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"Certaines entreprises ont des déficits de compétence-employeur" (Pacte civique)

"Les employeurs n’ont-ils pas à améliorer, eux aussi, leur 'employeurabilité' ?" Incontestablement, estiment Patrice Bony, Jean-Baptiste de Foucauld et Bertrand Wiedemann-Goiran (1), au nom du collectif Pacte civique (2), dans une tribune publiée par AEF info le 19 juillet 2019. Ils jugent en effet injuste l'"effort unilatéral attendu des seuls chercheurs d’emploi" pour améliorer leur employabilité, alors que nombre d’entreprises disent peiner à recruter. Au contraire, ce sont plutôt "certaines entreprises" qui semblent "avoir des déficits de compétence-employeur", constatent les trois signataires qui appellent "toute la société à "changer de regard, changer de méthode et changer d’échelle" car "la manière d’employer, voire de recruter", ne doit plus "rester une question réservée à des spécialistes" : "toutes les parties prenantes doivent construire ensemble l’emploi de demain".

Les employeurs doivent aussi apprendre à "traverser la rue", considère le collectif Pacte civique Epaorsa

"Même si le nombre de chômeurs diminue, le 'stock' de chercheurs d’emploi reste important (dans les différentes catégories). Malgré cela les recrutements sont qualifiés par les entreprises de plus en plus difficiles et certains secteurs semblent durablement 'en tension' pour ne pas dire en pénurie. L’explication majoritairement admise est un déficit d’employabilité des candidats, combinée à un manque d’attractivité des secteurs concernés. Ce déficit d’employabilité peut prendre plusieurs formes, parfois cumulées : manque de compétence ou qualification, défaut de 'savoir-être', absence de motivation, non-connaissance des 'codes de l’entreprise', etc.

De nombreux plans de formation, stages, accompagnements divers sont mis en place pour améliorer l’employabilité des chômeurs et les rapprocher de l’emploi. C’est certainement souvent légitime, nécessaire et utile. Cela sera-t-il suffisant ? Et surtout cet effort unilatéral attendu des seuls chercheurs d’emploi est-il juste ?

les employeurs doivent améliorer leur 'employeurabilité'

Ne pourrait-on, par symétrie et souci d’équitable réciprocité, attendre un pas en avant également des employeurs, cela précisément dans les mêmes domaines : compétences, savoir-être, codes ? Certaines entreprises semblent en effet avoir des déficits de compétence-employeur : saucissonnage de la fonction et abus d’externalisation dans les grands groupes ; manque de temps et de pratique dans les TPE. D’autres ne pas maîtriser les 'codes' des candidats d’aujourd’hui et rechercher des clones disparus de la génération précédente.

Les employeurs cherchant à juste titre des candidats motivés sont-ils capables d’entendre le niveau de contraintes raisonnablement admissible par les candidats ? En un mot, les employeurs n’ont-ils pas à améliorer, eux aussi, leur 'employeurabilité' ?

interroger les conditions de travail

Le Pacte Civique et ses partenaires pensent que oui, ou, au minimum, que les employeurs gagneraient à se poser la question. En rester à la seule explication d’un déficit d’attractivité sans un minimum de remise en question de sa manière d’employer et de recruter nous semble vain. En effet, considérer que les difficultés rencontrées et le manque de candidats motivés proviennent du seul déficit d’attractivité (ou sa déclinaison 'absence de marque employeur' visible) conduit à des actions qui en restent à un niveau 'image' et 'communication'.

De même, il nous semble vain de vouloir traiter la question du recrutement difficile sans aborder celle du turn-over important et donc de celle des conditions de travail, voire de la qualité de vie au travail. Notre conviction est qu’une amélioration de la situation de l’emploi (et en particulier ce gisement des secteurs en tension et des recrutements difficiles) est l’affaire de tous, employeurs, chercheurs d’emploi et institutionnels en charge de ces questions.

'traverser la rue'

Mais pour produire un véritable changement, il nous semble indispensable de mobiliser au-delà. C’est toute la société qui doit changer de regard, changer de méthode et changer d’échelle (mantra du Pacte civique). C’est pour cela que dans son projet 'employeurabilité', destiné aux 'employeurs qui acceptent de se remettre en question et de traverser la rue…), le Pacte civique associe, au-delà d’entreprises (grandes et très petites ; marchandes ou publiques), des chercheurs d’emploi, des syndicats, et des acteurs institutionnels (Pôle emploi, ministère du travail) :

- des salariés en emploi dans ses entreprises qui peinent à recruter (via quand il y en a des syndicats qui les représentent) ;
- des employeurs de l’ESS (quels employeurs sont-ils ? que peut-on tirer de leur expérience ?) ;
- des acteurs associatifs de la médiation entre offre et demande d’emploi ;
- des projets innovants qui questionnent la fonction employeur (comme 'Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée') ;
- des futurs employeurs potentiels que sont les créateurs d’entreprise (souvent d’abord auto-entrepreneurs).

L’emploi apparaît de plus en plus comme un 'commun'. La manière d’employer, voire de recruter ne nous semble plus devoir rester une question réservée à des spécialistes. Elle interroge l’ensemble de la société. Employeurs et employés (en emploi ou en recherche) et toutes les parties prenantes doivent construire ensemble l’emploi de demain."

Patrice Bony, Jean-Baptiste de Foucauld, Bertrand Wiedemann-Goiran
Pacte civique
https://pactecivique.wordpress.com/

(1) Patrice Bony est membre de l’équipe nationale de l’association TZCLD (Territoire zéro chômeur de longue durée) et administrateur de la Fédération des Crepi (Clubs régionaux d’entreprises partenaires de l’insertion) ; Jean-Baptiste de Foucauld est un ancien haut fonctionnaire (IGF) et notamment fondateur de l’association SNC (Solidarités nouvelles face au chômage) ; Bertrand Wiedemann-Goiran est chargé de mission Financement solidaire chez GDF Suez.

(2) "Nous nous engageons à mettre nos vies personnelles, sociales et politiques au service d’une société plus juste et fraternelle. Nous mettons notre créativité de citoyen, de travailleur, d’entrepreneur ou d’artiste au service d’une société humaine respectueuse de la dignité de chacun et de la nature. Nous faisons de la sobriété un enjeu de transformation personnelle, économique et écologique. Nous sommes trans-politiques, de toutes croyances ou non croyances ; et nous faisons du débat éthique le moyen d’avancer ensemble à partir d’opinions diverses. Nous faisons de la reliance avec les autres collectifs et associations humanistes pour être plus efficaces ensemble. Nous sommes 500 membres actifs répartis dans des collectifs locaux et nous voulons devenir 1 000 en 2020. Nous avons 3 500 sympathisants qui suivent nos activités ; et nous voulons qu’ils soient 10 000 en 2020. Nous comptons bientôt 17 collectifs locaux", indiquent sur leur site web les membres du Pacte civique. Ce collectif est signataire du "Pacte du pouvoir de vivre" rendu public début mai 2019 par 19 organisations, dont la CFDT, la CFTC et l’Unsa, en réponse à la conférence de presse post-grand débat du président de la République, Emmanuel Macron. "Face à l’urgence sociale, écologique et démocratique, le compte n’y est pas", avaient alors affirmé les signataires (lire sur AEF info).

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