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Patrick Guyonneau, DGSI : "La reconnaissance faciale peut accélérer les décisions des forces de l’ordre" (Milipol 2019)

"La reconnaissance faciale peut accélérer les décisions des forces de l’ordre", estime Patrick Guyonneau, directeur technique de la DGSI, jeudi 21 novembre 2019, lors du salon Milipol. "Le temps est devenu un facteur clef. Il faut produire plus vite de l’analyse", souligne-t-il, indiquant que cette technologie fait l’objet de réflexions dans le cadre du "livre blanc" sur la sécurité intérieure. Jean-Marc Cesari, à la tête de la Sdao de la gendarmerie nationale, estime pour sa part "nécessaire" de continuer à diffuser une culture du renseignement. Guillaume Farde (Risk&Co) plaide pour un partage d’informations sécurisé avec le secteur privé.

"La biométrie, le croisement de données et la reconnaissance faciale sont des réelles aides pour les forces de l’ordre", déclare Patrick Guyonneau, directeur technique de la DGSI, lors d’une conférence organisée dans le cadre du salon Milipol, jeudi 21 novembre 2019 à Villepinte (Seine-Saint-Denis). "L’ensemble des services discutent de l’utilisation de la reconnaissance faciale depuis un grand nombre d’années. Il faut désormais encadrer son utilisation, trouver la manière de mettre cette aide à la qualité de l’enquête à disposition du plus grand nombre de missions de prévention." (lire sur AEF info)

"Les services de renseignement doivent affronter, de plus en plus, un tsunami de données", poursuit Patrick Guyonneau. "Cette tendance devrait encore s’accélérer avec l’apparition de nouvelles technologies, comme la 5G. De plus, le 'Privacy by Design' nous offre de moins en moins de données 'en clair'", ajoute-t-il. "Les tendances poussent au chiffrement. Les services de renseignement sont confrontés à deux enjeux : capter plus d’information, et changer les méthodes d’analyse afin de déterminer des intentions, des idées de passage à l’acte avec de moins en moins de contenus et de plus en plus de données chiffrées."

Diffuser la culture du renseignement

"Il existe toujours un besoin de diffusion de la culture du renseignement", observe pour sa part le général Jean-Marc Cesari, sous-directeur de l’anticipation opérationnelle au sein de la gendarmerie nationale. "Il y a des enjeux de formation qui tournent fondamentalement autour de la diffusion de cette culture", précise-t-il. "Ensuite, on trouvera des enjeux plus techniques selon les fonctions qu’occupent les capteurs ou agents des services."

Jean-Marc Cesari note par ailleurs que "la détection de la radicalisation nécessite la formation d’un maximum d’agents". "Nous avons besoin d’ancrer cette posture active de vigilance dans les grandes agglomérations, les quartiers comme les territoires ruraux. À la gendarmerie, nous avons entrepris un gros effort de formation sur ce sujet", poursuit-il. "Cela se fait avec le CIPDR pour la détection de critères de radicalisation. L’académie du renseignement permet également de fédérer les bonnes pratiques, les perceptions des agents des différents services qui s’y côtoient."

Un partage sécurisé

"Les entreprises de sécurité privée sont détentrices d’informations. Elles doivent pouvoir le partager avec les administrations de l’État au quotidien", déclare pour sa part Guillaume Farde, directeur de la stratégie, du développement et du marketing de Risk&Co. "Elles connectent de l’information, qu’elles se trouvent dans l’espace privé ou public, lorsqu’elles sécurisent de grands événements", pointe-t-il par exemple. "Ces informations peuvent intéresser les administrations de l’État, la police, la gendarmerie. Il est par conséquent nécessaire de mettre en place un cadre de partage sécurité de l’information."

Saluant la coopération qui s’est nouée entre secteur privé et autorités publiques, il estime que "l’enjeu est désormais de formaliser ces relations". "Il y a déjà des conventions, des organismes qui échangent avec les services, comme le CDSE. Tout cela va dans le bon sens. Il faut l’accélérer", ajoute-t-il. Selon Guillaume Farde, "l’articulation des forces de sécurité publiques et des agents privés n’est pas encore établie complètement". "Il s’agit de définir concrètement quel est le rôle de chacun. Le ministère de l'Intérieur doit désormais définir sa doctrine en la matière. Cette réflexion devrait être portée par le groupe sur le continuum, dans le cadre des travaux du livre blanc."

Guillaume Farde observe par ailleurs que "certaines activités de sécurité privée sont réglementées, mais ce n’est pas le cas du conseil". "Risk & Co n’est pas considérée comme une activité de sécurité, alors qu’elle intervient à titre marchand dans le domaine de la protection des personnes et des biens", pointe-t-il. "Ces activités devraient être réglementées, pour aller dans le sens de la sécurisation générale de la Nation."

Trois défis pour l’UE

Emmanuel Saliot, conseiller pour la sécurité et la défense au Conseil de l’Union européenne, identifie plusieurs "défis majeurs pour la sécurité des États membres" : les combattants étrangers encore présents en Irak et en Syrie et la collecte d’éléments de preuve sur zone, qui doivent permettre leur judiciarisation et leur "condamnation longue". Il évoque en outre la lutte contre l’idéologie extrême, qu’elle se transmette en ligne ou en prison.

Selon lui, l’Union européenne suit également de près les "technologies disruptives". "Beaucoup de projets sont en open source. En outre, le chiffrement gêne énormément les services de renseignement", ajoute-t-il, citant notamment "le cryptage des protocoles internet". "L’Europe, du point de vue industriel, est un nain technologique. C’est un enjeu majeur pour la Commission."

"On essaie de pousser, au sein d’Europol, la création d’un Innovation Lab", poursuit Emmanuel Soliot. "Il s’agit d’avoir un centre d’expertises sur les nouvelles technologies, d’évaluer les risques, lancer des projets en soutien de l’industrie européenne", détaille le conseiller. "Nous avons proposé de nommer en son sein un représentant du CEPD, qui dit le droit sur la protection des données, qui a un pouvoir extrêmement fort et qui crée souvent des obstacles, notamment par rapport aux mandats des agences. Cela aiderait à trouver des solutions juridiques au bénéfice des solutions opérationnelles."

Il salue par ailleurs la nomination d’un commissaire européen dédié aux questions de sécurité en 2016, à savoir le Britannique Julian King, chargé de l’Union de la Sécurité (lire sur AEF info). "C’était assez novateur dans le système de la Commission, et c’est moins clair dans la Commission von der Leyen", regrette-t-il (lire sur AEF info).

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