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Ce qu’il faut retenir du 52e congrès de la CGT

La CGT a tenu son 52e congrès confédéral à Dijon (Côte-d’Or) du 13 au 17 mai 2019. Si la nouvelle direction et son secrétaire général ont été largement élus, cette semaine a été marquée par les tensions, voire les divisions internes. La priorité de Philippe Martinez est aujourd’hui de rassembler et de mettre un terme à la dynamique d’affaiblissement de l’organisation.

Quelque 1 000 congressistes ont été rassemblés à Dijon du 13 au 17 mai capture d'écran www.cgt.fr

"Dès lundi, rendez-vous dans les entreprises pour discuter actions et revendications. En avant mes camarades, la lutte continue. Vive le 52e congrès, vive notre belle CGT !" C’est par ces mots que le secrétaire général réélu, Philippe Martinez, a conclu vendredi 17 mai 2019, la semaine du 52e congrès confédéral qui s’est tenu à Dijon (Côte-d’Or). Cette clôture prenant la forme d’un appel à la mobilisation du millier de congressistes est somme toute assez classique, mais elle revêt une importance particulière tant cette semaine de congrès fut compliquée pour la confédération.

limiter les invectives

Lors du précédent congrès, à Marseille en 2016, un peu plus d’un an après les évènements qui avaient mené Thierry Lepaon à démissionner de la fonction de secrétaire général, les congressistes avaient fait bloc derrière la nouvelle direction confédérale, notamment en focalisant les critiques sur l’extérieur à savoir la CFDT, la majorité socialiste au pouvoir ou encore la presse. Cette année aussi évidemment, il y a eu quelques expressions d’oppositions fortes à l’encontre de la présidence d’Emmanuel Macron et du patronat, mais ce fut nettement plus calme.

Autant, il y a trois ans, l’offensive avait été lancée dès l’ouverture du congrès avec le discours de Philippe Martinez, autant cette année, la stratégie confédérale visait l’apaisement vis-à-vis de l’extérieur. Pour preuve, quand mardi 14 mai, un délégué compare la CFDT à une "association d’entraide patronale", le président de séance, Laurent Brun (Cheminots) répond que "ce n’est pas l’invective qui nous fera progresser".

des divisions affichées

En n’adoptant pas une stratégie de l’unité contre le monde extérieur, la CGT a montré un visage sans fard, assumant publiquement ses propres difficultés et divisions internes. À tel point que cette année, rares ont été les "tous ensemble", traditionnellement scandés par les congressistes après des interventions offensives, et timide, fut la traditionnelle Internationale de conclusion du congrès… Mais au-delà de ces symboles, la division interne se lit dans les résultats des votes de ce 52e congrès qui restent dans l’étiage de ceux du congrès de Marseille qui, rappelons-le, faisait suite à une importante crise de gouvernance. Pour résumer, quand ils ont été soumis au vote, les textes présentés aux congressistes ont globalement été adoptés avec 70 % pour et 30 % contre. Pour Philippe Martinez, cela n’illustre aucunement une forme de "fragilité", mais c’est au contraire le signe d’une démocratie interne qui constitue "un atout" pour la CGT.

Il n’en reste pas moins que si démocratie il y a en interne, comme dans n’importe quelle organisation, elle peut présenter quelques faiblesses. Et ceci notamment en termes de participation. Par exemple, le taux d’abstention historiquement haut à 15 % sur le vote du rapport d’activité, à savoir le bilan de la confédération sur la période 2016-2019, pose question (lire sur AEF info). Alors que l’on peut voir là une forme de désengagement des syndicats de terrain vis-à-vis de l’activité confédérale, le secrétaire général répond que l’abstention est "une forme d’expression" et que les derniers mois d’actualité sociale ont été perturbés par le mouvement des "gilets jaunes", absent d’un document finalisé il y a déjà plusieurs mois. le reproche en a été fait à plusieurs reprises durant les cinq jours de congrès.

"manque d’engouement" pour le congrès

Si l’abstention ne semble pas perturber la direction confédérale, la faible participation des syndicats sur le document d’orientation, le programme du nouveau mandat de trois ans, interroge. En effet, avec seulement 2 800 amendements rédigés par 239 syndicats -sur les 16 000 revendiqués par la CGT-, certains congressistes n’ont pas manqué de pointer le "manque d’engouement" et une forme d’autonomisation de la base vis-à-vis de l’activité confédérale.

Le "vivre ensemble" au sein de la confédération était un des enjeux principaux de ce 52e congrès. La CGT "est belle mais elle demande aujourd’hui plus d’homogénéité dans ses modes de fonctionnement, dans ses règles internes", expliquait Philippe Martinez, en ouverture des travaux. Sur cette question de l’organisation interne, les congrès se suivent et se ressemblent, avec une analyse assumée des difficultés mais une incapacité à mettre en œuvre une réforme des règles de fonctionnement. Cette année, devant l’opposition affichée par les unions départementales et les fédérations annonçant un rejet, le bureau du congrès a décidé de ne pas soumettre aux votes, une annexe statutaire destinée à renforcer les comités régionaux. "Nous sommes frileux sur ces questions. Il faut mener une réflexion globale sur l’ensemble de nos structures", explique a posteriori, Philippe Martinez.

quelques mises en minorité de la direction

De fait, la confédération a été à plusieurs reprises, remise en cause par le congrès. Outre le recul sur cette annexe statutaire et d’âpres discussions sur le "syndicalisme rassemblé" ou encore la place de la CGT vis-à-vis du syndicalisme étudiant (lire sur AEF info), la direction confédérale a été mise en minorité sur l’international. À l’issue de longs débats, des maladresses de la part de la direction et un vote effectué à deux reprises, a été adopté un amendement qui fait référence à la FSM, l’internationale syndicale que la CGT a quittée il y a un quart de siècle. Si le texte n’implique aucunement un rapprochement de la CGT avec la Fédération et reste parfaitement symbolique, cela constitue un revers pour la direction confédérale (lire sur AEF info). Pour Philippe Martinez, c’est juste "une anecdote de congrès" et "le plus gros problème est que la plus grande majorité des congressistes ne sait ce qu’est la FSM", faisant là implicitement référence au fait que 80 % des congressistes participaient à leur premier congrès confédéral (lire sur AEF info).

Mais plus globalement sur les votes d’opposition, le secrétaire général fait remarquer que "ces votes étaient concentrés à certains endroits de la salle et n’étaient pas disséminés" au sein des délégations. Il est clair que notamment, les congressistes du Nord, du Val-de-Marne ou encore des Bouches-du-Rhône n’ont pas lésiné sur les attaques frontales en direction de Montreuil…

des oppositions et des désarrois

Ces tensions ont été particulièrement fortes lors des débats qui ont précédé l’élection du nouvel exécutif confédéral, jeudi 16 mai, certains allant jusqu’à demander de ne pas respecter les statuts pour soumettre au congrès des candidatures non validées par le Comité confédéral national, le "parlement de la CGT". Ce fut le cas notamment pour Gisèle Vidallet, ancienne membre du bureau confédéral et présente dans l’exécutif depuis le début des années 2000. Le moins que l’on puisse dire est que ces tentatives de passage en force n’ont pas fait l’unanimité parmi les congressistes, certains montant à la tribune pour faire part de leur opposition à la démarche, voire leur désarroi.

"Je pensais qu’en se syndiquant à la CGT, on était une famille et je vois ici que c’est chacun pour sa gueule. Cela ne m’étonne pas qu’avec de tels comportements, on soit passé au deuxième rang", réagit, "déçue", une congressiste des métaux 67. "La CGT n’est pas l’affaire d’une femme ou d’un homme, la CGT n’est pas un jeu de pouvoir. La CGT est l’affaire de toutes et tous, ensemble qui œuvrent pour transformer la société", abonde Géraldine Madounari du syndicat du CHU de Dax.

une obligation de rassemblement

Au final, les oppositions ne se sont guère exprimées sur l’élection de l’exécutif confédéral. Les 60 membres de la nouvelle commission exécutive -dont sont issus, les 12 composant le nouveau bureau confédéral-, ont été très largement élus, tous recueillant plus 89,32 % des suffrages exprimés. De même, le traditionnel "appel" aux mobilisations actuelles venant conclure le congrès a été adopté à la quasi unanimité. Le congrès terminé, la priorité est maintenant au rassemblement en interne et à la remise en marche de la confédération notamment sur les questions de représentativité et syndicalisation, afin de stopper l’hémorragie observée ces dernières années.

"Rassemblons-nous, gilets jaunes, gilets rouges mais aussi tous ceux qui n’ont aucun gilet et qui restent les plus nombreux", explique Philippe Martinez, en toute fin de congrès, devant un parterre de congressistes dont rares étaient ceux qui arboraient un gilet jaune et/ou un drapeau rouge de la CGT. Cette logique de rassemblement s’applique donc autant vis-à-vis de l’extérieur qu’en interne. C’est tout l’enjeu des prochains mois pour la nouvelle direction confédérale et pour le secrétaire général reconduit avec 90,65 % des suffrages.

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Jérôme Lepeytre, journaliste