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Comment Angoulême mise sur l’enseignement supérieur pour devenir "le site référence" de l’image en France

La carte de la nouvelle région a fait d’Angoulême une "ville centrale", réveillant ses ambitions universitaires (5 500 étudiants aujourd’hui pour 42 000 habitants), et, plus largement celles de la Charente. Déjà doté d’un centre universitaire (avec trois sites de formation) et d’un campus image (une trentaine de cursus), le territoire entreprend depuis un an d’investir davantage dans le post-bac, en allant chercher des "pointures" de l’ESR. Avec deux arguments pour les séduire : la LGV, qui place le territoire à 1h40 de Paris et 35 minutes de Bordeaux, et un marché de l’immobilier attractif.

Des étudiants du campus image d'Angoulême, à l'EESI (école européenne supérieure de l'image). Magelis

C’est le conseil départemental de Charente – et, au sein de cette institution, le président François Bonneau et son vice-président et président du CUC (centre universitaire de la Charente), Jérôme Sourisseau – qui est à la manœuvre pour construire une nouvelle dynamique de croissance s’appuyant sur l’enseignement supérieur, et principalement sur des institutions reconnues. Une stratégie qui porte ses fruits, avec l’annonce des arrivées prochaines d’Audencia et de l’École 42 à Angoulême.


Cette dépêche "étude de cas" fait partie d’un dossier en plusieurs parties qui se propose d’observer les métamorphoses du lien entre enseignement supérieur et territoires. La première partie, publiée en juillet 2019, comprend les dépêches suivantes :

Laurent Batsch en mentor

Pour consolider ses projets, la collectivité départementale a sollicité Laurent Batsch, président de la fondation Paris-Dauphine et ancien président de cette université. Il l’épaule dans l’élaboration du schéma territorial pour l’ESRI, qui associe les deux agglomérations d’Angoulême et de Cognac (situées à 30 minutes en voiture l’une de l’autre) et le conseil départemental. Avant même la finalisation de ce document, prévue pour octobre, le département s’est mis en quête de démarcher de grandes écoles pour conforter ses deux marques/filières emblématiques : capitale du festival de la BD et de l’image et "patrie" du cognac.

La première à avoir répondu présent est Audencia business school, qui a vu dans un partenariat le moyen de poursuivre sa stratégie d’hybridation des compétences (lire sur AEF info). En septembre 2020, Angoulême accueillera une spécialisation "film d’animation" du MSc de l’école nantaise dédié au management de l’économie créative, développée en partenariat avec l’Emca (école des métiers du cinéma d’animation), une des 12 formations présentes au pôle image Magelis.

Et Cognac ouvrira une spécialisation "culture et management des spiritueux" du bachelor d’Audencia et un MSc "French art de vivre" (lire sur AEF info). Une autre spécialisation "management de la production audiovisuelle et multimédia" pour le PGE d’Audencia est aussi annoncée au sein du campus d’Angoulême mais sans date de lancement à ce stade.


1 300 m2 rénovés et plus de 3 M€ pour attirer 42 à Angoulême

La seconde à s’implanter dans le chef-lieu de la Charente, également à la rentrée 2020, sera l’École 42 (lire sur AEF info). "Il a fallu convaincre cette major du codage informatique, qui visait davantage un développement international", reconnaît François Bonneau le 25 juin. L’école s’est laissée courtisée huit mois avant de dire oui. Finalement conquise par "les complémentarités possibles avec les formations à l’image" et par une corbeille de mariée alléchante.

42-Angoulême hérite en effet de 1 300 m2 rénovés aux frais du département, de la région et de l’agglomération (2,2 M€), et d’une prise en charge par ces mêmes collectivités de son budget de fonctionnement – évalué à 800 000 euros en vitesse de croisière, c’est-à-dire à la rentrée 2022. "Ensuite, des sponsors privés prendront le relais", assure le président du CD.

 

l’anti-métropolisation ?

 

"C’est une vision que nous partageons avec le président de la région, Alain Rousset : on ne peut pas avoir une région dynamique avec une métropole qui phagocyterait tout", dit François Bonneau. D’où l’ambition d’étoffer le pôle d’enseignement supérieur de la Charente, en proposant "une offre complète du BTS au master". Et en mettant en avant ce que n’a plus la métropole, à savoir un coût du logement et de l’immobilier attractif et des déplacements fluides, à l’opposé de l’engorgement de la rocade bordelaise.

Le département de la Charente cherche à faire venir des "écoles de référence", sans céder pour autant à l’élitisme : "Dans un pays où l’ascenseur social fonctionne mal, l’approche pédagogique de 42, accessible sans prérequis, fait sens et répond bien aux besoins de notre territoire rural où les élèves manquent parfois d’ambition", estime François Bonneau, soucieux, également, d’attirer ainsi des jeunes "dans un département vieillissant".

D’autres écoles encore devraient suivre : l’école de design de Nantes, l’Epitech… Dans son "tableau de chasse", le département en a une douzaine et espère pouvoir concrétiser d’ici à la rentrée 2020 avec trois ou quatre.

Une chasse très ciblée…

Mais il ne s’agit pas d’une chasse tous azimuts. L’objectif poursuivi c’est de "greffer autour du noyau, très axé création, du pôle image Magelis, des formations plus transverses et plus larges" dans quatre domaines : code et informatique ; communication web ; management ; et design, expliquent Olivier Grégoire et Denis Bouclon, les DGS et directeur de l’éducation, de la jeunesse et de l’enseignement supérieur au conseil départemental.

Ils assurent que les écoles déjà implantées – l’Enjmin, l’école consulaire Emca, l’EESI (relevant du ministère de la Culture) – sont "en demande de ces complémentarités". Tout comme les entreprises du secteur. "Une approche plus production, plus économique, de suivi des budgets, est une compétence indispensable dans la chaîne de fabrication d’un dessin animé qui prend deux ou trois ans et nous ne l’avions pas au sein de Magelis", abonde Frédéric Cros, le directeur du pôle.

… pour devenir le site-référence de l’image

Le rêve du syndicat mixte qui gère le Pôle Magelis, financé à 80 % par le département au démarrage puis à 60 % depuis 2004, est de faire d’Angoulême "the place to be en France si l’on veut travailler dans ce monde de l’image". Et de damer le pion aux deux autres sites (Valenciennes et la Seine-Saint-Denis) qui ont développé une spécialisation identique. Et l’ESR joue le rôle de "nouvelle frontière" à conquérir pour asseoir son attractivité économique, assure Olivier Grégoire, le DGS du CD.


Pourtant, à son lancement il y a 21 ans, le pôle Magelis n’a pas été imaginé comme un campus. "C’est un projet de développement économique : créer des activités et de l’emploi autour de l’image, en y adjoignant des formations liées aux besoins des entreprises", explique Frédéric Cros, son directeur. "L’idée de structurer un pôle d’enseignement a émergé plus tard, quand nos écoles sont devenues un élément fort de notre notoriété et que les effectifs ont grossi." Jusqu’à atteindre aujourd’hui 1 300 étudiants, à 95 % des non-Charentais.

Un plan d’investissement immobilier de 14,6 M€

Le syndicat mixte qui porte Magelis a donc investi dans des infrastructures pour favoriser la vie des étudiants (63 logements loués au Crous, un restaurant universitaire, un amphithéâtre de 250 places dans le bâtiment de l’Enjmin, ouvert à toutes les formations du pôle image…). Et aujourd’hui, il cherche à étoffer davantage l’offre de formation. Sans miser exclusivement sur des écoles privées, assure Frédéric Cros.

"Ce que l’on cherche, ce sont des formations reconnues", dit-il, espérant signer prochainement une convention avec l’université de Limoges, en plus de celle déjà effective avec l’université de Poitiers. L’objectif, dit-il, c’est d’accueillir "un millier d’étudiants en plus", ce qui va fatalement conduire les collectivités à de nouveaux investissements en matière de logement et de transport. D’ailleurs, le syndicat mixte a présenté fin mars un plan d’investissement de 14,6 millions d’euros pour créer autour de Magelis un "quartier de l’image".

3 300 m2 en plus pour les écoles de l’image

 

Magelis va devenir un vrai quartier dans la ville. Le plan d’investissement prévoit des locaux pour absorber l’expansion des entreprises de ce secteur (les studios d’animation notamment) et l’arrivée de nouvelles, et héberger de nouveaux cursus. Un nouvel immeuble de 2 000 m2 abritera les écoles de l’image (coût : 5 M€) et l’EESI bénéficiera d’une extension de 1 300 m2  (coût : 3 M€).

Viser la taille critique sans croissance forcenée

Si le département semble vouloir faire grandir vite le campus image, Frédéric Cros se montre plus prudent : la croissance, qu’il voit plutôt s’étaler sur dix ans, "ne se fera pas à marche forcée afin de veiller à l’employabilité des jeunes formés", assure-t-il. Les promoteurs de Magelis en attendent "une taille critique" pour favoriser le développement du pôle à l’international et sa visibilité globale. Car, dit Frédéric Cros, les étudiants sont des "ambassadeurs" qui peuvent faire connaître auprès du grand public, et pas des seuls professionnels de l’image, le territoire d’Angoulême.

Autre acteur local, l’agglomération angoumoisine voit aussi l’enseignement supérieur comme "un marqueur d’attractivité pour les entreprises et les familles". Mais pour "ne pas marcher sur les plates-bandes" du département, Grand-Angoulême veut surtout "travailler sur l’innovation et le transfert de technologie", affirme Xavier Hurteau, DGA en charge de l’attractivité, de l’économie et de l’emploi. Avec deux axes stratégiques : les industries culturelles et créatives, dont le pôle image, et les process industriels pour être en adéquation avec les besoins de poids lourds locaux tels que Saft, Leroy-Somer, Schneider electrics.

L’agglomération mise sur l’entrepreneuriat étudiant

L’intercommunalité souhaite aussi mettre en avant le volet entrepreneuriat étudiant développé au sein de sa technopole Eurekatec, partagée avec Grand-Cognac. Histoire que les jeunes comprennent que "non seulement le territoire leur offre des poursuites d’études post-bac mais aussi l’occasion de devenir leur propre patron", dit Xavier Hurteau.

Grand-Angoulême, qui a signé mi-mars sa première convention triennale avec l’université de Poitiers, investira tout de même dans l’offre de formation universitaire, promettant 226 650 euros d’ici à 2022. Le département de la Charente se montre lui aussi soucieux de ne pas froisser ce partenaire de longue date.

L’université ne sera pas oubliée

"Le président Yves Jean est informé de notre stratégie. Les formations que nous voulons attirer à Magelis n’ont pas d’équivalent universitaire ; il n’y a pas de mise en concurrence. Et avec son université nous réfléchissons à la création d’un M1 sur le droit des spiritueux venant en appui du M2 existant à côté de Cognac", précise Denis Bouclon, directeur éducation du CD. Sa collectivité a aussi sondé le Cnam au sujet de l’ouverture d’une licence professionnelle au sein de l’Enjmin, en lien avec le LISA, le lycée de l’image et du son d’Angoulême.

Inciter à une poursuite d’études constitue en effet un autre enjeu de cette mobilisation des collectivités locales autour de l’ESR. Car la Charente et les Deux-Sèvres sont les deux départements de Nouvelle-Aquitaine qui enregistrent le plus faible taux de passage dans l’enseignement supérieur. "Enrichir la gamme des formations post-bac disponibles à Angoulême et à Cognac peut aussi ouvrir le champ des possibles à nos jeunes", veut croire Denis Bouclon.

Susciter les poursuites d’études dès le collège

 

Le département est aussi à l’origine d’un plan "Ambition réussite collèges" pour rendre les collégiens charentais plus ambitieux dans leurs choix d’orientation. Et là aussi il a mobilisé des grandes écoles. Cinq collèges sur 38 ont développé pour leurs élèves de 3e un programme d’études intégrées avec Sciences Po Lille, 23 un projet avec le centre d’égalité des chances de l’Essec autour d’un Mooc "Une grande école, pourquoi pas moi?".

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Sabine Andrieu, journaliste