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La filière du béton défend sa place dans la construction de la ville de demain

Les acteurs de la filière du béton ont défendu, vendredi 21 juin 2019, à l’occasion de l’assemblée générale de la FIB, leur rôle dans la construction de la ville de demain. Critiqué pour le poids de son bilan carbone, le secteur entend malgré tout peser dans ce nouveau modèle, et met en avant ses avantages, notamment pour lutter contre les îlots de chaleur. De leur côté, les collectivités locales appellent les industriels à innover, et à collaborer avec elles, dès l’amont des projets.

La filière béton a défendu, le 21 juin 2019, lors de son assemblée générale, son rôle dans la construction de la ville de demain. photo 5000 via Fotolia

Souvent pointé du doigt pour son empreinte carbone, le secteur du béton entend démontrer qu’il a toute sa place dans la ville de demain. C’est le discours qu’ont porté, vendredi 21 juin, les acteurs de la filière, à l’occasion de deux tables rondes organisées par la Fédération de l’industrie du béton (FIB) sur le thème "innovation et résilience pour construire demain la ville intelligente".

"La construction avec les matériaux minéraux apporte une résistance intrinsèque à la ville", a souligné Pascal Casanova, directeur général d’Alkern (1), évoquant notamment le rôle du béton dans les réseaux d’eau et d’assainissement. "Les villes ne peuvent pas fonctionner sans les solutions qui ont fait leurs preuves depuis des millénaires, les solutions minérales", insiste-t-il.

Et le DG de mettre en avant les avantages de ce matériau, pour lutter contre les îlots de chaleur du fait de sa couleur claire ou de son utilisation dans des "solutions drainantes", ou contre la pollution de l’air à l’aide de "dalles dépolluantes". Le béton ne diffuse "pas de composés organiques, à la différence de tous les produits de traitement des autres matériaux", bois en tête, liste Pascal Casanova.

"Se préparer à une évolution"

Pourtant, la prise de conscience environnementale des différents acteurs de la ville va demander aux industriels d’évoluer. "Le problème du béton, c’est qu’il a un bilan carbone qui n’est pas génial. Or, on va être de plus en plus attentifs à la qualification des matériaux", fait savoir Vincent Margout, directeur Qualité développement durable de Grand Paris Aménagement.

Même son de cloche du côté de la ville de Paris, par la voix de Sébastien Maire, son délégué général à la transition écologique et à la résilience : "Vous allez devoir muter, notamment sur le sujet du bilan carbone. Cela va être un couperet dans les appels d’offres", lance-t-il aux membres de la FIB, avant d’évoquer un "projet zéro béton".

Ce dernier, en utilisant des pieux vissés et la construction bois/biosourcée, permettrait d’économiser 45 % de GES (en équivalent CO2) par rapport au même bâtiment en construction conventionnelle béton, soit 132 tonnes de CO2 évitées, pour un petit projet de 227 m2 SDP, explique Sébastien Maire. "Collectivement, il faut se préparer à cette évolution."

"Éviter les diktats"

"On voudrait collaborer de façon intelligente, et éviter les diktats et réglementations qui sont sur un seul critère", oppose Philippe Gruat, président de la FIB dont le mandat s’achevait ce 21 juin (voir encadré). En ligne de mire notamment, le cahier des charges établi par les pouvoirs publics pour les Jeux olympiques 2024, qui mise sur la filière bois et les matériaux biosourcés. "Il y a non pas un mais des matériaux. Il faut utiliser le bon au bon endroit."

À plusieurs reprises, les professionnels du béton ont rappelé les risques de la construction bois en matière d’incendie, non sans rappeler les efforts faits par leur filière. "Notre bilan carbone, on le baisse depuis longtemps!", relève ainsi Philippe Gruat, soulignant que le carbone n’est pas le seul critère à prendre en compte. "Le béton n’est pas un déchet et trouve des débouchés", notamment dans "les sous-couches routières", ajoute-t-il.

Les collectivités demandeuses

Plus difficile en revanche de le réintroduire dans le nouveau béton, admet-il, même si des projets existent, comme à Chartres, où une résidence de douze logements, "Le Onze", est présentée comme une "opération exemplaire de construction en béton en termes d’économie circulaire et de circuit court à l’échelle d’un territoire". En l’occurrence, ce projet, lauréat en 2018 de l’appel à manifestation d’intérêt "Permis d’innover", réutilise des granulats de bétons recyclés issus de la déconstruction d’un bâtiment de Chartres Métropole. Cela témoigne de "la volonté de tous de travailler différemment", selon Philippe Gruat.

"Il faut co-construire, travailler en collaboration avec l’ensemble des acteurs, dès l’amont des projets", résume-t-il. D’autant que ces acteurs, au premier rang desquels les collectivités locales, sont demandeuses, souligne Hervé Gatineau, directeur immobilier Grands projets d’Eiffage. Ainsi le projet "Smartseille", initialement "projet virtuel hors-sol" né de l’imagination des experts de Phosphore - le laboratoire de recherche en développement urbain durable mis en place par le groupe —, a intéressé les pouvoirs publics locaux, relate-t-il. Sur 58 000 m2, le démonstrateur de l’Écocité Euroméditerranée "vise l’exemplarité en termes de développement durable".

L’expérimentation est possible

La ville de Paris, elle, cherche "le revêtement idéal" pour les cours d’écoles rénovées selon les critères du programme "Oasis", qui tend à adapter ces espaces au changement climatique, indique Sébastien Maire. Trois cours l’ont déjà été, "30 le seront cet été, et 700 d’ici à 2040. Il y a un marché !" D’autant que "ces cours ne sont qu’un teaser, le vrai sujet, ce sont les écoles elles-mêmes", qui devront nécessairement être refaites pour tenir compte "des canicules qui vont être de plus en plus nombreuses", souligne le délégué général.

Selon la FIB, il y a "toujours eu beaucoup d’innovation dans la construction, mais peu de mises sur le marché, car la société n’était pas demandeuse". Une époque révolue à en croire Gwenaëlle Costa Le Vaillant, directrice du programme Smart Région à la région Île-de-France : "je vous encourage à innover. Le secteur de la construction doit évoluer, l’expérimentation est possible. Il n’y a pas de collectivité ou d’aménageur qui n’ait pas envie de le faire", invite-t-elle les participants.

Elle recommande de travailler sur les nouveaux usages des bâtiments, sur l’économie de la fonctionnalité ou encore l’habitat intelligent, pour "faire une révolution systémique". "L’utilisateur est le moteur, c’est dans notre façon de penser que se trouvent les freins", abonde Hervé Gatineau, d’Eiffage.

Reste que si la filière du bâtiment peut faire cette innovation, "il faut des talents pour la mettre en œuvre", s’inquiète Philippe Gruat. Avec la vague de départs à la retraite qui s’annonce dans le secteur, "la fenêtre de tir est réduite", estime Gwenaëlle Costa Le Vaillant. "On n’a pas plusieurs années, donc on met tous le monde autour de la table et on le fait maintenant !", lance-t-elle, répétant que la porte de la région est "grand ouverte".

Un nouveau président pour la FIB

 

À l’issue de l’assemblée générale, l’actuel président de la Fédération de l’industrie du bâtiment, Philippe Gruat, a annoncé céder sa place à Bertrand Bedel, nouvellement élu. À 62 ans, l’ancien président d’Alkern prend donc les rênes de la FIB pour un mandat de trois ans.

(1) fabricant de produits préfabriqués en béton.

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Emilie Buono, journaliste