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Attaque à la Préfecture de police : Christophe Castaner reconnaît un "dysfonctionnement d’État"

Christophe Castaner reconnaît un "dysfonctionnement d’État" après l’attaque au couteau commise par un agent administratif de la direction du renseignement de la Préfecture de police qui a coûté la vie à quatre fonctionnaires, jeudi 3 octobre 2019. Interrogé sur France Inter, lundi 7 octobre 2019, le ministre de l'Intérieur estime que les propos de l’auteur des faits – qui s’était félicité en juillet 2015 de l’attentat de Charlie-Hebdo – n’avaient pas donné lieu à une "alerte au bon niveau et de façon suffisante". Il plaide pour un "signalement automatique" en cas de soupçon de radicalisation.

Christophe Castaner sur France Inter, lundi 7 octobre 2019 (capture d'écran). Droits réservés - DR

"Une faille" dans la détection de la radicalisation. C’est en ces termes que le ministre de l'Intérieur analyse l’attaque au couteau commise par un agent de la DRPP, jeudi 3 octobre 2019, et sur laquelle enquête désormais le parquet antiterroriste (lire encadré). Dans le dossier administratif de l’auteur des faits, Mickaël H., "il n’y avait aucune trace de radicalisation, aucun signalement", poursuit Christophe Castaner sur France Inter. "Pourtant, et c’est là où il y a eu une faille, nous avons appris ensuite […] que dès juillet 2015, certains de ses collègues s’étaient étonnés, dans le cadre d’une discussion assez véhémente, de ses prises de position suite à l’attentat de Charlie-Hebdo." Dans un rapport rédigé le 5 octobre 2019 et révélé par France Inter, la directrice du renseignement de la Préfecture de police, Françoise Bilancini, note que Mickaël H., alors converti à l’islam depuis plusieurs années, avait déclaré en référence à cette attaque : "C’est bien fait".

Vers un "signalement automatique" ?

"L’anomalie, la faille, c’est qu’à ce moment-là, il n’y a pas eu de signalement, il n’y a pas eu d’enquête", pointe Christophe Castaner. "Il n’y a pas eu d’alerte au bon niveau et de façon suffisante lors de cette discussion depuis juillet 2015", même si le fonctionnaire a été suivi, "il y a quelques semaines" encore, par "un responsable de la sécurité intérieure de la Préfecture de police", poursuit le ministre, qui refuse toutefois de "jeter la pierre" aux collègues de Mickaël H. "Je pense que la première faille de notre système, c’est qu’il n’y ait pas eu de signalement, et surtout que celui-ci ne soit pas automatique. Je souhaite […] que toute alerte fasse l’objet d’un signalement automatique."

Pour le ministre de l'Intérieur, "il faut resserrer encore plus encore les mailles du filet". Christophe Castaner note qu’une "vingtaine de fonctionnaire de police ont été écartés depuis 2016" pour des soupçons de radicalisation et rappelle que la loi du 30 octobre 2017 relative à la lutte contre le terrorisme a renforcé le dispositif de radiation de la fonction publique (lire sur AEF info). "Il y a aujourd’hui une vingtaine de personnes dans nos forces de sécurité intérieure qui ont donné des indices de radicalisation, mais pas de façon significative au point qu’elles puissent faire l’objet d’une radiation de la fonction publique", poursuit le ministre. "Elles font l’objet d’un suivi attentif parce qu’il y a eu une alerte. Mais s’il n’y a pas d’alerte, il peut y avoir une faille, il peut y avoir ce qui s’est passé la semaine dernière."

Au sujet de l’habilitation au secret de la défense nationale dont bénéficiait l’assaillant, Christophe Castaner indique qu’elle devait être renouvelée en 2020. Sur ce point, "depuis deux ans, sous la responsabilité de la nouvelle responsable de la DRPP, ont été mis en place des dispositifs qui n’existaient pas". "Depuis février de cette année, une convention a été passée entre la DGSI et la Préfecture de police pour resserrer les mailles", indique le ministre de l'Intérieur sans donner davantage de détails.

La question des complicités

Interrogé sur d’éventuelles complicités dont aurait pu bénéficier l’auteur de l’attaque, Christophe Castaner indique que "c’est l’enquête judiciaire qui doit démontrer cela". "Ce que je note, c’est que l’épouse de l’assaillant n’a été pas mise en examen et a été libérée hier soir. Elle n’a pas été mise en cause", souligne-t-il. "L’organisation de cet acte terroriste ne permet pas de présumer que ce serait un système organisé, avec une cellule organisée, et le fait que son épouse soit sortie hier dès la fin de sa garde à vue peut être un indicateur." Le procureur antiterroriste a pour sa part mentionné, samedi 5 octobre 2019, des échanges entre l’auteur de l’attaque et des "individus susceptibles d’appartenir à la mouvance terroriste" (lire encadré)

Quant à la transmission d’informations sensibles à l’extérieur de la Préfecture de police et de la DRPP, le ministre de l'Intérieur ne "peu[t] pas garantir qu’il n’a pas utilisé ses accès pour donner des informations". "C’est la raison pour laquelle nous avons demandé une enquête interne pour que, le plus rapidement possible, en s’appuyant sur l’enquête judiciaire, nous puissions vérifier cela. Au moment où je vous parle, rien ne l’indique", note Christophe Castaner, qui souligne que le matériel informatique de Mickaël H. a été saisi dans le cadre de l’enquête judiciaire. "Je fais toute confiance au Pnat et aux équipes judiciaires qui sont sur ce dossier pour vérifier cela en premier et faire en sorte que, s’il y avait une quelconque menace, elle soit neutralisée."

Sécurité de la Préfecture de police

"Peut-on entrer si facilement avec un couteau dans la Préfecture de police ?" interroge le journaliste, Nicolas Demorand. "Quand vous y travaillez, oui. Comme dans toute entreprise, quand vous êtes agent de l’entreprise, vous ne faites pas l’objet d’une fouille au corps", répond le ministre de l'Intérieur, qui souligne par ailleurs que la plupart des agents du site y pénètrent armés. "C’est peut-être une difficulté, une anomalie. Le préfet de police a annoncé dès vendredi qu’il allait travailler aussi sur ces sujets-là."

Mais pour Christophe Castaner, cette question n’est pas centrale : "Demain, même aujourd’hui, des policiers vont entrer avec leur arme de service à la Préfecture de police, donc ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la lutte permanente que nous devons mener contre toute forme de radicalisation, à la fois au sein de nos effectifs, évidemment, mais globalement dans le pays." Et d’ajouter : "C’est ce que nos services font tous les jours. Depuis 2013, 59 attentats ont été déjoués, trois depuis le début de cette année."

Un "problème DRPP" ?

Interrogé sur un éventuel "problème à la DRPP en elle-même", déjà mise en cause sur le suivi des auteurs des attentats de Charlie-Hebdo et de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), Christophe Castaner rappelle que "le Premier ministre a souhaité qu’il y ait une revue en totalité de notre système de renseignement" (lire sur AEF info). "La DRPP n’y échappera pas", assure-t-il. "Nous prendrons les décisions qui sont nécessaires" sur la base du rapport de l’inspection des services de renseignement attendu "d’ici la fin du mois d’octobre", prévient le ministre de l'Intérieur. "S’il y a des fautes établies, évidemment qu’il faut des sanctions."

"Je ne veux pas, au moment où je vous parle, mettre en procès qui que ce soit et quelque institution que ce soit", dit-il néanmoins. La DRPP "a été frappée au cœur et il serait, à mon sens, malsain […], en plus de la violence de ce qu’elle a subi, de la montrer du doigt". L’actuelle cheffe de la DRPP "n’était pas en fonction en 2015", souligne en particulier le ministre. "Les mises en cause de fonctionnaires, si leur responsabilité n’est pas établie, ne me semblent pas une bonne politique."

La question de la démission

Le ministre de l'Intérieur a-t-il envisagé de démissionner ? "Ce n’est pas le sujet, ma démission", répond l’intéressé. "Je ne cherche pas à me dédouaner", assure Christophe Castaner, pour qui la question se poserait s’il avait commis "une erreur" ou fait une erreur d'"arbitrage". "Dès lors que je vous rapporte des faits qui ont été commis en 2015, je ne me sens pas personnellement responsable. Et je pense même qu’au moment où la Préfecture de police et la police en général est déstabilisée par ce qui s’est passé, le ministre de l'Intérieur ne doit pas se poser ce genre de questions. Il doit diriger son administration et les enquêtes qui sont nécessaires en interne pour changer ce qui doit être changé."

Estime-t-il avoir parlé trop vite, jeudi 3 octobre 2019, lorsqu’il a affirmé que l’auteur des faits "n’a jamais présenté de difficulté comportementale, ni le moindre signe d’alerte" ? (lire sur AEF info) "J’ai parlé sur la base des éléments qui étaient dans le dossier de l’individu", fait valoir Christophe Castaner. "Jeudi, j’ai dit la vérité telle qu’elle était connue […]. J’ai rencontré la hiérarchie, les collègues de travail effondrés […]. Aucun n’a fait état de ce dont on a parlé ensuite."

Une "double commande" adressé à l’ISR

Le Premier ministre a adressé une "double commande" à l’inspection des services de renseignement, explique Christophe Castaner (lire sur AEF info). La première enquête, attendue d’ici à la fin du mois, porte "sur les dysfonctionnements que l’on a pu constater à la Préfecture de police". La seconde, "plus globale", consistera en une "revue d’exercice de la totalité du renseignement pour qu’à tous les niveaux de la hiérarchie, il y ait une sensibilité sur le signalement, sur l’alerte", précise-t-il.

LES PRÉCISIONS DU PROCUREUR ANTITERRORISTE

 

Le procureur antiterroriste détaille, lors d’une conférence de presse, samedi 5 octobre 2019, le déroulement de l’attaque survenue deux jours à plus tôt à la Préfecture de police (lire sur AEF info), dont ses services sont saisis depuis "vendredi 6 octobre à 18 heures" (lire sur AEF info). Jean-François Ricard évoque les 33 SMS "à caractère exclusivement religieux" échangés par l’auteur avec son épouse le matin de l’attaque, l’achat de deux couteaux à proximité de la Préfecture de police quelques minutes avant l’attaque, le "périple meurtrier" de sept minutes dans la Préfecture de police, et sa "neutralisation" par un jeune gardien de la paix. "L’enquête s’attache à déterminer les motifs du passage à l’acte et d’éventuelles complicités", souligne le magistrat, selon lequel l’enquête a déjà permis d’identifier des "contacts entre l’auteur des faits et des individus susceptibles d’appartenir à la mouvance terroriste".

L’enquête est ouverte pour "assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique" et "tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique", "le tout en relation avec une entreprise terroriste", et "association de malfaiteurs terroriste criminelle", souligne Jean-François Ricard. Les investigations sont confiées à la brigade criminelle de la police judiciaire de Paris, la Sdat de la DCPJ et la DGSI.

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Clément Giuliano, journaliste