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Écoles de commerce : comment évolue le vivier très convoité des élèves de classes préparatoires depuis 2002 ? (1/2)

Dans les 26 grandes écoles de commerce proposant un "programme grande école" en 2019, la part des étudiants issus des classes prépa n’est plus majoritaire parmi les nouveaux entrants (en première année et au-delà) : en 2017, elle était en moyenne de 40 %. Ces profils continuent toutefois de "donner le la", et les écoles se disputent leur recrutement. Alors que la période des concours 2019 se termine, nous consacrons ce premier volet de notre enquête à un état des lieux, depuis 2002, du "vivier" convoité des prépas aux écoles de commerce.

SOURCES ET Méthodologie

 
  • Les effectifs des classes préparatoires économiques sont issus du RERS.
  • Le profil du flux d’étudiants entrants en école de commerce en 2017 est disponible dans les fiches par programme grande école sur le site de la CEFDG.
  • Chaque année depuis 2002, le Sigem a rendu public le nombre de candidats, d’admissibles et d’admis, et le rang du dernier affecté à l’issue des concours par école de commerce. Pour analyser l’évolution du nombre de places ouvertes à des candidats issus de prépa depuis 2002 et le nombre d’intégrés aux concours des 26 écoles de commerce proposant un programme grande école en 2019, nous avons reconstitué les effectifs des écoles issues d’une fusion, en cumulant les places ouvertes et les recrues de chaque école respective pour les années précédant la fusion.
  • Enfin, pour étudier la corrélation entre la part de recrues issues de CPGE et le rang d’une école dans le "classement Sigem", nous avons utilisé le classement produit en 2018 à partir des calculs effectués pour AEF en juillet 2018 par Philippe Colo, diplômé de l' Ensae ParisTech et doctorant à la Paris School of Economics, à partir des données Sigem.

Les étudiants de CPGE sont souvent décrits comme "l’or" du système des grandes écoles de commerce. S’ils ne représentent plus aujourd’hui l’unique source de recrutement d’élèves, ces candidats très motivés, rompus aux méthodes de travail intense et dotés d’une solide culture générale, font l’objet de stratégies de différenciation de la part des écoles pour les attirer. Quel volume d’étudiants représente ce vivier, et comment a-t-il évolué ces dernières années ? Dans quelle mesure les écoles augmentent-elles les places qui leur sont réservées, tout en jaugeant le risque de les voir choisir un établissement concurrent ? Nous nous sommes intéressés aux bases de données publiques, dont celle du Sigem depuis 2002, pour répondre à ces questions.

Tous les étudiants ne viennent pas de prépa

Selon les fiches d’indicateurs publiées par la CEFDG pour les programmes "grande école" des écoles de commerce, lorsque l’on prend en compte le recrutement non seulement en 1re année, mais aussi en 2e ou en 3e année, la part des étudiants issus de classes préparatoires dans le flux d’entrants en 2017 n’est plus prépondérante : elle est de 40 % en moyenne dans les 26 écoles que nous avons analysées. Il s’agit bien ici d’un flux d’entrants, et non du "stock" total d’étudiants, ni du volume d’étudiants diplômés pour l’année considérée.

D’une école à l’autre, cette part est toutefois très variable. Elle va de 6 % des 1 094 étudiants recrutés en 2017 par l’EM Normandie à 65 % des 397 étudiants recrutés en 2017 par l’ICN à Nancy. L’EM Normandie présente la particularité de recruter depuis le niveau post-bac jusqu’aux niveaux bac+3 et bac+4, de la 1re à la 5e année, tandis que la scolarité de la plupart des autres écoles démarre à bac+2.

Retrouvez dans la visualisation ci-dessous le pourcentage des recrutés issus de CPGE, pour chacune des 26 écoles en 2017. L’épaisseur de chaque barre est déterminée par le volume d’étudiants entrants, que vous pouvez afficher au survol.

Seules sept écoles ont plus de la moitié de leurs nouveaux étudiants issus de prépas : il s’agit de Skema (50 % du flux d’entrants), HEC (52 %), Audencia (53 %), Neoma (53 %), Toulouse (55 %), l’ISG (62 %) et l’ICN (65 %).

Pour les 19 autres, la part des étudiants recrutés par des voies parallèles aux concours sur classes préparatoires, dites "admissions sur titre", est aujourd’hui majoritaire parmi les entrants au PGE. Le profil de ces étudiants est très divers, allant des élèves internationaux aux titulaires de DUT, en passant par les niveaux bac+3 et bac+4 ayant déjà acquis une spécialité en licence ou en master, et les doubles diplômes conclus en coopération avec d’autres grandes écoles (ENS, Polytechnique, les écoles des Mines, Sciences Po...). Ce profil complémentaire aux CPGE dans le recrutement des écoles de commerce fera l’objet d’une autre dépêche.

Les étudiants de prépa, un marqueur d’excellence pour les écoles

Bien qu’en moyenne minoritaire aujourd’hui, le vivier historique des étudiants issus de CPGE reste un indicateur très scruté par les écoles, car il conditionne l’ensemble du développement de l’établissement. Ces recrues "donnent un peu le la", souligne Delphine Manceau, DG de Neoma et présidente d’Ecricome. "Cela reste un marché baromètre", corrobore Stéphan Bourcieu, DG de Burgundy SB. "Les écoles fonctionnent sur la base d’une rente réputationnelle", dont ces recrues sont la clé de voûte, affirme à son tour Elian Pilvin, directeur des opérations et du développement de l’EM Normandie.

Illustration de cette affirmation partagée : lorsque l’on met en regard la part des étudiants issus de prépa en 2017 et le rang de l’école dans le classement Sigem 2018 - accepté par l’ensemble du secteur comme un indicateur d’attractivité et d’excellence d’une école -, la corrélation semble globalement se vérifier. Jusqu’au 13e rang Sigem, en effet, les écoles ont toutes des taux de recrues issues de prépa supérieurs à 39 %.

Pour les 4 écoles classées entre la 14e et la 17e place, la corrélation semble au contraire plutôt s’inverser, avec dans l’ordre :

  • Montpellier BS (classée 14e, et affichant 24 % de candidats CPGE parmi ses entrants),
  • Burgundy BS (classée 15e, et comptant 31 % de CPGE dans son flux d’entrants),
  • l’EM Strasbourg (16e, et 49 %),
  • l’ICN (17e et 65 %).

À partir de la 18e place, la corrélation initiale se rétablit. Les taux de recrues issues de prépa sont tous inférieurs à la barre des 35 %, hormis pour une école toutefois : l’ISG, qui arrive à la 24e place en 2018 et recrutait 62 % de candidats issus de CPGE parmi ses 245 étudiants entrants en 1re, 2e ou 3e année en 2017.

Il est à noter qu’il n’existe pas de classement Sigem officiel. Le classement Sigem que nous utilisons, publié dans une dépêche AEF en juillet 2018 et chaque année, est donc le fruit d’une méthodologie particulière, basée sur la part de duels gagnés de chaque établissement lorsqu’un étudiant admis dans deux écoles en choisit l’une des deux.

Un vivier stable depuis plusieurs années

Le "vivier en or" se tarit-il ? À l’aune des statistiques publiées dans le RERS, les volumes des étudiants inscrits en CPGE pour la filière économique et commerciale sont très stables sur 10 ans, avec une très légère croissance. Première et deuxième années confondues, ils n’ont augmenté que de 9,4 % sur la période, passant de 18 323 à 20 056 étudiants.

Rapportée à l’ensemble des étudiants dans le supérieur, cette population a légèrement décru : en 2008, les étudiants en classe prépa économique et commerciale représentaient 0,8 % du total des étudiants dans le supérieur, selon le RERS, contre 0,7 % et en 2018.

Si les écoles de commerce recrutent une partie minoritaire de leurs promotions dans les classes préparatoires littéraires, et pour certaines dans la filière scientifique, les trois options de la filière économique et commerciale ( ECE, ECS, et ECT) constituent l’essentiel des volumes. En voie littéraire, les effectifs de la filière BEL (ENS Ulm A/L et ENS de Lyon) inscrits aux concours via la BCE, dispositif qui met en commun les épreuves de 24 écoles, réalisent un véritable bond en étant multipliés par trois en 2012, tandis que ceux de la filière B/L (Lettres et sciences sociales) sont stables sur 10 ans :


De même pour Ecricome, qui mutualisait en 2019 les épreuves de Neoma et Kedge, bientôt rejointes par Rennes et Strasbourg, la part des candidats CPGE issus des filières économique et commerciale oscille entre 92 % des 8 380 candidats inscrits en 2014, et 93,8 % des 8 160 candidats en 2018, le reste provenant des filières littéraires.

la philosophie des deux banques de concours diffère

 

La BCE propose des épreuves différenciées par école, et l’étudiant s’inscrit en cochant l’école à laquelle il est candidat, faisant varier son bouquet d’épreuves. Ici, l’interclassement prévaut pour les candidats littéraires, selon une logique de "seuls les meilleurs gagnent" : les écoles proposent des places pour les meilleurs candidats, sans distinction de voie. Les littéraires doivent passer des épreuves spécifiques aux concours d’entrée des écoles de management en plus des épreuves ENS.

Dans le cas d’Ecricome, l’étudiant est automatiquement candidat à toutes les épreuves, et un quota de 75 places est réservé pour les littéraires, dont le classement n’est pas mêlé à celui des prépas économiques. La logique est de s’assurer de recruter une portion des étudiants de ces profils.

Toutefois, ces profils littéraires ont pu jouer un rôle dans l’augmentation du nombre de candidats s’inscrivant aux concours des écoles de commerce via la BCE ou Ecricome, et dont l’affectation des admis est automatisée par le Sigem. Les candidats ont augmenté d’un tiers sur la période 2002-2018, passant de 7 796 à 10 799 étudiants.

Chaque fois, on compte bien plus d’admis (8 953 admis et inscrits sur liste complémentaire en 2018) que de places (7 899 en 2018) et surtout que de candidats affectés (7 574 en 2018). Au final, ce sont un peu plus de 1 300 admis qui font le choix de ne pas intégrer une école, préférant cuber, se réorienter vers l’université ou poursuivre des études à l’étranger.


Au total, en prenant en compte toutes les écoles ouvrant des places aux concours recensées via le Sigem depuis 2002, c’est-à-dire également celles ayant disparu sur la période telles que Chambéry, Tours-Poitiers, Amiens, Novancia ou Saint-Étienne, le nombre de places, qui a connu un pic en 2011 avant de chuter pour revenir à un rythme de croissance plus modéré, a augmenté de 13 % entre 2002 et 2018 : 917 places supplémentaires ont été ouvertes. D’une école à l’autre, le différentiel de places ouvertes ou bien fermées par un établissement sur 17 ans est toutefois très variable. C’est ce que nous détaillerons dans le deuxième volet de notre enquête.

(1) Lorsqu'une école est issue d'une fusion, nous avons ajouté les effectifs et les places des différentes écoles pour les années précédant la fusion. Il s'agit de Kedge (Bordeaux EM et Euromed Marseille en 2009, concours commun en 2010), de Neoma (Reims et Rouen en 2013, concours commun en 2014) et de Skema (ESC Lille et Ceram Sophia-Antipolis en 2013, concours commun en 2014). Par ailleurs, l'ISG n'a rejoint le Sigem qu'en 2010. Enfin, Clermont et Brest sont sortis du Sigem en 2013 pour fonder France Business School, avant de revenir en 2016 après l'échec de l'initiative.

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Louis Lebecq, journaliste