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Sécurité privée : quelles pistes pour une mise en œuvre concrète du "continuum de sécurité" ? (Milipol 2019)

"Le continuum de sécurité est un très beau concept mais, derrière, il faut qu'il y ait du concret", estime Claude Tarlet, président de la FFSP, lors d’une table ronde organisée au salon Milipol, mercredi 20 novembre 2019, à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Pour Catherine Piana, directrice générale de la Coess, "il ne peut y avoir de collaboration entre le public et le privé" si plusieurs critères ne sont pas réunis. Éric Balastre, directeur de la prévention et de la protection du groupe Renault et membre du CDSE, invite les entreprises de sécurité privée à différencier leurs prestations.

Pour que le "continuum de sécurité" se mette en place concrètement (lire sur AEF info), "il faut que, dans les territoires et à l’échelon central, on organise le lien entre les différentes familles qui concourent à la sécurité intérieure du pays". C’est que déclare Claude Tarlet lors du salon Milipol, qui se tenait du 19 au 22 novembre 2019 à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Le président de la Fédération française de la sécurité privée préconise la définition "d’un certain nombre de règles fondamentales" et de "schémas directeurs concrets, pratiques, de travail en commun". "Cela dépasse le cadre du renseignement et du partage de l’information (lire sur AEF info), même si c’est très important."

Claude Tarlet estime en outre que le "continuum de sécurité" doit aller "beaucoup plus loin que les entreprises traditionnelles de surveillance humaine". "Cela concerne aussi les acteurs de la technologie et de l’intelligence." (lire sur AEF info) Le président de la FFSP relève également qu’il existe "pas moins de six conventions collectives" dans le secteur de la sécurité privée. "Il va falloir faire un immense travail pour homogénéiser et être capables de parler d’une même voix."

"Ne pas tout attendre de l’État"

"Je suis de ceux qui pensent qu’il ne faut pas tout attendre de l’État", poursuit Claude Tarlet. Selon lui, "le politique aujourd’hui ne peut plus, ne sait plus, ne veut plus ou n’a plus les moyens d’intervenir dans un certain nombre de domaines". Le président de la FFSP considère que la sphère économique de la sécurité privée "doit être organisée par les entrepreneurs eux-mêmes, par ceux qui produisent de l’intelligence, par ceux qui imaginent des systèmes, par ceux qui les développent, par ceux qui les mettent en œuvre, et par les femmes et les hommes qui agissent sur le terrain".

Catherine Piana, directrice générale de la Confédération européenne des services de sécurité, plaide pour la mise en place d’un certain nombre de critères indispensables, selon elle, à une collaboration "entre le public et le privé". En écho aux travaux de son organisation (lire sur AEF info), elle souligne l’importance de la "qualité" des prestations, "qui repose notamment sur l’achat raisonné, intelligent et pertinent de services de sécurité". Catherine Piana insiste également sur la "conformité" aux règles administratives, fiscales, sociales, ainsi que sur la nécessaire "confiance" entre les acteurs, notamment privés et publics.

"Une qualité uniforme"

"Les sujets commencent à faire consensus", note Éric Balastre, directeur de la prévention et de la protection du groupe Renault et administrateur du CDSE (lire sur AEF info). Il fait valoir que la notion de "qualité" des prestations concerne aussi "les résultats". "Ce qui est important, c’est que la qualité des exigences décrites et prescrites par le client soit respectée", pointe Éric Balastre. "Tant que les entreprises montreront une qualité uniforme, c’est-à-dire pas suffisamment de différenciation entre les prestations qu’elles peuvent offrir, le débat ne pourra porter que sur le prix", ajoute-t-il.

"La qualité de la prestation sécurité repose beaucoup – mais pas que – sur le management intermédiaire", observe en outre le directeur de la prévention et de la protection de Renault. Pour ce dernier, "il ne faut pas que les gens grandissent dans l’organisation uniquement parce qu’ils ont été des bons agents". "Ce seront des bons managers, peut-être, mais pas sûr. Il faut y associer des formations." Éric Balastre invite également les donneurs d’ordre à indiquer aux services des achats "les prestataires avec lesquels ils ne pourront pas travailler".

Des leviers européens

Catherine Piana souligne par ailleurs que les entreprises de sécurité privée disposent de marges de manœuvre au niveau européen. "Il est tout à fait possible d’influencer ce qui se passe à Bruxelles et, ensuite, de relayer, d’utiliser la marge de manœuvre qui est la vôtre au niveau national." La directrice générale de la Coess cite l’exemple de l’Espagne qui, lors de la transposition d’une directive européenne sur les achats publics, "a réussi à faire insérer dans la loi un critère de qualité qui serait supérieur à 50 %" pour l’achat de certaines prestations de sécurité privée.

Elle invite également à se pencher "sur des exemples qui fonctionnent bien" dans d’autres pays, comme l’a fait la Coess pour son "livre blanc" (lire sur AEF info). "Lorsque vous êtes dans un moment de réflexion sur la future législation, vous n’avez pas besoin d’aller très loin pour trouver de très bons exemples", souligne Catherine Piana en référence au cadre législatif belge. Cette dernière évoque également le cas de la Finlande, où "le gouvernement paie un fonctionnaire pour aider les sociétés de sécurité privée à avoir davantage de résilience en cas de crise". "Ils ont considéré que le secteur de la sécurité privée est essentiel au fonctionnement de la société."

La Coess commence, de son côté, à travailler sur la certification au niveau européen des services de sécurité privée dans les infrastructures critiques. "La législation nous paraît insuffisante […], nous voulons donc apporter des précisions." Catherine Piana précise que les travaux "avancent au rythme de la normalisation", ce qui "prend du temps".

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Marie Desrumaux, journaliste