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"Des paroles intelligibles ou des bruits cadencés sont très gênants dans un open space" (Jacques Châtillon, INRS)

Selon l’INRS, les bureaux ouverts présentent des effets néfastes sur la santé, le premier d’entre eux étant le bruit. Pour l’acousticien Jacques Châtillon, chef du département Ingénierie des équipements de travail, "être soumis à des bruits indésirables nous demande d’augmenter nos efforts pour réaliser les tâches dans la journée". Ainsi, "des paroles intelligibles ou des bruits cadencés sont très gênants dans un open space". Il recommande d’aider les salariés à s’autoréguler en mettant en place des chartes de comportement et de réaliser des diagnostics en fonction de l’activité des salariés.

Jacques Châtillon, acousticien à l'INRS © Hervé Boutet pour l''INRS

AEF info : En quoi consiste l’activité d’un acousticien ?

Jacques Châtillon : Nous allons constater dans les bureaux des situations gênantes ou inconfortables, de plusieurs façons différentes. Nous établissons tout d’abord des mesures acoustiques du bruit et des sources de bruit (conversations, ventilation, photocopieuses, personnes qui marchent, etc.) afin de mesurer leur nature et leur niveau. On s’intéresse ensuite au ressenti des salariés vis-à-vis de l’ambiance sonore. Enfin, on regarde quelle est l’activité et quels sont les besoins des managers et des équipes. Il s’agit de voir s’il est possible de s’organiser autrement.

AEF info : Quelle est la norme acceptable de bruit dans les open spaces ?

Jacques Châtillon : Pour le code du travail, il n’y a pas de niveaux sonores limites dans l’open space. Le code du travail fixe des valeurs seuils extrêmement élevées pour les métiers dans lesquels il y a beaucoup de bruit et qui comportent des risques de lésions de l’oreille ou de surdité. Il existe cependant des valeurs cibles préconisées dans les normes en fonction de l’activité.

AEF info : Pouvez-vous établir une typologie des bruits dans les open spaces ?

Jacques Châtillon : Il existe différentes dimensions de la gêne pour ce qui est du bruit. Ici joue l’aspect qualitatif. On va tout d’abord être gênés par des bruits émergents. Il s’agit de bruits plus élevés que le bruit constant, comme un claquement de porte. Ce sont des bruits qui arrivent d’un coup et qui sont au-dessus du niveau commun. On peut ensuite être gênés par les bruits désagréables, qui sont extrêmement subjectifs. On les supporte plus facilement si on les associe à quelque chose d’utile. C’est le cas par exemple d’un ventilateur qui fait du bruit mais qui permet de faire baisser la chaleur. Enfin, les paroles intelligibles constituent la troisième dimension de gêne. Le cerveau cherche en effet à capter la compréhension des paroles qui sont dites à côté de nous et c’est très dérangeant. Au fur et à mesure de nos investigations, nous avons mis en évidence que des paroles intelligibles ou des bruits cadencés sont très gênants dans un open space. Et même des conversations à des niveaux très bas, comme des chuchotements, peuvent être gênantes. S’il y a plus de bruit, ils sont noyés.

AEF info : Comment améliorer la situation dans les open spaces ?

Jacques Châtillon : Il faut informer et former les salariés pour s’autogérer. Sur les plateaux, certaines entreprises mettent en place des chartes de comportement pour que les salariés comprennent que leur comportement peut empiéter sur la liberté des autres. On cherche à objectiver les besoins des salariés par rapport à leur activité :

  • les salariés dans les centres d’appels téléphoniques sont chacun dans leur coin ;
  • ceux dans les centres administratifs en back-office et qui sont sur des dossiers qui nécessitent beaucoup d’attention n’ont pas besoin non plus de communiquer ;
  • c’est différent dans les espaces dans lesquels il y a des créatifs, comme dans la publicité par exemple ;
  • on trouve aussi des salariés dans des halls qui accueillent du public et ont besoin de confidentialité dans des espaces ouverts au bruit…

En fonction de l’activité, il est ainsi nécessaire de connaître le ressenti des salariés et leurs besoins. Pour cela, l’INRS déploie la méthode "Gabo" (gêne acoustique dans les bureaux ouverts), qui repose sur un questionnaire adressé aux salariés. Ensuite, on va se fixer des objectifs puis améliorer l’acoustique au moyen de plafonds absorbants, matériaux acoustiques, du mobilier spécifique comme des armoires avec de la mousse… On peut aussi jouer sur l’agencement du plateau en regroupant les équipes qui ont besoin de travailler ensemble. Une fois que l’on a amélioré les choses, on peut refaire passer le questionnaire pour voir comment les salariés appréhendent la nouvelle situation.

La démarche sert à répondre à des valeurs cibles que l’on a envie d’atteindre. Aujourd’hui, on a des locaux en verre ou en béton qui sont très réverbérants. Se concentrer dans le bruit est épuisant. Il faut que les entreprises agissent en comprenant que la performance de leurs salariés n’est pas de les mettre en arrêt maladie au bout de six mois !

AEF info : Quelles sont les conséquences de tels locaux sur la santé des salariés ?

Jacques Châtillon : Le bruit est un facteur aggravant. Être soumis à des bruits indésirables nous demande d’augmenter nos efforts pour réaliser les tâches dans la journée. Cela engendre de la fatigue. Associée au stress du travail, cela peut placer les salariés dans des situations de santé difficiles : problèmes digestifs, hormonaux, de sommeil, etc. Le bruit peut ainsi conduire à des arrêts maladie et à de l’absentéisme important.

AEF info : Quel est selon vous le bureau ouvert idéal ?

Jacques Châtillon : L’INRS recommande d’avoir 10 m2 par salarié, mais ce n’est pas toujours facile notamment en région parisienne où le m2 est très cher. Cette valeur cible est intéressante à avoir en tête. Il faut composer avec la réalité du plateau au sens économique.

Il faut savoir que l’on estime à 60 dB le bruit de la voix à 30 cm, alors que l’on sait qu’un niveau de bruit ambiant inférieur à 55 dB est recommandé. Il faut donc éloigner les sources de bruit et installer des panneaux. Installer les salariés à cinq mètres les uns des autres commence à être un bon niveau. Dans certains espaces, on trouve des bureaux en marguerite. Nous conseillons de placer des panneaux absorbants pour séparer les marguerites. Ces panneaux doivent atteindre 1,30 mètre, mais alors les gens ne se voient plus, ce qui parfois ne leur convient pas. L’open space est aussi un lieu social. Une grande majorité des gens subit l’open space, c’est quelque chose d’extrêmement pénible, mais ils pensent pourtant que le retour en arrière est impossible et y trouvent une forme d’appartenance corporate.

AEF info : La solution peut-elle venir des protections individuelles contre le bruit comme les casques antibruit ?

Jacques Châtillon : Les casques ont été considérablement améliorés ces dernières années dans les centres d’appels, et sont des remparts contre les chocs acoustiques, type Larsen. Mais ils ne vont pas permettre d’isoler les conversations adjacentes. On ne conseille pas non plus de mettre des bouchons d’oreille pour avoir moins de bruit, car cela coupe les salariés de leur environnement sonore. La protection individuelle contre le bruit est utile dans l’industrie et dans le bâtiment, mais elle ne peut être utilisée sur un plateau. Ces casques sont pénibles à utiliser.

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Sixtine de Villeblanche, journaliste