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Étudiants étrangers : 2019 aura été une "année test" et nous devrons "coordonner les efforts" en 2020 (L. Auer, MEAE)

L’année 2019 aura été "une année test", notamment pour ce qui est des exonérations aux mains du MEAE qui ont été "très peu utilisées", explique Laurence Auer, directrice au MEAE. Elle s’exprimait lors d’une matinée sur l’accueil des étudiants internationaux, organisée par AEF info, la CIUP et TV5 Monde, le 18 octobre 2019. François Germinet (Cergy) et Pierre Van de Weghe (Rennes-I) évoquent le modèle économique à construire pour l’accueil. Voici les échos de cette matinée, à laquelle ont également participé Géraud Guibert (Cour des comptes) et Jean-Marc Bonnisseau (campus Condorcet).

Jean-Marc Bonnisseau (campus Condorcet), François Germinet (université de Cergy-Pontoise), Pierre Van de Weghe (Rennes-I) et Laurence Auer (MEAE). Droits réservés - DR - CIUP

Pour Laurence Auer, directrice de la culture, de l’enseignement, de la recherche et du réseau au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, 2019 aura été "une année test" dans la mise en place du plan "Bienvenue en France", notamment concernant le déploiement des 14 000 exonérations aux mains du MEAE : "Elles ont été très peu utilisées par les postes diplomatiques et les ambassades car les universités ont exonéré de façon massive les étudiants extracommunautaires. Tout ceci devra être calé en année deux pour coordonner les efforts et de ne pas avoir un système avec des critères divergents. L'idée est également, pour les universités, d'améliorer la connaissance des étudiants qu’elles veulent exonérer", poursuit-elle. Elle s’exprimait lors d’une matinée sur l’accueil des étudiants étrangers, co-organisée par AEF info, la CIUP et TV5 Monde.

Elle précise que sur le contingent des 14 000 exonérations aux mains du ministère, "10 000 avaient été proposées à destination des pays africains pour cette première année" et qu’elles seront appliquées l’année prochaine.

exonérations : un outil pour développer "De nouvelles coopérations universitaires" (L. Auer)

Laurence Auer souligne aussi qu' "à partir des exonérations, on construit de nouvelles coopérations universitaires" et qu'elles sont des "accélérateurs à la préparation de co-diplômes et doubles diplômes". Elle précise par exemple que pourra être exonéré un étudiant venant étudier dans le cadre d'un campus franco-étranger, citant le hub franco-ivoirien de l’éducation (lire sur AEF info) ou encore les campus franco-sénégalais et franco-tunisien.

Elle rappelle d'ailleurs que pour accompagner cette projection de l'offre d'enseignement supérieur français à l'étranger, son ministère a lancé il y a quelques mois un appel à projets dédié (lire sur AEF info) qui sera reconduit en 2020. "Cela a poussé les universités à entrer dans une réflexion internationale stratégique portant sur les types de diplômes et les pays pour lesquels il fallait aller chercher ces co-diplomations", commente-t-elle.

Un chantier à ouvrir pour mieux corréler mobilités sortante et entrante

Interrogée sur le constat de baisse des bourses du gouvernement français, formulé par la Cour des comptes dans son dernier rapport (lire sur AEF info), Laurence Auer reconnaît qu’il est "sévère et avéré", précisant cependant qu’il s’appuie sur les données allant jusqu’en 2017. "Dès 2018 et pour deux exercices budgétaires le montant des bourses n’a pas été réduit (63 M€ chaque année)" et y a été adjoint un volet d'exonérations, souligne-t-elle. "Tout le travail conduit par la Cour des comptes sur l’exercice statistique va d’ailleurs nous aider à ouvrir ce chantier qui vise à améliorer l’adéquation avec les besoins des universités et mieux corréler mobilités sortante et entrante", assure-t-elle.

Concernant le bilan du plan "Bienvenue en France", dont est saisie sa direction, Laurence Auer se montre prudente : "Les chiffres consolidés globaux pour les inscriptions en première année commencent à être disponibles, mais pas ceux en master. Or, ce sont ces entrées d’étudiants qui nous intéressent le plus car ils contribuent à la recherche française." Elle souligne qu’il y a des baisses d’étudiants brésiliens en licence, par exemple, mais qu’il faudra encore quelques semaines avant de tirer un bilan affiné.

Quel modèle économique pour l’accueil ?

Côté établissements, Pierre Van de Weghe, vice-président aux relations internationales de Rennes-I, rappelle que son établissement a mis en place les frais différenciés dès cette rentrée 2019 (lire sur AEF info) et accueille environs "200 et 250 étudiants extracommunautaires néo entrants hors échanges". Les ressources supplémentaires tirées des droits d'inscription atteindront entre "80 000 € et 150 000 €".

L'université a également reçu 162 000 € du MESRI pour améliorer l'accueil (lire sur AEF info). "Cela va nous permettre de financer l’accompagnement de tous les étudiants internationaux : aide à la recherche de logement, accompagnement avec du monitorat par des doctorants, renforcement disciplinaire et en français, ainsi que guichet d’accueil, mutualisé avec Rennes-II et plusieurs écoles", explique-t-il. Il précise que ce dernier coûte chaque année 295 000 €, dont 85 000 € financés par Rennes-I. "Accueillir des étudiants étrangers notamment a un coût et ça fait partie des missions que nos établissements doivent maintenant avoir en tête : l’accueil à l’université, ce n’est pas seulement la qualité des enseignements, c’est toute la vie autour", souligne-t-il.

Se pose cependant la question de la pérennisation de ces moyens, le financement apporté par le ministère n’étant que ponctuel. Si la mise en place des frais d’inscription permettra selon lui de financer ces actions, il ajoute qu’il faudra également mobiliser les ressources issues des fondations universitaires. "À Rennes-I, une partie des fonds de notre fondation associée nous permet de financer des bourses d’attractivité et de soutenir l’arrivée d’étudiants internationaux. C’est donc toute une réflexion que l’on est en train de mettre en place", témoigne-t-il.

Mise en place des droits différenciés : "ça va se faire petit à petit" (F. Germinet)

François Germinet, président de l’université de Cergy-Pontoise, rappelle que la Conférence des présidents d’université reste "divisée" sur le sujet des droits différenciés, avec selon lui "une moitié qui est foncièrement contre et une autre qui considère que les droits sont justifiés et que si l'on veut accueillir plus, il faudra monter un modèle économique". À la rentrée 2019, "95 % des universités n’ont pas appliqué la réforme", dont une partie pour des "raisons de calendrier".

"Ça va se faire petit à petit. Les discussions allaient reprendre en interne dans les universités, avec les composantes notamment, pour savoir où il fallait exonérer ou pas. Mais avec les taquineries du Conseil constitutionnel, qui reconnaît la 'gratuité' de l’enseignement supérieur public tout en acceptant des droits 'modiques' (lire sur AEF info) et l’attente que génère la décision du Conseil d’État sur la question (1), ça va remettre de l’attente jusqu’à janvier. Tout ce qui donne du flou génère des perturbations", fait-il remarquer.

Accueil des étudiants : "Raisonner en termes de différenciation entre établissements" (G. Guibert)

 

Concernant la question des frais différenciés, Géraud Guibert précise que dans son rapport, "la Cour des comptes n’a pas pris position sur le sujet mais a regardé l’efficacité des procédures". "L’une des contreparties de cette réforme doit tout d’abord être une amélioration de l’accueil. L’efficacité commande également de donner une plus grande autonomie aux établissements dans la définition de la stratégie des droits d’inscription. Car sur le marché de la formation supérieure, ils sont dans des situations très différentes : certains établissements prestigieux peuvent sans difficulté avoir des tarifs élevés avec un système de bourse, tandis que pour d’autres, une augmentation très forte fait qu’il n’y aura plus d’étudiants extracommunautaires. Évidemment, c’est une perte de chance tout à fait dommageable pour ces établissements, puisque l’idée de l’internationalisation est essentielle pour le monde de demain, à la fois pour les étudiants et les établissements", poursuit le conseiller maître à la Cour des comptes. "À notre avis, il n’est pas illégitime de raisonner en termes de différenciation entre les établissements, ce qui va avec la logique d’autonomie. Il faut très probablement encadrer cette différenciation, ce n’est pas à nous de rentrer dans le détail", souligne-t-il.

Les droits à 2 770 € et 3 770 €, "une première étape" (F. Germinet)

Avec Pierre Tapie, président de la société de conseil Paxter, nous avions calculé que passer de 350 000 étudiants étrangers accueillis en France à 500 000 étudiants internationaux, cela coûterait 1 milliard d’euros. Or, aujourd’hui, les universités fonctionnent à bloc et incorporent déjà 30 000 à 40 000 étudiants nationaux supplémentaires avec la vague démographique. Donc nous n’avons plus aucune marge pour incorporer au coût marginal des étudiants internationaux", explique également François Germinet. "Il faut des financements : soit l’État débloque un milliard, soit il faut aller les chercher."

Rappelant que les droits à 2 770 € en licence et 3 770 € en master correspondent à un tiers du coût réel d'une année de formation environ, il juge que c'est "une première étape dans un modèle économique". "Mais où va-t-on chercher le reste ?", lance-t-il, jugeant que "le curseur du montant des coûts a été positionné un peu au milieu du guet : c’est trop cher pour certains étudiants et pas assez cher si on veut créer une filière complète de manière massive de nouveaux étudiants étrangers". Il précise que les universités sont donc en train de réfléchir à d'autres leviers, notamment la création de "bachelors ou masters internationaux payants, dans le cadre de projets internationaux ou au sein des alliances d'universités européennes."  

Mieux accompagner la réussite des étudiants extracommunautaires

Autre élément souligné lors de la table ronde, la question de la réussite des étudiants étrangers, inférieure à celle des étudiants nationaux, comme le pointe le dernier rapport de la Cour des comptes. "On voit au quotidien ce décalage entre les étudiants internationaux et français", témoigne Pierre Van de Weghe, précisant qu’à "Rennes-I, en licence, l’écart est compris entre 15 et 20 points et qu’il se réduit à 5 % environ en master". Il attribue notamment ce delta aux "difficultés" qu’ont les étudiants extracommunautaires face aux "pratiques pédagogiques et d’évaluation" : "Nous avons une méthode assez différente et il faut les préparer à réussir aux examens et passer plus de temps dans l’accompagnement", dit-il. "L’un des enjeux est que l’on puisse réduire ces écarts de réussite, ce qui demande des moyens."

De son côté, Jean-Marc Bonnisseau, président du campus Condorcet, également coordinateur d’un master Erasmus Mundus, fait remarquer qu’il est nécessaire de "permettre à l’étudiant étranger de valoriser son diplôme une fois qu’il sera rentré, par exemple". Parmi les freins, il note notamment le "système de notation", qui n’est pas uniformisé au niveau européen.  "Il existe une norme chez les Anglo-Saxons qui est le GPA. Dans le master que je coordonne, nous avons donc décidé de l’utiliser car c’est plus visible et compréhensible".

Parmi les points à prendre en compte, il cite également "l’importance de gérer les alumni ou encore l’accompagnement administratif et pédagogique". "Il ne faut pas réduire la question de l’accueil à quelques aspects symboliques et je trouve que le débat a beaucoup tourné sur les droits d’inscription. Il ne faut pas oublier que venir étudier en France coûte déjà cher en termes de vie de tous les jours (transports, logement, nourriture), notamment en région parisienne", lance-t-il.

Promouvoir La CIUP comme "un incubateur de bonnes pratiques" (L. Marion)

 

Lors d’une conférence de presse organisée le même jour, Laurence Marion, nouvelle déléguée générale de la CIUP rappelle qu’il y a une "dynamique très forte, marquée par une augmentation de 5 % par an du nombre d'étudiants étrangers dans le monde". Dans ce contexte, "l’accueil est un enjeu majeur pour la France, la région Île-de-France et la ville de Paris et nous souhaitons donc promouvoir la CIUP comme un incubateur de bonnes pratiques", soulignant son côté "précurseur". Pour mémoire, la Cité organise depuis plus de dix ans un guichet unique, "Welcome desk Paris". "Nous nous efforçons depuis de nombreuses années d’améliorer ce dispositif d’accueil des étudiants car c’est dans les petites choses et les services concrets que se joue la réussite de cet accueil. J’espère pouvoir catalyser ces bonnes expériences", dit-elle. Elle précise que cela passe aussi par "un contact étroit entre la CIUP et les universités, pour apporter des garanties sur le logement", à l’image du partenariat signé avec Sorbonne université (lire sur AEF info). Elle cite également le portail numérique interétablissements "Online Welcome Desk Paris Région", porté par l’université Paris-XIII et ses partenaires.

(1) Le juge administratif devrait se prononcer sur le fait de savoir si l’instauration de droits différenciés méconnaît le droit à un égal accès à la formation et ne favorise pas les objectifs d’égalité des chances et de réussite des étudiants.

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Camille Cordonnier, journaliste