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Parcoursup 2019 : le détail des quotas de boursiers de chaque université francilienne, dans les licences en tension

Vecteurs de l’ouverture sociale voulue par la loi ORE, les quotas de boursiers parmi les appelés via Parcoursup ont été précisés en mars-avril 2019 par les rectorats. En Ile-de-France, en licence de droit, ils varient de 12 % à 27 % dans les 11 universités concernées, contre 9 % à 16 % dans les sept proposant la filière Staps. En psychologie, la fourchette est de 12 % à 17 %, et en Paces, de 15 % à 19 %. Retrouvez le détail par université pour ces quatre filières dites en tension, ainsi que la part d’élèves issus de milieux populaires chez les admis via APB, en 2017.

Méthodologie

 

Nous avons consulté l'arrêté rectoral de Versailles du 5 avril 2019, l'arrêté rectoral de Paris du 18 avril 2019, et l'arrêté rectoral de Créteil du 29 mars 2019, relatifs au pourcentage minimal de bacheliers retenus bénéficiaires d'une bourse nationale de lycée dans les formations de l'enseignement supérieur de leur académie, en application de la loi ORE. L'objectif est de comparer les quotas de boursiers 2019 dans les différentes universités franciliennes, dans quatre filières en tension : droit, psychologie, Staps et Paces.

Par ailleurs, afin d'analyser cette fois-ci la part d’admis boursiers dans ces mêmes formations en Île-de-France en 2017, via APB, nous avons utilisé le jeu de données du MESRI publié en open data à l’automne 2018 sur les candidats bacheliers et les étudiants en réorientation (1) ayant émis au moins un vœu d’orientation, validé et classé sur la plateforme APB en 2017 pour la pré-inscription à l’année universitaire 2017-2018.

Pour la rentrée 2019, deuxième session de Parcoursup, des taux planchers de boursiers parmi les lycéens appelés - c’est-à-dire ceux qui reçoivent une proposition favorable de la part d’un établissement dans lequel ils ont formulé le vœu de poursuivre leurs études - ont été arrêtés au printemps par les recteurs après dialogue avec les chefs d’établissement. Une disposition de la loi ORE destinée à renforcer la part des lycéens issus de milieux populaires dans l’enseignement supérieur (1).

revalorisés et élargis au privé, Ces quotas ne concernent pas tous les candidats

Ces taux sont, en 2019, tous déterminés selon la même règle. Par rapport à 2018 en particulier, leur niveau a été revalorisé face aux critiques formulées en janvier par le comité d’éthique de Parcoursup (lire sur AEF info), sceptique quant à des seuils globalement bien trop bas pour avoir un quelconque effet. Dans les formations non sélectives en tension par exemple, les 3/4 des établissements avaient fixé des quotas de boursiers inférieurs à la part de boursiers parmi les candidats (et pour près d’1/3, il s’agissait d’un quota inférieur d’au moins 5 points).

En 2019, une règle systématique a dès lors été introduite, détaille Stefano Bosi, vice-chancelier des universités de Paris : le seuil sera deux points au-dessus de la "demande sociale". Cette demande sociale, c’est-à-dire la part de boursiers chez les candidats lycéens à une formation, "est calculée en réalisant le ratio suivant : vœux confirmés pour une formation sur Parcoursup émanant de lycéens titulaires d’une bourse du secondaire en 2019 / vœux confirmés totaux pour cette même formation en 2019", poursuit-il. Dans tous les cas, le seuil minimum est de 5 % de boursiers dans les formations.

Plus d’un quart des candidats ne sont néanmoins pas touchés par cette mesure d’ouverture sociale : les quotas sont uniquement appliqués aux bacheliers bénéficiant d’une bourse nationale du lycée. Les étudiants en réorientation, qui représentent 133 057 candidats sur les 898 054 ayant confirmé au moins un vœu sur Parcoursup en 2019, et les candidats en reprise d’études, qui représentent 109 224 individus (lire sur AEF info) ne sont pas pris en compte dans ces taux. Au total, 27 % des candidats ne sont donc pas concernés.

Autre nouveauté par rapport à la première session de Parcoursup : alors qu’il était uniquement appliqué aux établissements publics relevant du MESRI en 2018, le dispositif de quotas sociaux a été en pratique élargi cette année aux établissements privés ainsi qu’aux formations sous tutelle d’autres ministères (lire sur AEF info). Ces deux pans représentaient 17 % de la totalité des places proposées et 12 % des admis dans Parcoursup en 2018 selon le comité d’éthique de Parcoursup. Les CPGE et les BTS privés ne devraient toutefois être concernés qu’en 2020.

signification des quotas dans les filières en tension

Que représentent les quotas de boursiers pour la rentrée 2019, établis en mars et avril 2019 par des arrêtés rectoraux de Versailles, Paris et Créteil, et ayant vocation à manifester l’ambition d’ouverture sociale de la loi ORE ? Les textes des trois arrêtés rectoraux diffèrent dans leur forme : seul celui de Créteil dispose par écrit la règle de fixation du pourcentage minimal de boursiers (2), l’arrêté de Paris ne précise pas les capacités d’accueil contrairement aux deux autres académies, tandis que celui de Versailles ne précise pas le caractère sélectif d’une formation, contrairement aux deux autres. "Les académies sont souveraines. Ce qui compte pour nous, c’est que les formules derrière les taux soient les mêmes", indique Stefano Bosi à AEF info.

Qu’en est-il en particulier dans les filières en tension : droit, Staps, psychologie et Paces ? Ces filières sont dites en tension car elles ont un nombre de places souvent bien inférieur au nombre de demandes. Non sélectives dans le principe, ces licences sont alors dans les faits portées à refuser l’entrée dans leur formation à bon nombre de candidats pour l’établissement considéré.

L’introduction de quotas permet alors de s’assurer que les élèves issus de milieux populaires ne souffriront pas d’une éviction. "L’application du pourcentage minimal de boursiers se fait en temps réel : dès lors qu’un certain volume d’étudiants refuse une proposition dans une formation donnée, l’algorithme de Parcoursup fait remonter d’autres candidats, en favorisant les boursiers pour que le taux minimal soit toujours respecté", décrit Stefano Bosi.

des quotas particulièrement scrutés en Ile-de-France

 

"Il y a un problème spécifique à l’Île-de-France", soulignait en janvier lors du salon Postbac le sénateur Laurent Lafon (UDI, Val-de-Marne, lire sur AEF info), chargé en février d’une mission d’information relative aux "nouveaux territoires de l’éducation", après une précédente mission sur la mobilité territoriale et sociale des étudiants en Île-de-France (lire sur AEF info). En effet, l’académie de Paris propose deux fois plus de places dans l’enseignement supérieur qu’elle n’a de bacheliers tandis que, à l’inverse, dans les académies de Versailles et de Créteil, il y a plus de bacheliers que de places dans le supérieur. En outre, la disparité sociale est exacerbée au sein de la région. En 2018, l’inquiétude d’élus locaux en Seine-Saint-Denis avait suscité la polémique sur l’accès aux établissement parisiens des lycéens de milieu populaires, et les taux de boursiers affichés dans Parcoursup pour certaines formations parisiennes avaient été vivement critiqués. Couplés à des taux plafond de candidats hors Ile-de-France parmi les appelés, les quotas de boursiers revalorisés apparaissent comme une solution à ce problème.

En droit : 12 % à Paris-II contre 27 % à Paris-XIII

Onze établissements proposent une licence de droit en Île-de-France. Les quotas de boursiers rectoraux y sont de 12 % pour Paris-II à 27 % pour Paris-XIII, soit 15 points d’écart. Ces deux établissements sont aussi aux extrêmes inverses en termes d’effectifs : Paris-II est l’université francilienne qui compte le plus d’étudiants en droit (1 473 élèves admis en 2017), tandis que Paris-XIII est celle qui en compte le moins (284 admis en 2017). Le quota de boursiers le plus faible porte donc sur le volume d’étudiants le plus élevé. Et le quota de boursiers le plus élevé porte sur l’université où la promotion d’étudiants est la plus réduite.


Des taux variés en fonction des parcours. Nous nous sommes concentrés ici sur les licences en tronc commun de droit. Au sein d’une même université, les quotas peuvent varier si l’on prend en compte les licences de droit avec des parcours particuliers, ou bien dans des antennes situées dans des territoires socialement plus ou moins favorisés, ou encore les DU niveau licence.

Ainsi, à Paris-I, alors que la licence de droit doit respecter un taux minimal de 13 % de boursiers, le quota pour le parcours "droit-géographie" est de 7 %, contre 5 % en "droit français et allemand", et 10 % en "droit-économie". À Cergy-Pontoise, alors que le taux est de 18 % pour la licence en tronc commun (680 places), le quota tombe à 8 % pour le parcours "licence franco-allemande intégrée en droit" (20 places) et grimpe à 26 % pour le DU de droit espagnol et latino-américain (40 places). À Paris-II, université parisienne rattachée à l’académie de Paris ayant le quota de boursiers le plus faible de 12 %, l’antenne située à Melun et rattachée à l’académie de Créteil arbore un taux minimal de 17 %.

Une comparaison difficile avec les années précédentes. Est-il possible de comparer ces quotas à ceux de l’année précédente ? En 2018, les taux minimaux de boursiers n’avaient pas été rendus publics par le biais d’un arrêté rectoral. Ils n’étaient consultables que dans la plateforme Parcoursup elle-même, formation par formation. Par ailleurs, la part des boursiers constatée parmi les admis en 2018 dans chaque formation n’est pas non plus disponible : les dernières données disponibles sont celles de 2017, sur la campagne APB.

Ces données ne sont pas comparables avec les quotas 2019 à plusieurs titres : d’une part, les boursiers comptabilisés dans le fichier APB 2017 sont à la fois des boursiers du secondaire pour les terminales, et des boursiers de l’enseignement supérieur pour les réorientés, sans que les contingents respectifs puissent être distingués. Or les réorientés, pour rappel, ne sont pas concernés par les quotas 2019 via Parcoursup, et la part de boursiers du supérieur est plus élevée que la part des boursiers du secondaire, les critères d’octroi des bourses étant différents. D’autre part enfin, le taux constaté en 2017 porte sur les admis, tandis que le taux plancher 2019 porte sur les appelés.

Toutes ces précautions établies, il est notable que l’amplitude d’une université à l’autre, pour une licence de droit, de la proportion d’élèves issus de milieux populaires parmi les admis en 2017, est importante. Elle va de 10 % pour Paris-II à 35 % pour Paris-XIII, soit 25 points d’écart. Par ailleurs, la hiérarchie des établissements change entre les académies de Versailles et Paris : Paris-I se situe au-dessus de Nanterre, et Paris-V au-dessus de Cergy-Pontoise en matière d’ouverture sociale. Cela peut tenir notamment à la prise en compte des réorientés.


Le taux de 10 % de boursiers à Paris-II ne comprend ici que l’université Paris-II Panthéon-Assas intra-muros rattachée à l’académie de Paris (992 admis). L’antenne à Melun rattachée à l’académie de Créteil comptait, quant à elle, 15 % de boursiers parmi ses 481 admis.

À noter que Paris-VIII et Paris-XIII se situent en Seine-Saint-Denis, département ayant près de trois habitants sur dix vivant en dessous du seuil de pauvreté (1 015 euros par mois pour une personne seule en 2015), selon l’Insee. Ce taux de pauvreté monétaire est le plus élevé de la région Île-de-France, mais également de France métropolitaine. Dans les Hauts-de-Seine, où sont situées les universités de Nanterre et l’UVSQ, le taux de pauvreté est au contraire d’un habitant sur dix.

Le sénateur Laurent Lafon (UDI, Val-de-Marne), chargé en février d’une mission d’information relative aux "nouveaux territoires de l’éducation", soulignait d’ailleurs "des grandes disparités universitaires sur le taux de boursiers", lors du salon Postbac le 11 janvier dernier (lire sur AEF info).

En Staps, 9 % à Paris-Sud contre 16 % à Paris-XIII

Dans les sept universités de la région qui proposent une licence de Staps, les quotas de boursiers rectoraux vont de 9 % pour Paris-Sud, à 16 % pour Paris-XIII soit 7 points d’écart : la disparité sociale d’un établissement à l’autre est deux fois moins forte qu’en droit. L’amplitude des effectifs d’un établissement à l’autre est également moindre qu’en droit : Nanterre est l’université qui accueille le plus d’étudiants en Staps (369 admis en 2017) tandis que l’Upem en accueille le moins (147 admis en 2017).


Ici, les spécialités de licence Staps, dites "parcours", étant moins nombreuses qu’en droit, les quotas sont moins variables au sein d’un même établissement. Dans le parcours "équitation" à Paris-Sud, le taux minimal tombe toutefois à 5 %, ce qui constitue le plancher absolu fixé par les rectorats pour 2019, quelle que soit la demande sociale.

Si l’on regarde l’état des lieux en 2017 en Staps, toutes proportions gardées du fait que les données ne recouvrent pas la même chose (voir plus haut), la part d’élèves issus de milieux populaires parmi les admis via APB va de 10 % pour Paris-Sud à 28 % pour Paris-XIII, soit 18 points d’écart. Paris-V remonte ici également, ce qui peut tenir notamment à la prise en compte des réorientés.


En psychologie, 12 % à Paris-Diderot contre 17 % à Paris-XIII

Dans les 5 universités qui proposent une licence en psychologie, les quotas sont beaucoup plus ramassés : ils vont de 12 % à Paris-VII à 17 % à Paris-XIII, soit 5 points d’écart. Les plus gros contingents d’étudiants sont dans les universités du milieu du classement : Nanterre et Paris-V, avec un peu plus de 500 admis en 2017, tandis que Paris-VII compte la cohorte la plus petite, avec 124 admis en 2017.


Aucun parcours n’est distingué en psychologie.

Si l’on regarde l’état des lieux en 2017 dans cette discipline, toutes proportions gardées du fait que les données ne recouvrent pas la même chose (voir plus haut), la part d’élèves issus de milieux populaires parmi les admis via APB va de 12 % pour Paris-Diderot à 30 % pour Paris-XIII, soit 18 points d’écart.


En Paces, une fourchette de 15% pour l'UVSQ à 19% pour paris-XIII

Quant à la Paces, 7 universités proposent un cursus de médecine en Île-de-France. Les quotas de boursiers sur les appelés pour la procédure Parcoursup 2019 y varient de 15 % à 19 %, c’est l’écart le plus resserré parmi les 4 filières en tension analysées (4 points). Les arrêtés rectoraux de Créteil et Versailles précisent les capacités d’accueil de leurs universités pour ces étudiants en première année de médecine : elles vont de 700 à Paris-Sud à 950 à l’UVSQ.


En 2017, la moyenne francilienne du taux de boursiers chez les admis en 2017 via APB était de 16 %. Il n’a pas été possible d’accéder au détail du taux de boursiers admis en Paces via APB par université. En effet le fichier mis en open data par le MESRI n’entre pas dans cette granularité. À l'image des autres filières en tension, la Paces a fait l'objet, en 2017, d'un traitement particulier dans APB. Ainsi, les candidats en Île-de-France devaient émettre un vœu groupé pour l’ensemble des universités franciliennes qui proposaient cette formation, puis hiérarchisaient les universités (sous-vœux) selon leurs préférences.

En outre dans la filière Paces, après avoir sélectionné un vœu groupé "UFR de santé en Île-de-France", les bacheliers d'Île-de-France devaient notamment classer par ordre de préférence les sept établissements concernés, mais placer une université de leur académie d'origine parmi leurs quatre premiers choix. Les candidats admis sont ensuite répartis entre les sept universités, au prorata des numerus clausus et de différents critères tels que l’ordre des vœux ou la mention au bac, selon le Guide APB 2017. La procédure diffère pour les candidats en réorientation ou les candidats hors Île-de-France. Ils pouvaient présenter des candidatures en Paces pour chaque université proposant la Paces en Île-de-France.


(1) "V.-Pour l’accès aux formations autres que celles mentionnées au VI [c’est-à-dire non sélectives], lorsque le nombre de candidatures excède les capacités d’accueil d’une formation, l’autorité académique fixe un pourcentage minimal de bacheliers retenus bénéficiaires d’une bourse nationale de lycée, en fonction du rapport entre le nombre de ces bacheliers boursiers candidats à l’accès à cette formation et le nombre total de demandes d’inscription dans cette formation enregistrées dans le cadre de la procédure de préinscription prévue au deuxième alinéa du I."

"VI.-Une sélection peut être opérée, selon des modalités fixées par le ministre chargé de l’enseignement supérieur, pour l’accès aux sections de techniciens supérieurs, instituts, écoles et préparations à celles-ci, grands établissements au sens du chapitre VII du titre Ier du livre VII de la troisième partie et tous établissements où l’admission est subordonnée à un concours national ou à un concours de recrutement de la fonction publique, ainsi que pour l’accès aux formations de l’enseignement supérieur dispensées dans les lycées, aux cycles préparatoires intégrés, aux formations préparant au diplôme de comptabilité et de gestion ou aux diplômes d’études universitaires scientifiques et techniques et aux formations de l’enseignement supérieur conduisant à la délivrance d’un double diplôme.
Pour l’accès aux formations mentionnées au premier alinéa du présent VI, l’autorité académique fixe un pourcentage minimal de bacheliers retenus bénéficiaires d’une bourse nationale de lycée."

Article 1 de la loi ORE

(2) "Ces pourcentages minimaux, ayant vocation à manifester l’ambition d’ouverture sociale de la loi ORE pour chaque formation, sont arrêtés de la façon suivante : part de bacheliers bénéficiaires d’une bourse nationale de lycée parmi les candidats (taux de boursiers calculé) + 2 points."

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