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Comment l’université peut-elle se démarquer dans le champ de l’entrepreneuriat ? (colloque du réseau des VP)

C’est la première fois que le réseau des vice-présidents "entrepreneuriat" de la CPU se réunissait en colloque à Nancy, les 18 et 19 juin 2019. Autour de Christophe Schmitt, VP en charge de l’entrepreneuriat et de l’incubation à l’université de Lorraine, les participants ont mis en relief les pistes de travail pour renforcer l’entrepreneuriat à l’université. Ils se sont notamment interrogés sur la place de l’université dans l’écosystème entrepreneurial, la création de lieux totem, le développement de modules de formation ou encore les indicateurs pour mesurer les impacts de l’entrepreneuriat.

Université de Lorraine

Le réseau des vice-présidents "entrepreneuriat, incubation et partenariats économiques" de la CPU, créé fin 2018, a inauguré son premier colloque à Nancy, dans les locaux du Peel au sein du campus Artem, les 18 et 19 juin 2019. Animés par Christophe Schmitt, vice-président en charge de l’entrepreneuriat et de l’incubation à l’université de Lorraine et responsable du Peel, ces deux jours ont rassemblé, pour la première fois, une cinquantaine de personnes (VP, responsables de Pépite, chargés de mission…). Les intervenants comme les personnes présentes dans la salle ont échangé sur leurs pratiques, se sont questionnés sur la place de l’entrepreneuriat dans les universités, notamment à travers le réseau des Pépite, et ont réfléchi à des pistes de travail pour développer et rendre plus visibles leurs actions dans ce domaine. À cette occasion, les travaux de trois groupes de travail ont été rendus publics : sur les missions et les frontières des universités dans le champ de l’entrepreneuriat, la transformation de l’université par et pour l’entrepreneuriat, et la performance des programmes d’entrepreneuriat.

Au début du colloque, Alain Asquin, délégué ministériel à l’entrepreneuriat étudiant depuis juin (lire sur AEF info), rappelle que sa mission consiste à travailler avec les établissements pour "promouvoir" l’entrepreneuriat étudiant. "Il faut être créatif pour faire bouger les choses, au-delà des mandats politiques. Il faut trouver des solutions, que les structures se modifient sans perdre leur âme", dit-il. Alain Asquin propose également de partager "une fois par an l’état des réflexions sur la dynamique entrepreneuriale".

Quelle est la place des universités dans l’écosystème entrepreneurial ?


Frontières avec les autres structures. L’une des difficultés observées pendant le colloque concerne les frontières entre les universités et les autres structures présentes dans le domaine de l’entrepreneuriat. Quand doivent intervenir les universités et où s’arrête leur champ d’action ? "Nous avons déjà des relations avec l’écosystème, qui vont des incubateurs aux CCI. Mais ces relations sont très variables", reconnaît Michel Bernasconi, vice-président entrepreneuriat étudiant de la Comue Université Côte-d’Azur.

Pour Alain Asquin, la "spécificité" des universités réside avant tout dans l’accompagnement des étudiants. "La légitimité de l’université vient du fait qu’elle fait le travail de qualification. Elle forme des étudiants à devenir entreprenants", dit-il. Et même si les acteurs sont déjà nombreux dans le domaine de l’incubation, l’université doit réussir à "garder la main" sur l’ensemble du processus. Elle doit ainsi proposer à un étudiant "un accompagnement dans un Pépite - avec un suivi - même s’il est dans un incubateur de région par exemple […]. Car si l’université ne fait que sous-traiter, elle ne se transforme pas. Mettez les moyens pour que les universités prennent cette compétence !", recommande Alain Asquin. "Pour les Satt par exemple, les universités ne vont pas faire leur métier à leur place, mais elles peuvent préparer les docteurs à y entrer. On doit nous voir comme des préparateurs : c’est-à-dire que l’on fait rentrer [dans d’autres structures] des projets préparés, dans lesquels il y a moins de risque pour ceux qui les accueillent." Il ne faut pas que d’autres acteurs de l’entrepreneuriat "viennent faire leur marché" dans les universités, met-il en garde.

Concernant l’articulation avec le milieu marchand, Alain Asquin préconise aux Pépite d’être "structurés pour travailler avec des acteurs privés. Il faut bien qualifier les gens avec qui nous travaillons, et ensuite prendre en compte leur modèle économique. Nous devons être robustes pour ne pas être à la merci de leur offre financière pour exister", estime-t-il. "C’est un monde de requins, les Pépite ont beaucoup de sollicitations d’acteurs privés. Attention au risque de la sous-traitance, sinon nous perdons le contrôle et nous ne savons plus ce qui se passe sur le territoire", continue Christophe Schmitt.

Lieux totem. Comment faire pour que les étudiants entrepreneurs, qui partent ensuite dans des structures de type incubateurs, "se rappellent tout de même leur université" ? demande dans la salle Évelyne Marchetti, vice-présidente déléguée à l’orientation, l’insertion professionnelle et l’entrepreneuriat étudiant d’Aix-Marseille Université. Par exemple, "un lieu totem apporte de la visibilité et fédère", répond Alain Asquin. Il doit être "une sorte de camp de base" avec des événements ponctuels mais les entrepreneurs doivent aussi se rendre dans d’autres lieux favorisant l’entrepreneuriat. "La notion de communauté est aussi importante", ajoute Christophe Schmitt, qui prend l’exemple des locaux du Peel. "C’est un cercle vertueux. Plus nous proposerons des activités, des événements, plus les étudiants viendront et s’approprieront le lieu." De plus, pour Alain Asquin, il est important que les équipes Pépites se trouvent dans le même lieu que les entreprises.

Quelles sont les actions concrètes à développer pour favoriser l’entrepreneuriat ?


Formation des étudiants. Mais pourquoi finalement transformer l’université par et pour l’entrepreneuriat ? "Nos étudiants sont voués à être une élite, à des postes de responsabilité, et donc il faut que nos entreprises bénéficient de personnes qui sont agiles et réactives pour être compétitives", affirme Évelyne Marchetti (AMU), qui anime la table ronde sur les travaux du deuxième groupe de travail. L’université doit informer les étudiants et les personnels (Biatss, EC, chercheurs) "sur ce que font les Pépite, même s’il y a des composantes déjà en avance sur l’entreprenariat comme les IAE". Il faut que les dispositifs sur l’entrepreneuriat soient présentés "dès la L1 de façon systématique à tous les étudiants", conseille-t-elle. Évelyne Marchetti avance aussi l’idée d’un module obligatoire "sur la sensibilisation à la création d’activité" en licence, en présentiel ou non, dans le cadre du projet personnel et professionnel.

Les membres du groupe de travail proposent également de "créer a minima un DN ou un DE dédié à l’entrepreneuriat par université" avec un programme socle. Car selon les Pépite, le D2E peut être infusé de manière différente, explique Évelyne Marchetti. "Il nous semble impératif, si nous voulons être visibles, que ce diplôme ait un socle commun de compétences communes, un process commun, et une grille d’évaluation commune. Il faut avoir un socle commun car les étudiants s’y perdent tout comme les chargés de mission des Pépite. Et ce D2E pourrait aussi être ouvert aux personnels de l’université", développe-t-elle.

Formation des enseignants. Il est important que les nouveaux enseignants-chercheurs "sachent ce que nous proposons aux étudiants et comprennent ce qu’est l’esprit d’entreprendre", recommande aussi Patricia Champy-Remoussenard, chargée de mission "entrepreneuriat étudiant" à l’université de Lille. Dans cette optique, un module de sensibilisation pourrait leur être proposé, ainsi qu’un autre module avec une formation plus approfondie au cours de leur carrière. "On ne peut pas transformer l’université sans ces acteurs-là", insiste-t-elle. Il faut réussir "à montrer que l’entrepreneuriat peut faire sens dans l’activité de l’enseignant-chercheur".

Face à ces propositions, Alain Asquin réagit : "Il est impossible pour l’université d’investir davantage. Comment plutôt changer la donne structurellement ?" Selon lui, "l’élément essentiel dans la transformation, c’est la reconnaissance. Comment faire du lobbying auprès des collègues pour pousser l’entrepreneuriat, pour que le CNU commence à bouger les règles ?" interpelle-t-il. Quant à la formation des étudiants, avec l’autonomie des universités, il est "compliqué" d’intégrer dans les maquettes des modules sur l’entrepreneuriat, pense-t-il.

Comment mesurer les impacts de l’université entrepreneuriale ?


Indicateurs. Pascale Brenet, directrice du Pépite-BFC, et Nathalie Lameta, responsable du Pépite Corse, se sont ensuite demandé comment mesurer les impacts de "l’université entrepreneuriale". Pour cela, elles identifient quatre niveaux d’impact : le développement économique, l’innovation pédagogique, l’insertion professionnelle et la transformation des universités. Par exemple, pour mesurer l’impact de l’insertion professionnelle, les indicateurs possibles sont les compétences entrepreneuriales certifiées (nature et nombre d’étudiants concernés), la trajectoire professionnelle des diplômés, le suivi des échecs et des rebonds, l’accueil en formation continue pour l’entrepreneuriat…

Elles formulent ensuite quatre préconisations :

  • "poursuivre l’état des lieux des impacts et de leur mesure (benchmark des pratiques internationales et revue de littérature) ;
  • proposer un référentiel commun assorti d’une grille d’indicateurs et d’une note méthodologique, pour apporter des outils à utiliser en évaluation et auto-évaluation ;
  • ouvrir un agenda de recherche associant chercheurs et opérationnels de l’entrepreneuriat ;
  • partager et suivre les pratiques de mesures d’impact (observatoire et rencontre annuelle pour le partage des retours d’expériences et bonnes pratiques)."

Il faudrait en effet "lancer une sorte d’observatoire de nos activités entrepreneuriales. Cet observatoire pourrait proposer des enquêtes longitudinales", renchérit Patricia Champy-Remoussenard (Lille). "Mais le cœur du problème, ce sont les indicateurs qualitatifs. Il faudrait peut-être un screening plus étroit sur les indicateurs spécifiques à l’entrepreneuriat et non pas à l’innovation pédagogique. Il faudrait réduire le nombre d’indicateurs qualitatifs, et s’inscrire dans la durée avec la création d’un organisme pour voir la trajectoire des étudiants. Si nous élargissons trop le champ, nous allons nous trouver en porte à faux avec d’autres secteurs de l’université", argumente Évelyne Marchetti (AMU). 

"Les données sont une exigence : les présidences des universités ont besoin de données pour soutenir le développement de l’entrepreneuriat. […] Le défi colossal, c’est de récupérer toutes les informations. Or nous n’arrivons pas à tracer nos étudiants entrepreneurs. Il faut trouver dès le début un moyen de savoir quels sont les étudiants passés dans les Pépite", estime de son côté Alain Asquin. Il faut ensuite "se mettre d’accord sur un ensemble de données à faire une seule fois", insiste-t-il.

Alumni. Qu’en est-il des alumni des Pépite ? se demande d’ailleurs la salle. "Nous avons un potentiel énorme mais pas grand-chose n’est fait pour l’instant", reconnaît Christophe Schmitt. "Les alumni reviennent souvent à l’université par nostalgie. C’est plus compliqué de toucher les 28-35 ans", constate Alain Asquin. "Il faut qu’on active le lien avec les étudiants entrepreneurs, mais c’est du boulot !"

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Julie Lanique, journaliste