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Tiers lieux dans les territoires : le MESRI cible les décrocheurs, via son dispositif de "campus connectés"

À l’occasion de l’installation du Conseil national des tiers lieux (1) et de la présentation par le gouvernement d’un plan d’appui et d’accélération intitulé "Nouveaux lieux, nouveaux liens" (2), le 17 juin 2019 à Pantin, Frédérique Vidal rappelle le lancement des "campus connectés" à la rentrée 2019 (lire sur AEF info), lesquels s’inscrivent dans cette logique de tiers lieux. Ils doivent "permettre à des jeunes éloignés des grandes universités de suivre à distance une formation diplômante, avec des tuteurs".

Frédérique Vidal, à l'occasion de la journée sur les tiers-lieux à la Cité Fertile de Pantin, le 17 juin 2019.

Remettre à plat tout le patchwork de tiers-lieux qui existent aujourd’hui (culture, éducation, travail…) pour permettre un meilleur maillage des services publics de proximité, et éviter l’empilement de dispositifs qui ne s’articulent pas bien entre eux : telle est l’ambition du plan "Nouveaux lieux, nouveaux liens" annoncé par le gouvernement le 17 juin 2019, à la Cité fertile de Pantin. Une tentative de réponse au mouvement des gilets jaunes.

Cibler les décrocheurs

Côté ESRI, le plan cible les décrocheurs. "Nous avons eu une première alerte à la fin de Parcoursup l’an dernier, avec l’apparition d’un sujet relatif à l’absence de mobilité des jeunes. Puis un coup d’accélérateur avec le mouvement des gilets jaunes et un besoin de réponse dans le cadre du grand débat", explique le MESRI à AEF info. C’est pour répondre à ce besoin qu’il a annoncé assez rapidement le dispositif des "campus connectés" (lire sur AEF info), en vue de permettre la prise en charge des bacheliers qui risquent de décrocher cette année.

Pour lancer les campus connectés, "nous nous sommes inspirés de quelque chose qui marchait déjà, à savoir la Digitale académie de Montereau-Fault-Yonne en Seine-et-Marne, pensée par et pour un territoire", souligne la ministre de l’ESRI, Frédérique Vidal, le 17 juin 2019. "Pour les treize nouveaux campus connectés qui seront ouverts à la rentrée 2019, nous avons souhaité garder ce modèle avec des campus construits avec les collectivités."

Une formation diplômante suivie à distance

Ces campus connectés ont été pensés pour "les jeunes éloignés des grandes universités", qui "affrontent souvent un parcours d’obstacles pour accéder aux études supérieures. Grâce aux campus connectés et aux partenariats avec les établissements d’enseignement supérieur, nous leur permettrons de suivre à distance une formation diplômante, avec des tuteurs, dans une ambiance de vie étudiante", souligne Frédérique Vidal. Pour mémoire, le MESRI envisage de créer 100 campus connectés d’ici à 2022. Ces tiers lieux doivent permettre à des étudiants de suivre des formations de premier cycle à distance. Chaque projet bénéficie d’une subvention d’amorçage de 50 000 euros, à laquelle s’ajoutent 1 000 euros par étudiant et par an, sur trois ans.

Qu’est-ce qu’un tiers lieu ?



Les tiers lieux ne concernent pas que l’enseignement supérieur mais des domaines très variés. Pour le ministère de la Cohésion des territoires, les tiers lieux "désignent des lieux physiques polyvalents qui favorisent l’activité économique, la créativité et la convivialité, dans des domaines d’intervention variés : la formation, le travail, l’accès aux droits, l’éducation, la culture, l’action sociale, etc.". 1 800 tiers lieux ont été recensés par la mission conduite par Patrick Levy-Waitz dans son rapport "Faire ensemble pour mieux vivre ensemble", remis en septembre 2018.

Une quarantaine d’étudiants à la digitale académie de Montereau

"Un constat que nous faisons au sein de notre commune, et qui est partagé par d’autres, c’est celui du décrochage scolaire", explique James Cheron, le maire de Montereau-Fault-Yonne, durant cette rencontre à la Cité Fertile de Pantin. "À Paris, 80 % des bacheliers poursuivent des études, alors qu’à Montereau ils sont à peine à 50 % ! Or il n’y a pas de raison que nos bacheliers soient moins intelligents ou moins motivés." La commune a lancé une Digitale académie, dont la 1re rentrée a eu lieu en septembre 2017 et qui a accueilli cette année une quarantaine d’étudiants. Elle envisage pour l’avenir d’ouvrir le lieu à près de 80 jeunes. Plus de 1 000 formations diplômantes y sont proposées : "Il ne s’agit pas de sous-diplômes, mais de ceux des universités et écoles qui existent de manière plus classique", précise le maire.

D’après James Cheron, c’est la distance géographique qui explique que les étudiants de Montereau n’aillent pas à l’université. L’université de rattachement est implantée dans le même département mais à l’opposé, avec des moyens de transport compliqués, et plus de deux heures de trajet. Il y ajoute des raisons financières. "Nous avons à Montereau la population la plus pauvre d’Île-de-France, avec l’indice de développement humain le plus faible du territoire et le 3e taux de précarité de la région au regard du nombre d’allocataires du RSA", précise-t-il.

De "bons taux de réussite" à Montereau

"Nous avions deux options", relate le maire : "Soit, comme beaucoup d’élus, nous pouvions essayer de faire des pieds et des mains pour obtenir un bout d’université chez nous, mais ça nous aurait demandé au moins 20 ans et on aurait au mieux décroché une UFR pour ne préparer qu’un diplôme. Ou alors on faisait le choix de faire venir l’université chez nous, dans le cadre des études à distance. C’est comme cela que nous avons créé notre tiers-lieu", raconte James Cheron.

"Les étudiants suivent leur cursus à distance avec un contenu pédagogique délivré par leur université de référence. Et le suivi est assuré par un enseignant du Cned ou de l’établissement. Par contre, nous mettons à également disposition de ces étudiants un encadrement de qualité, avec notamment des 'coachs' qui les aident à tenir le coup, à raison d’un coach pour dix étudiants", relève James Cheron. Et le résultat est "vraiment criant", d’après le maire : "Nous avons peu de décrochage et de bons taux de réussite, avec un taux d’abandon de seulement 4 %. Et encore, il s’agit plutôt de réorientations."

(1) Il est composé de représentants des tiers-lieux dans leur diversité (économique, culturel, numérique, éducatif et d’enseignement supérieur, associatif, ESS…). Consulté par les pouvoirs publics, il jouera un rôle d’instance de représentation provisoire et de dialogue de la filière.

(2) Pour ce plan qui concerne tous les secteurs et pas uniquement l’ESR, un AMI va être lancé. Les 300 lauréats se verront accorder une subvention comprise entre 75 000 et 150 000 euros sur trois ans.

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Juliette Plouseau, journaliste