Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page

Sécurisation des sommets internationaux : retour d’expérience sur le G7 de Biarritz et le G20 de Buenos Aires (Milipol)

Jean-Christophe Moraud, chargé de l’organisation du sommet du G7 à Biarritz en 2019, souligne la nécessité de concevoir un dispositif de sécurité des grands événements "adaptable" aux aléas opérationnels, mercredi 20 novembre 2019 à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Le haut fonctionnaire s’exprimait à l’occasion d’une conférence organisée dans le cadre du salon Milipol. Deux représentants de la société Idemia décrivent pour leur part l’organisation du sommet du G20 de Buenos Aires en 2018, évoquant notamment l’apport de la reconnaissance faciale.

"Nous avons conçu le dispositif de sécurité du G7 de manière à le rendre adaptable", témoigne Jean-Christophe Moraud, ex-secrétaire général adjoint auprès de la présidence française du G7, dont le sommet s’est déroulé à Biarritz du 24 au 26 août 2019 (lire sur AEF info). Il intervenait lors d’une conférence organisée dans le cadre du salon Milipol, mercredi 20 novembre 2019. "En France, quand on organise des événements de cette nature, on prend plutôt des villes de taille moyenne, aux alentours de 30 000 habitants", note le préfet. L’organisation de la conférence diplomatique a dérangé "le moins possible la vie de la station touristique", estime-t-il, alors que la population de Biarritz passe de 25 000 habitants en hiver à plus de 100 000 pendant la saison estivale.

Un dispositif de sécurité adaptable

Jean-Christophe Moraud témoigne des nombreux aléas qui ont dû être pris en compte lors la préparation du sommet, rappelant que l’organisation s’est étalée sur une année entière. "Même si les grandes lignes se sont dessinées au mois de décembre 2018, nous n’avons eu le programme qu’au mois de juin", note le haut fonctionnaire.

Il révèle que les services de sécurité n’ont été mise au courant de la venue de la délégation iranienne que le 19 août 2019, soit cinq jours avant le début du sommet, ce qui a causé un défi "logistico-sécuritaire". Plus généralement, il remarque que les principales difficultés touchaient aux transports. Il souligne les capacités limitées de l’aéroport de Biarritz face aux demandes des chefs d’États, ces derniers exigeant de pouvoir décoller "immédiatement en cas de nécessité". Le préfet pointe par ailleurs une coordination "chronophage" avec la délégation américaine, indiquant que "dans les sommets internationaux, tous les États sont égaux sauf les États-Unis".

50 000 personnes badgées

Concernant la sécurisation du périmètre du sommet, Jean-Christophe Moraud précise que 50 000 riverains ont été "badgés" entre le mois d’avril 2019 et le début du sommet, dont 4 000 entre la veille et le matin du premier jour du sommet. Une "opération d’une ampleur inédite", menée "en régie par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques avec la sous-préfecture de Bayonne". Il assure que le fichier contenant toutes les données "a été aujourd’hui détruit". Le préfet ajoute également que "22 000 véhicules sont également passés au déminage".

Le représentant de l’État insiste sur le travail en amont des services de renseignement, qui ont conduit les autorités à délivrer "450 décisions ministérielles d’interdiction d’accès au territoire national entre mai et juin 2019", à destination des personnes connues des services de police. "Tout ça dans le cadre d’une coopération extrêmement serrée avec les autorités espagnoles", précise-t-il. Il pointe également les difficultés relatives aux "dispositifs malveillants de cybercriminalité". "Un système a été mis en place avec la DGSI et la DGSE pour la lutte informatique offensive dès le mois de septembre/octobre 2018."

Des solutions technologiques

Albert Tabet, vice-président de la division "police et analyse vidéo" au sein de l’entreprise française de sécurité numérique Idemia, met pour sa part en avant l’apport des technologies biométriques et de reconnaissance faciale proposées par l’entreprise dans l’organisation du G20 qui s’est tenu à Buenos Aires (Argentine) du 30 novembre au 1er décembre 2018. "L’enjeu, c’est de pouvoir utiliser de telles technologies lors de la sécurisation des grands événements."

Selon lui, les terminaux biométriques ont permis "de fluidifier l’accès à la zone rouge". En outre, "l’ensemble des caméras utilisées pour sécuriser la zone rouge étaient pourvues d’un dispositif de reconnaissance faciale", précise-t-il, ajoutant que "chaque caméra était en mesure de détecter tous les visages et de les comparer avec les 13 000 personnes présentes dans les bases de référence". Cette "base de référence" comprenait les données relatives aux "personnes qui pouvaient créer un risque ou un trouble à l’ordre public", rappelle-t-il. Ces bases de données ont été constituées par la police argentine, les organisations internationales et Interpol.

Sur l’usage généralisé de la reconnaissance faciale, Albert Tabet juge "dommage d’en faire l’économie", à partir du moment "où ces technologies sont efficaces et peuvent être utilisées dans un contexte particulier". "D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un fichage de population, les images sont captées uniquement si une personne avait été recherchée", renchérit un consultant auprès Idemia, ancien cadre du Raid. "L’utilisation de ces nouvelles technologies va rendre les forces de l’ordre beaucoup plus efficaces", ajoute-t-il. Il prévient néanmoins que "les violences périphériques qui ont lieu autour de cette zone sanctuarisée" constituent le "défi futur" de la sécurisation des grands événements.

Fermer

Bonjour

Vous souhaitez contacter

Hugo Robert, journaliste