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Enseignants-chercheurs : le bilan de 14 ans de campagnes de qualification par le CNU

"Il n’est pas illégitime d’ouvrir la discussion sur le rôle du CNU dans les procédures de recrutement de nos enseignants-chercheurs", déclarait Frédérique Vidal le 11 juillet 2019 (lire sur AEF). Alors qu’une concertation doit se tenir sur le sujet cette rentrée et jusqu’à la mi-­octobre, AEF info analyse la part des qualifiés aux fonctions de professeur des universités et de maître de conférences entre 2005 et 2018. En sciences, 72 % des dossiers de PU sont qualifiés en moyenne, contre 73 % des dossiers de MCF. Les taux sont respectivement de 63 % et 58 % en lettres, de 28 % et 42 % en droit.

SOURCES ET Méthodologie

 

Nous avons utilisé les notes de la DGRH qui, chaque année, publie le bilan des campagnes de qualification aux fonctions de MCF et de PU. Depuis 2015, lorsque les sections se déclarent incompétentes pour traiter des dossiers ne relevant pas de leurs champs disciplinaires, ceux-ci sont examinés en réunion de groupe ou intergroupe. Pour permettre la comparaison avec les années 2005 à 2015, les dossiers considérés comme "hors section" ne sont pas comptabilisés parmi les dossiers examinés.

Le débat autour de la suppression de la qualification par le CNU est un serpent de mer dans le milieu de l'ESRI. Dernier épisode en date : un amendement au projet de loi "fonction publique" visant à expérimenter le recrutement hors procédure préalable de qualification par le CNU a été déposé puis finalement retiré à la demande du gouvernement au printemps (lire sur AEF info). Le gouvernement ne désarme toutefois pas sur sa volonté de réformer le dispositif. Le sujet pourrait revenir à travers la loi de programmation de la recherche annoncée pour la fin de l'année. Lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait promis l'expérimentation du recrutement hors CNU pour les grandes universités de recherche.

Quels sont les ordres de grandeur des candidatures lors de la dernière campagne ? En 2018, les candidatures examinées à la qualification aux fonctions de maître de conférences et de professeur, qui avaient tendance à diminuer ces dernières années, sont restées stables : 15 600 comme en 2017. Le taux de réussite à la qualification progresse d'un point pour atteindre 66 %, permettant à 10 231 qualifications d’être délivrées (8 059 aux fonctions de maître de conférences et 2 172 aux fonctions de professeur), à 7 820 personnes.

10 points d’écart entre la qualification à la fonction de professeur en lettres et en sciences


Les sciences représentent les sections les plus peuplées et les plus nombreuses. Ce sont également celles où les qualifications aux fonctions d’enseignant-chercheur sont le plus facilement accordées : 72 % des 2 001 dossiers examinés en moyenne par an pour les professeurs sont validés, et 73 % des 7 457 candidatures pour les maîtres de conférences. L’ordre de grandeur des 3/4 reste le même d’un corps à l’autre.

En lettres, le taux de qualification est de 63 % des 811 dossiers présentés pour les professeurs. Pour les maîtres de conférences, la sélectivité est plus importante : elle est de 58 % des 4 516 candidatures.

En droit, au contraire, la sélectivité est plus importante pour le corps le plus prestigieux. Ainsi, 28 % des 166 dossiers examinés en moyenne sur 10 ans sont qualifiés pour les professeurs, contre 42 % des 1 371 dossiers pour les maîtres de conférences.

Les volumes d’enseignants-chercheurs sont bien plus faibles en pharmacie, catégorie un peu à part, occasionnant une variabilité plus grande des taux. La sélectivité joue également davantage au fil de la carrière : en moyenne, 48 % des 50 dossiers examinés chaque année sont qualifiés pour exercer la fonction de professeur, contre 69 % des 500 candidatures pour les maîtres de conférences.

Quels groupes du CNU situent-ils au-dessus, ou en dessous de la moyenne ?

En moyenne sur 14 ans, les taux de qualification sont respectivement de 64,3% pour les MCF et 66,4% pour les PU. Pour les MCF comme pour les PU, six groupes du CNU ont des taux inférieurs à la moyenne, tandis que sept groupes sont au-dessus.

Si le droit constitue invariablement le groupe CNU où les taux sont les plus bas (respectivement 32,5% pour 10000 candidats MCF par an, et 15,4% pour 900 candidats PU), la hiérarchie diffère quelque peu ensuite selon le corps considéré.


Le groupe n°12 pluridisciplinaire, qui rassemble les Staps, sciences de l'éducation et sciences de l'information et de la communication, est le deuxième groupe le plus sélectif pour les MCF, avec un taux moyen de 44,4% pour environ 760 candidats par an. En revanche, pour la fonction de PU, c'est le groupe 2 (économie et gestion) qui est le plus sélectif, avec 40,3% de qualifications décernées à 96 candidats par an en moyenne.

À l'autre extrême, le groupe où la qualification est la plus accessible est le n°8 (sciences de la terre), avec 82% des 531 dossiers validés par an en moyenne pour la fonction de MCF. Au sein de la fonction de PU, ce sont les mathématiques (groupe n°5) qui se distinguent, avec 78,9% de qualifications pour 400 dossiers présentés en moyenne.

Le groupe où les candidats à la fonction de MCF sont les plus nombreux est le n°4 (histoire, géographie, philosophie, sociologie, urbanisme) : on y constate un taux de qualification de 60,2% pour 2428 dossiers examinés par an en moyenne. Celui où les candidats à la fonction de PU sont les plus nombreux est le n°10 (biologie) : le taux de qualification y est de 66,4% pour 477 dossiers de postulants par an en moyenne.

un faisceau d'explications

 

"Globalement, les deux tiers des dossiers sont qualifiés", corrobore Jean-Paul Deroin, président de la CP-CNU. "Des disparités s'observent par corps et par ensemble de disciplines : les deux premiers groupes qualifient moins par exemple." Cela s’explique par le comportement très sélectif des sections juridiques ou économiques du CNU qui choisissent de délivrer un nombre de qualifications en adéquation avec le nombre de recrutements prévus pour l’année. Mais la sévérité ou la volonté de 'coller' au nombre de postes ouverts aux concours n'est pas toujours la seule explication. "En SHS, et notamment en philosophie ou sociologie, les candidatures de chercheurs n'ayant pas fait leur thèse dans le domaine considéré sont plus nombreuses, avec davantage de profils qui s'éloignent du cœur de la section : un thésard en histoire pourra demander sa qualification en sciences économiques ou en philosophie, ce qui occasionne des taux de qualification un peu plus faibles que la moyenne." Autre facteur : les candidatures considérées "hors section" depuis 2015, que certaines sections utilisent avec parcimonie, préférant directement ne pas qualifier le dossier.

Le détail de l'évolution sur 14 ans par section et par corps

Si l’on examine cette évolution dans chacune des 55 sections composant les 12 groupes du CNU, et les deux sections relevant de la théologie, on remarque un afflux de candidatures pour être qualifié à la fonction de maître de conférences en sciences économiques et de gestion (sections 5 et 6) depuis 2014. Le nombre de dossiers examinés passe ainsi de 8 ou 9 à plus de 200 dossiers en 2015, conséquence du décontingentement pour ces deux sections, dont l’expérimentation a été lancée en 2014 (lire sur AEF info). Les taux de réussite quant à eux se resserrent autour de 30 % pour les sciences de gestion et 50 % pour les sciences économiques.

En droit, un afflux de candidatures est à noter dans les sections 1 (droit privé et sciences criminelles) et 2 (droit public) pour la qualification à la fonction de professeur à partir de 2014, les taux de réussite augmentant pour atteindre respectivement 12 % et 21 % en 2018.

Qu'est-ce que le décontingentement ?

 

Depuis la révision du décret enseignant-chercheur de 2014, les disciplines juridiques (section 01 à 03 du CNU), science politique (04), sciences économiques (05) et sciences de gestion (06) peuvent recruter leurs PU comme les autres, par la voie normale (article 46-1), et non seulement par la voie de l'agrégation ou de la mutation. En outre, les disciplines économiques et de gestion expérimentent depuis 2015 le "décontingentement" des postes ouverts : cela signifie que le nombre total des emplois mis au concours dans ces disciplines peut être supérieur au nombre des emplois offerts aux concours d'agrégation. Ce qui n’est pas le cas dans les disciplines 01 à 04 pour le moment.

Tandis que les taux de qualification sont très différents d’un corps à l’autre dans les disciplines du droit, ils sont très stables en mathématiques (plus de 90 % dans les deux corps) et informatique (plus de 70 % dans les deux corps).

Le groupe des sciences de la terre (groupe 8) est celui dont les taux de qualification sont les plus homogènes, et dont le taux moyen est le plus élevé parmi les 12 groupes du CNU (autour de 85 %), le droit étant pour rappel celui dont les taux sont les plus faibles.

En mécanique, les taux de qualification se sont hissés de 10 voire 15 points en 13 ans. Le taux le plus faible y est celui de la section 61 ("génie informatique, automatique et traitement du signal").

En biologie, les candidatures se sont quant à elles plutôt raréfiées au cours du temps, tandis que les taux de qualification ont augmenté d’une quinzaine de points.

Dans la visualisation ci-dessous, vous retrouverez l’évolution des taux de qualification entre 2005 et 2018 par groupe, section et par corps. L’épaisseur des courbes est proportionnelle aux effectifs de dossiers examinés. Accédez aux informations chiffrées par année au survol.


 

Les taux de qualification lors de la campagne 2018,  par section et par corps

première campagne "dématérialisée"

 

La campagne de qualification 2018 est la première en mode dématérialisé avec l’obligation de fournir les pièces suivantes : diplôme, CV, au moins un exemplaire des travaux, une copie du rapport de soutenance. "Les sections n'examinent pas que les rapports de HDR ou de thèse", souligne Jean-Paul Deroin, président de la CP-CNU. "Mais selon les disciplines, les pratiques et la pondération des critères diffère. En sciences dures, la prise en compte de l'investissement dans l'enseignement peut être rendue moins aisée car certains contrats de thèse excluent la possibilité d'enseigner, et l'on se base beaucoup sur les publications. En droit ou en SHS, les rapports très approfondis des jurys de thèse sont structurants."

Sur les 57 sections CNU, les taux de qualification pour les MCF en 2018 varient de 25 à 97 % :

  • 33 sections ont un taux de qualification supérieur ou égal à 70 %, dont 22 en lettres,
  • 16 sections ont un taux de qualification de 50 à 70 %,
  • 8 sections ont un taux de qualification inférieur à 40 %, dont toutes celles du droit.

Les taux de qualification pour les PU, portant parfois sur de très faibles cohortes, varient quant à eux du tout au tout.

Nous décrivons ici les qualifications et non les qualifiés : une même personne pouvant se "re-qualifier" plusieurs années de suite ou obtenir une qualification dans des sections différentes.

Si l’on considère les cinq sections qui comptent le plus de candidats, on observe des taux de qualification à la fonction de MCF de :

  • 71 % pour la section 27 (informatique)
  • 53 % pour la section 19 (sociologie, démographie)
  • 78 % pour la section 65 (biologie cellulaire)
  • 83 % pour la section 22 (histoire et civilisations)
  • 50 % pour la section 18 (architecture)

Dans la visualisation ci-dessous, vous retrouverez le taux de qualification par section et par corps. Le code couleur et l’épaisseur des barres permettent d’apprécier et de filtrer en fonction du groupe CNU et du nombre de candidats.


L’évaluation des candidats à la qualification



Les principes de liberté de l’enseignement supérieur et d’autonomie de la recherche ont conduit à accorder aux enseignants-chercheurs une forme d’autogestion collective en matière de carrière. Lorsqu’un doctorant souhaite obtenir un poste de maître de conférences, ou bien lorsqu’un maître de conférences ayant passé son HDR vise un poste de professeur des universités, chacun d’eux doit au préalable se porter candidat auprès du CNU, instance constituée de pairs, qui examinera sur dossier leur aptitude à cette fonction.

Chaque section du CNU comprend deux collèges où siègent en nombre égal d’une part, des représentants des professeurs des universités et, d’autre part, des représentants des maîtres de conférences (entre 12 et 24 membres). Les deux tiers des membres des sections CNU décisionnaires sont élus pour quatre ans sur des listes, le CNU ayant été renouvelé fin 2015, l’autre tiers est nommé par le MESRI. La section du CNU dont relève la discipline du candidat valide ou non son dossier, et une fois décernée, la qualification a une validité de cinq ans.

Une fois qualifié, l’enseignant-chercheur fait alors partie du vivier qu’une université peut recruter après un examen des candidatures par un comité de sélection constitué d’une dizaine de personnes dont la moitié d’extérieurs.


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Ana Lutzky, journaliste