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Home| Social / RH| Politiques de l’emploi| Dépêche n°616415

En Nouvelle-Aquitaine, le faux médicament Préjugix s’attaque aux 8 préjugés qui touchent les chômeurs

La nouvelle version du Prejugix, le faux médicament anti-préjugés créé en 2015 par l’association lot-et-garonnaise OS, sortira mi-décembre 2019, dotée d’une nouvelle notice dédiée aux chômeurs. L’ADSI Technowest, qui abrite le PLIE de Mérignac (Gironde), a proposé d’ajouter ce thème à la liste des sujets traités. Huit personnes suivies par ce PLIE et par le CCAS de Blanquefort ont planché pour formuler les stigmatisations les plus courantes dont font l’objet les sans-emploi et rédiger des parades pour lutter contre ces idées reçues. Une expérience valorisante, jugent les participants.

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Un atelier de mise en boîte du Préjugix au PLIE de Mérignac le 12 octobre 2019. Droits réservés - DR - Page Facebook ADSI Technowest

Œuvre de l’artiste plasticien Patrick Delpech, alias Pyropat, le Préjugix ® s’est déjà écoulé à plus de 25 000 exemplaires en quatre ans. Dans un emballage reproduisant celui d’une potion médicale, sont glissées des notices pour soigner les idées préconçues trop souvent collées à des groupes de gens ou des âges de la vie ("jeune glandeur", "vieux réac"…)

Neuf notices anti-préjugés, bientôt 16

Neuf thématiques ont déjà été abordées (1). Pour sa nouvelle version, en 400 mg et non plus 200 mg, à paraître le 15 décembre prochain, le Préjugix ® comportera 16 notices. Et pour traiter ces nouveaux sujets, O.S. (Open Space), l’association à l’origine de ce faux médicament, a sollicité, comme il y a quatre ans, des groupes de rédacteurs – des associations, personnes, institutions… faisant quotidiennement l’objet de préjugés.

La méthode mise au point par OS est bien rodée : une phase de constat pour identifier les préjugés avec les participants (quels sont les mots qui sont employés pour les désigner ?) ; un deuxième temps pour laisser s’exprimer les réactions (que ressentent-ils en entendant ces qualificatifs ?) et un dernier temps pour rédiger le message battant en brèche ces idées reçues.

Ne pas parler à la place des demandeurs d’emploi

Pour la version enrichie du Préjugix, O.S. a souhaité impliquer davantage tous les départements de Nouvelle-Aquitaine et s’appuie pour chacun sur des partenaires relais. En Gironde, l’ADSI Technowest, qui gère entre autres le PLIE de Mérignac côté rive gauche de l’agglomération bordelaise, a proposé sa candidature pour réaliser une notice sur les "chômeurs" avec un groupe de personnes en insertion.

En collaboration avec le CCAS voisin de Blanquefort, les référents du PLIE ont proposé, à partir de novembre 2018, à huit personnes, suivies par l’une ou l’autre de ces deux structures, de participer à ce projet. Trois animatrices étaient présentes aux quatre séances de travail mais elles ne sont pas intervenues dans la rédaction : "ce sont vraiment leurs mots, leur écriture, qui ressortent sur la notice", insiste Aulde d’Ambrière, chargée de lutter contre les discriminations au sein de l’ADSI Technowest.

ce que renvoie le regard des autres

 

Les rédacteurs du PLIE de Mérignac ont identifié huit stéréotypes à propos des "chômeurs" :

  • ce sont des assistés, des profiteurs, des fainéants ;
  • ils attendent que ça leur tombe tout cuit dans la bouche ;
  • les chômeurs sont toujours prêts à toucher les allocations sans se bouger pour le travail ;
  • ils comptent trop sur les autres ;
  • ils se complaisent dans leur situation ;
  • ils nous coûtent cher ;
  • ils ne cherchent pas activement un emploi ;
  • ils sont affalés dans le canapé devant leur télé.

L’objectif était triple : "renforcer leur participation citoyenne, développer leur pouvoir d’agir contre les discriminations et leur capacité à travailler en équipe", poursuit la chargée de mission. "Ce sont souvent les conseillers ou les financeurs qui s’expriment à la place des demandeurs d’emploi. Là, il y a eu prise en compte de leur parole et c’était très enrichissant pour eux", juge Aulde d’Ambrière.

Entre révolte et thérapie

Hélène abonde : "Habituellement, les chômeurs n’intéressent personne. On ne fait pas grève, du coup on est moins visible, alors qu’il faudrait que l’on manifeste car il y a des choses que l’on trouve injustes". Sa conseillère au PLIE Technowest de Mérignac lui a fait découvrir le Préjugix et le concept l’a "tout de suite emballée". Au chômage depuis deux ans, cette quadragénaire, qui a connu ces dix dernières années plus de périodes sans travail qu’en emploi, espère que cet outil de sensibilisation sera diffusé largement.

"Je suis fière d’avoir participé à cette expérience", répond Marème, une autre rédactrice de la notice "chômeurs". "C’était comme une thérapie. En échangeant entre nous, on a vu que l’on n’était pas seul. Et on a écrit collectivement ce qu’il ne faut pas accepter", dit-elle. Sa phrase préférée dans la notice ? "Le chômage n’est pas une fin en soi, ni un choix de vie ; nous le subissons".

Les répliques aux préjugés

 

La notice "chômeurs" déconstruit ces idées reçues en quelques phrases brèves. En précisant comment l’inactivité et le regard des autres engendrent de la souffrance car la profession détermine le statut social. Comment la rupture professionnelle peut entraîner isolement social, baisse d’estime de soi, voire dépression. Elle rappelle que toutes les catégories sociales et professions peuvent être touchées par le chômage. Qu’un indépendant liquidant sa société n’aura pas d’allocations. Que l’assurance chômage n’est pas une rente mais des droits pour ceux qui ont travaillé et cotisé. La notice explique que chercher un emploi peut demander du temps pour s’adapter au marché du travail, aux nouvelles techniques et outils, etc.

Ni Hélène, ni Marème n’ont jamais été traitées frontalement de fainéante ou d’assistée – les deux principaux préjugés auxquels sont confrontés les sans-emploi. Mais ces mots, elles les entendent à la télévision. Hélène sent bien aussi la gêne de son entourage. "Ils n’osent pas aborder le sujet. C’est comme quand quelqu’un a une maladie grave, on ne sait jamais si c’est le moment d’en parler. Comme on hésite à demander : t’as toujours ton cancer ? on ne dit pas : t’es toujours au chômage ?" raconte-t-elle.

La formation, fausse solution "miracle"

D’autres remarques, moins liées, selon elle, à des préjugés qu’à un "manque d’information", l’agacent. "Si on dit qu’on n’a pas de travail, on nous rétorque tout de suite : mais pourquoi tu ne fais pas une formation ? Mais pour suivre une formation, il faut souvent avoir un certain niveau et la majorité d’entre elles sont assez onéreuses. Comment les financer lorsque l’on est sans ressources ? Et puis une formation, ce n’est pas un boulot garanti à la sortie", remarque Hélène.

Autre conseil qui lui hérisse le poil : "Pourquoi tu ne fais pas des ménages ?" "Un boulot sous-payé" que ne voudrait bien sûr jamais exercer celui ou celle qui formule la proposition, assure-t-elle. Dans la restauration, un secteur où elle a travaillé quelques années, il y a des offres mais Hélène, qui a des problèmes de santé et du mal à tenir la station debout, ne peut plus assumer des "semaines à 50 ou 60 heures". Et pour des postes de vendeuse – un autre domaine où elle a travaillé dans le passé – elle dit avoir bien senti, passés 35-40 ans, que son âge était un problème.

Un outil utile au travail comme à la maison

Le Préjugix traite les préjugés, un par un, mais dans la vie quotidienne, les discriminations peuvent en effet se cumuler. "Il ne faut pas rester bloqué par le regard des autres", estime Marème, qui vient de créer sa propre société. La Blanquefortaise s’est équipée d’une boîte du faux médicament (ancienne version) à la maison et joue avec ses amis et avec ses deux filles de 15 et 18 ans à déconstruire les idées reçues.

Quelle diffusion pour le préjugix ?

 

Il sera distribué principalement dans les pharmacies, comme précédemment. Depuis décembre 2015, 129 officines, principalement en Lot-et-Garonne, l’ont mis en rayon et quelques entreprises publiques ou privées ont commandé des boîtes pour l’utiliser en interne avec leurs salariés. Grâce au partenariat noué avec AG2R La Mondiale, la diffusion va s’étendre cette année aux adhérents de cette mutuelle. Les relais dans les départements de l’association O.S. vont aussi sensibiliser leurs propres partenaires. Le PLIE de Mérignac envisage ainsi de relayer l’information auprès des autres plans locaux d’insertion de la Gironde, auprès des CCAS, de Pôle emploi et des entreprises de son réseau, voire d’organiser des "Préjugix parties" pour tester le jeu. Les ateliers de construction des boîtes de ce faux médicament, organisés localement, ont aussi été l’occasion de faire connaître cet outil à des gens de tout âge.

(1) Handicap physique, handicap mental, dépression, familles de malades psychiques, seniors, jeunes, violences conjugales, homosexualité, reconversion professionnelle.

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Sabine Andrieu, journaliste