agents de sécurité, la possibilité d’assermentation des agents et la possibilité d’assouplir l’intervention sur la voie publique. "À l’heure actuelle, il faut une autorisation préfectorale. Nous pensons qu’une simple déclaration suffirait." Frédéric Gauthey rappelle par ailleurs sa volonté d’envoyer "d’ici la fin de l’année un courrier commun avec Stéphane Volant au ministre de l'Intérieur, afin d’étudier des mesures que seraient prêtes à défendre le CDSE" (lire sur AEF info). Nous sommes prêts à dépasser les clivages traditionnels, afin de faire monter en gamme le secteur."

Une assermentation

Jean-Pascal Ramon, directeur sécurité France de Carrefour, revient sur la proposition du GES visant à mettre en place une possibilité d’assermentation des agents de sécurité dans le cadre de la constatation du vol à l’étalage. Il estime cette situation "parfaitement imaginable". Interrogé sur l’évolution vers une transmission plus directe des images de vidéosurveillance des centres commerciaux aux forces de l’ordre, autrement que via une réquisition, il s’y déclare "favorable". "Il faudra bien évidemment que ce soit accompagné par la loi et les règlements nécessaires. Il faut donner du sens à ce genre de décisions, avertir les collaborateurs et les clients", précise-t-il. "Ce genre d’évolutions peut être bien compris, une fois que l’on a dit que cela permettait d’améliorer la sécurité globale du magasin, des clients, des collaborateurs et de la totalité du site commerciale."

Le directeur sécurité France de Carrefour décrit en outre la sécurisation d’un groupe composé de "1 300 sites dans 30 pays, pour 380 000 collaborateurs". "Nous avons une implantation territoriale très forte. Au sein même de la direction sécurité France, composé d’une cinquantaine de personnes, nous avons une organisation territoriale", précise Jean-Pascal Ramon. "Sur chaque territoire, il y a un référent régional sécurité qui fait le lien avec le siège et les acteurs locaux. Tous les directeurs doivent connaître ses coordonnées."

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Raphaël Marchal, journaliste