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"Continuum" de sécurité : "Le temps de la méfiance est révolu" (Christophe Castaner, colloque du CDSE)

"Le ministère de l'Intérieur est pleinement conscient de l’appui considérable que doit apporter le secteur privé à la sécurité de nos concitoyens", estime Christophe Castaner, mardi 17 décembre 2019. Le ministre de l'Intérieur s’exprimait lors du colloque annuel du CDSE à Paris. Selon lui, "le temps de la méfiance est révolu". "La volonté de travailler avec l’État, de faire émerger des solutions est là." Christophe Castaner évoque l’avancée des travaux du "livre blanc" sur la sécurité intérieure, notamment concernant le "continuum" de sécurité, et identifie les enjeux de ce dernier.

Le ministre de l’Intérieur s'est exprimé en ouverture du colloque du CDSE, mardi 17 décembre 2019. Droits réservés - DR

"Le continuum de la sécurité va faire un bond en avant", estime le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, lors du colloque annuel du CDSE (Club des directeurs de sécurité & de sûreté des entreprises), organisé à Paris, mardi 17 décembre 2019 (lire sur AEF info). Il rappelle qu’un "pan entier" du livre blanc est réservé à ce sujet, et qu’un groupe de travail dirigé par le préfet Philippe Galli lui consacre ses travaux (lire sur AEF info). "Sa mission est d’élaborer une base, un diagnostic, certes amendable, mais qui permettra d’avoir cette photographie la plus précise possible de la situation", précise le ministre de l'Intérieur. Le livre blanc, attendu pour le début de l’année 2020, doit permettre l’élaboration d’une "loi de programmation" de la sécurité intérieure (lire sur AEF info).

"L’heure de la consultation est maintenant venue, la plus vaste et la plus inclusive possible", ajoute Christophe Castaner (lire sur AEF info). "Experts, professionnels, y ont toute leur place. Votre analyse est nécessaire", indique-t-il à l’adresse des adhérents du CDSE. "Vos contributions doivent apporter des solutions, faire en sorte que le bon acteur soit au bon endroit, pour être le plus efficace possible, qu’il soit public, privé, qu’il porte un uniforme, ou pas." Il indique en outre que les apports du secteur privé ne doivent pas uniquement nourrir les réflexions autour du "continuum" de sécurité. "Le livre blanc est un exercice vaste, qui doit permettre de cerner précisément les enjeux de la sécurité privée de demain, et les meilleurs moyens d’y répondre".

Les enjeux du "continuum"

Le ministre de l'Intérieur identifie en outre plusieurs enjeux du "continuum" de sécurité. Concernant les entreprises de sécurité privée, il fait part de sa volonté d’aller vers "des compétences personnelles et qualifiées", des formations "plus cadrées", "des carrières plus attractives". "Nous devons multiplier les échanges avec le secteur privé pour mettre en place des standards et des filières de formations adaptées, qui sont aujourd’hui insuffisantes", juge Christophe Castaner. Du côté des donneurs d’ordre, "nous avons besoin que les entreprises prennent en compte la dimension de sécurité dans leur travail et dans leur quotidien". "Elles doivent se protéger et s’en donner les moyens, au niveau des infrastructures et des systèmes d’information. Trop souvent, vous êtes victimes et nous constatons des fragilités", témoigne-t-il.

"Plus généralement, il est essentiel que les directeurs de sécurité et de sûreté puissent avoir des prérogatives fortes, au sein des grandes entreprises et des secteurs particulièrement sensibles", poursuit le ministre de l'Intérieur. "Il faut un cadre réglementaire et économique adapté. L’État et les autres donneurs d’ordre doivent pouvoir s’appuyer sur des entreprises de sécurité qui soient stables et solides", note-t-il par ailleurs. "Le morcellement et les faillites à répétition sont des ennemis de la sécurité. Elles empêchent les relations de confiance de s’établir", déplore Christophe Castaner. "Il est indispensable d’avoir des normes qui assurent une sécurité irréprochable et une articulation des acteurs optimale." Il rappelle que certaines pistes ont été évoquées dans le rapport des députés LREM de la Drôme, Alice Thourot, et de la Seine-et-Marne, Jean-Michel Fauvergue (lire sur AEF info). "Le livre blanc doit nous permettre de faire émerger des propositions audacieuses."

Une "erreur d’analyse"

Christophe Castaner s’émeut par ailleurs des "reproches" relevés dans certains articles de presse, sur sa volonté de confier au secteur privé des prérogatives en matière de sécurité (lire sur AEF info). "Assumer cette position, ce serait assumer une forme d’impuissance de l’État et confier au privé ce qui relève du sacré", analyse le ministre de l'Intérieur, qui juge que cette position consiste en une "erreur d’analyse". "L’État doit avoir la modestie de penser qu’il ne peut pas tout, dans toutes les formes que représente la sécurité. Il faut aussi arrêter de penser que tout ce qui serait privé serait mal, avec le mythe du public qui serait capable de toujours faire mieux."

"Nos adversaires vont toujours beaucoup plus vite que nous. Ils utilisent des armes qui ne respectent pas forcément le cadre légal dans lequel nous sommes", déclare-t-il. "Il y a de plus des menaces qui relèvent de niveaux de financement que nous ne pouvons soutenir", ajoute-t-il. "Il est donc indispensable de construire ce continuum de sécurité. Le moment est venu de mettre toutes nos forces en commun, de bâtir cette société de toutes les sécurités." Pour Christophe Castaner, "la sécurité passe d’abord par l’État, par les collectivités". "Mais omettre le secteur privé, c’est oublier beaucoup de pièces du puzzle et se priver d’une vraie expertise et de vrais talents", affirme-t-il. "Il y a des entreprises de sécurité privée de toute taille, disséminées partout sur notre territoire. Toutes ces entreprises sont essentielles pour la sécurité de nos concitoyens."

Stéphane Volant : "L’entreprise est devenue un maillon fort du continuum de sécurité"

 

"Ces dernières années, l’entreprise est devenue un maillon fort du continuum de sécurité", déclare Stéphane Volant, président du CDSE (lire sur AEF info), en ouverture du colloque annuel de l’association, mardi 17 décembre 2019. "Dans le même temps, les collectivités territoriales sont également devenues un maillon fort. Nous prenons toutes et tous part à la sécurité de nos concitoyens", ajoute-t-il. "Au sein des entreprises, les directeurs de sûreté ou de sécurité des entreprises participent plus régulièrement au comité de direction générale et au comité exécutif", se félicite Stéphane Volant. "Les budgets de sécurité ne sont plus vus comme une sorte d’impôt révolutionnaire prélevé sur l’entreprise ou les collectivités en lieu et place de l’État qui se désengagerait, mais comme un investissement à la rentabilité certaine, un avantage concurrentiel, un atout qui pèse de façon déterminante dans le dynamisme et l’attractivité."

Revenant par ailleurs sur l’arrestation du P-DG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, au Japon, en novembre 2018, il appelle à "réfléchir à des moyens de protéger les dirigeants des fleurons de l’industrie française". "Cela pourrait s’incarner par l’instauration d’un passeport ouvrant droit à la protection diplomatique, en fonction de l’intérêt stratégique que revêt l’entreprise, son chiffre d’affaires et le nombre de salariés qu’elle emploie", déclare Stéphane Volant.

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Raphaël Marchal, journaliste