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Alliance "U7+" : quels sont les engagements pris par 48 universités françaises et étrangères à l’occasion du G7 ?

"Le document produit aujourd’hui est à ma connaissance l’un des rares documents qui, émanant d’universités, ne demande rien pour elles, en termes de financement ou de cadre réglementaire. Nous nous adressons au pouvoir politique du G7 dans un esprit de mise à disposition de nos forces conjointes, pour essayer de proposer des solutions aux problèmes du monde", déclare Mario Monti, président de l’université Bocconi, alors que les 48 universités de l’alliance "U7+", formée à l’occasion du G7 français, publient leur "déclaration finale". Elles s’engagent à mener 13 actions concrètes d’ici un an.

Les 48 membres de l'Alliance U7+, réunis à Sciences Po Paris le 10 juillet 2019, sont issus de 18 pays. SP

À l’exception de quatre ou cinq établissements parmi les 48 participants à l’Alliance U7+, ce sont bien les présidents des universités membres qui se sont déplacés en personne, les 9 et 10 juillet 2019 à Sciences Po Paris, pour le premier sommet de ce nouveau réseau international créé à l’occasion du G7 français (lire sur AEF info). Eux et leurs "sherpas" ont travaillé pendant deux jours à l’élaboration d’une "déclaration finale", qu’ils ont remise au président de la République, Emmanuel Macron, lors d’un dîner à l’Élysée le 10 juillet.

Dans ce texte long de dix pages, en anglais, les 48 universités et écoles françaises et étrangères issues de 18 pays et représentant 2 millions d’étudiants, listent six grands principes qui ont été adoptés par vote, à la quasi-unanimité, se félicite Frédéric Mion, directeur de Sciences Po, initiateur et hôte de la manifestation. Ces six principes se déclinent en 13 actions concrètes, que les universités de l’alliance se sont engagées à mener durant l’année qui vient. Chaque action sera pilotée par un ou plusieurs établissements "leaders", qui feront état des avancées réalisées lors du prochain G7, qui se tiendra aux États-Unis en 2020.

"montrer la voie, au niveau local comme au niveau global" (m. phakeng)

"Il n’est jamais trop tard pour agir", assure Mamokgethi Phakeng, "vice-chancellor" de l’université du Cap, en Afrique du Sud. "Nos universités ont une responsabilité singulière pour former des citoyens responsables et actifs. Nous ne sommes pas seulement là pour produire des diplômés ayant des compétences techniques et des connaissances académiques : ils peuvent montrer la voie, au niveau local comme au niveau global", ajoute-t-elle, soulignant que les universités africaines ne sont pas là pour "faire acte de présence" mais bien parce qu’elles ont "quelque chose à apporter au monde".

"Aucun des établissements présents autour de la table n’a attendu ce sommet pour prendre des initiatives, mais joindre nos forces nous rend plus efficaces et meilleurs", ajoute Frédéric Mion. Mario Monti, président de l’université Bocconi (Italie), souligne pour sa part que cette déclaration finale est "l’un des rares documents qui, émanant d’universités, ne demande rien pour elles, en termes de financement ou de cadre réglementaire".

"Nous avons commencé à échanger nos bonnes pratiques" (É. Labaye)

Concrètement, un "comité exécutif" représentant tous les continents sera mis en place pour "s’assurer de la mise en œuvre et du suivi des engagements pris par les universités de l’alliance", explique Frédéric Mion, avec l’objectif de faire un bilan des actions menées "lors du prochain sommet du G7, dans un an", U7+ ayant "la volonté de suivre la même périodicité que le G7". Selon plusieurs membres qui ont participé aux groupes de travail des 9 et 10 juillet à Paris, les discussions entre présidents ont été animées et les textes des six principes ont été très discutés avant d’être adoptés.

Éric Labaye, président de l’École polytechnique, qui a participé au groupe de travail s’intéressant à "l’impact de l’innovation technologique sur l’éducation et la recherche", témoigne de l’aspect très "concret" des débats. "Nous avons commencé à échanger nos bonnes pratiques, chacun a parlé de ce qu’il avait à apporter comme solutions que nous pourrions partager. Par exemple, sur la question de l’utilisation des données massives, l’université de Montréal qui est très avancée dans sa réflexion, va partager sa charte, à partir de laquelle nous pourrons travailler. L’université d’Edimbourg, elle, est motrice sur la question de l’empreinte carbone, car elle est déjà capable de mesurer précisément la sienne et d’effectuer des compensations."

les 13 actions concrètes sur lesquelles s’engagent les 48 établissements

Voici les six principes adoptés dans la déclaration finale d’U7+, leur déclinaison en actions, et les établissements pilotes de chacune :

Principe 1 : "Nous reconnaissons que l’alliance U7+ incarne notre volonté commune d’identifier et de traiter les défis globaux auxquelles nos sociétés sont confrontées, dans le but d’accélérer le développement de solutions. Nous nous engageons à poursuivre une action commune au travers de l’alliance U7+, y compris une rencontre annuelle dans le contexte du G7, pour que nos actions puissent peser dans les discussions et contribuer à faire des changements positifs une réalité."

Principe 2 : "Nous reconnaissons que nos universités ont une responsabilité particulière pour former des citoyens responsables et actifs, qui vont contribuer à la société, du niveau local au niveau global." 

Actions à mener au titre du principe 2

 
  • 16 membres de l’alliance, emmenés par l’université de British Columbia, s’engagent à "élargir le périmètre de leurs partenariats" dans le but de travailler avec "une large variété d’acteurs, au sein de leurs communautés et au-delà" (citoyens, ONG, associations, entreprises, villes, organisations supranationales…), pour "aider à créer un monde plus juste, durable et prospère".
  • 12 membres d’U7+, emmenés par Sciences Po et l’université de British Columbia, s’engagent à "valoriser l’engagement auprès de leurs communautés locales" dans leurs processus de recrutement et chez leurs étudiants de niveau "undergrad". 
  • 29 membres d’U7+, emmenés par l’université Bocconi et Sciences Po, s’engagent à "reconnaître l’importance d’un indicateur portant sur l’internationalisation de l’expérience étudiante" en leur sein, qui "inclura un ratio d’étudiants internationaux dans l’université, la diversité des nationalités représentées, le niveau de mobilité étudiante à l’international (ou ses alternatives sur place), et la diversité du corps professoral".

Principe 3 : "Nous reconnaissons que nos universités ont un rôle majeur à jouer dans la prise en compte des questions environnementales et des défis liés au développement durable, comme le changement climatique, la biodiversité et la transition énergétique. Cela doit inclure l’action par l’exemple sur nos propres campus."

actions à mener au titre du principe 3

 
  • 28 universités, emmenées par l’université de Toronto et PSL, s’engagent "d'ici 2025 au plus tard, à faire en sorte que tous les étudiants, à commencer par les undergraduates, aient accès à des cours sur le climat, la biodiversité et le développement durable durant leur scolarité", que ce soit "en ligne ou sous un format traditionnel", ces cours pouvant inclure "des expérimentations sur leurs campus et avec leurs communautés".
  • 18 membres d’U7+, emmenées par l’université d’Edimbourg et l’université de Toronto, s’engagent à "améliorer leur efficience énergétique et à réduire leurs gaz à effet de serre d'ici 2030", et "a minima, à se donner des cibles spécifiques d'ici 2020", en travaillant notamment sur "les politiques de mobilité à l’international de leurs personnels, les moyens de transport sur les campus, l’immobilier ou les déchets".

Principe 4 : "Nous reconnaissons que les universités ont une responsabilité spécifique et majeure dans l’élargissement de l’accès à l’éducation et dans la promotion de l’inclusion. Nous favoriserons également les débats respectueux et basés sur des preuves, dans le but de lutter contre la polarisation de nos sociétés."

actions à mener au titre du principe 4

 
  • 26 membres d’U7+, emmenés par la LSE, s’engagent à "élargir l’accès et la réussite des étudiants issus de milieux marginalisés, en les accompagnant dans leurs études et en ouvrant des voies vers l’université, dans le but de faciliter la mobilité sociale".
  • 13 universités, emmenées par l’université d’Ottawa et l’université de Bordeaux, s’engagent à "développer le leadership inclusif chez les étudiants et les compétences attachées à la citoyenneté globale, en leur proposant des cours pertinents sur le sujet". 
  • 23 membres de l’alliance, emmenés par l’université McGill, s’engagent à "atteindre un public qui dépasse leurs propres frontières académiques, en s’engageant auprès de leurs communautés locales et en s’assurant que les résultats de leurs recherches sur des défis sociétaux clés soient partagés".
  • 24 établissements d’U7+, emmenés par HEC Paris, s’engagent à "améliorer leurs capacités existantes en matière d’entrepreneuriat, d’innovation sociale et d’incubation, dans le but de créer de la valeur économique et d’assurer un impact sociétal".

Principe 5 : "Nous reconnaissons que les universités doivent promouvoir les recherches et les apprentissages interdisciplinaires, en particulier en créant des ponts entre les sciences sociales, les humanités, les sciences de la vie et les disciplines STEM, dans le but de résoudre les problèmes complexes d’intérêt global."

actions à mener au titre du principe 5

 
  • 29 universités d’U7+, emmenées par University College London, s’engagent à "mener des projets de recherche interdisciplinaires qui auront un impact sociétal dans les domaines couverts par les ODD, en particulier en matière d’alimentation et de santé, de climat et de transition énergétique, de développement durable, et d’égalité des chances.
  • 11 membres de l’alliance, emmenés par l’École polytechnique, s’engagent à "ouvrir de nouveaux cours pluridisciplinaires, axés sur les compétences technologiques mais aussi sur la compréhension des impacts de la technologie sur la société, pour le plus grand nombre d’étudiants, dans le but de former des citoyens engagés capables d’utiliser la technologie pour améliorer le bien commun".
  • 7 établissements, emmenés par HEC Paris, s’engagent à réfléchir aux moyens d’améliorer par la recherche "l’impact des technologies sur la société, l’économie et le marché du travail", au travers de "forums" mêlant les milieux académiques, les gouvernements, les employeurs et un public plus large, avec l’objectif de publier un "agenda d’actions" d’ici la fin 2020.
  • 11 membres, emmenés par l’université de Montréal, s’engagent à "exercer un fort leadership aux côtés des entreprises technologiques et des gouvernements pour développer des règles sur l’utilisation des données massives".

Principe 6 : "Nous reconnaissons qu’U7+ peut servir de laboratoire pour consolider les meilleures pratiques qui peuvent être partagées, à la fois au sein de notre réseau et plus largement, avec les universités et les institutions similaires dans le monde entier."

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Sarah Piovezan, journaliste